Le Congo profond invivable !

Des magistrats qui refusent de rejoindre leur poste d’attache ! Cela paraît grave dès lors que le Procureur Général de la République a promis de sanctionner sévèrement les concernés, ce qui pourrait se traduire par des mesures disciplinaires et administratives allant de suspension jusqu’à la mise en accusation devant le Conseil Supérieur de la Magistrature. De prime abord, le commun des mortels doit avoir applaudi la mise en garde du Procureur Général de la République , surtout que sa réaction a été consécutive au manque des magistrats dans les cours et tribunaux de certaines localités ou villes des provinces de l’intérieur, à l’exception des grandes agglomérations comme Lubumbashi, Kolwezi, Mbuji Mayi, Matadi, Bukavu, Goma, Kisangani et Boma.

Cependant, à ce stade des débats, la question devrait interpeller les autorités administratives et politiques du pays car si elles se limitent à frapper les récalcitrants pour les remplacer par ceux qui viennent d’être reçus au concours récemment organisé par le ministère de la Justice , ce serait comparable à celui qui croirait avoir soigné la fièvre ou la malaria en ayant cassé le thermomètre.

L’intérieur du pays invivable

On sait qu’en dehors de Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Bukavu, Goma, Mbuji Mayi, Kananga et Matadi, l’intérieur du pays se trouve dans un état de délabrement fort avancé. Voilà le véritable motif du refus opposé par beaucoup des magistrats à rejoindre leurs postes d’attache à l’issue des mesures de permutation opérées à la fin de l’année dernière par le chef de l’Etat sur proposition du ministre de la Justice. Si d’une part l’on peut se plaindre de l’état de délabrement visible dans certaines grandes agglomérations, il y a lieu de noter par ailleurs le sentiment d’abandon que ressentent les habitants de certaines localités et villes du pays face aux promesses faites par les autorités centrales lors des campagnes électorales de lancer des travaux de réfection des infrastructures administratives pour pallier aux besoins des nouvelles entités décentralisées en gestation.

Bon nombre des magistrats permutés avaient fait le déplacement de leurs postes d’attache juste pour répondre aux obligations légales de la prestation de serment avant de refaire le chemin du retour. Il semble que le manque d’infrastructures d’accueil, notamment les logements décents, les bureaux et salles d’audiences, les matériels de travail, les centres de santé et les écoles pour leurs enfants sont les causes principales de ce mouvement d’humeur. Qui serait considéré comme des signes de protestation de leur part à l’endroit de l’autorité administrative et politique. C’est ce qui explique l’absence des magistrats dans des nombreuses localités et villes de l’arrière pays.

Le phénomène KULUNA et enfants abandonnés

Lorsque feu le maréchal Mobutu avait lancé la politique de permutation des agents et fonctionnaires de l’Etat pour consolider le sentiment de l’unité nationale, le pays disposait des structures d’accueil en bon état, notamment les plus grandes agglomérations. Mais à la suite des mesures politiques néfastes de zaïrianisation prises en 1972, la situation économique a commencé à se détériorer davantage avec comme conséquences immédiates la destruction des infrastructures administratives existantes. Or, la démographie galopait avec une allure vertigineuse et comme il n’y avait que Kinshasa et Lubumbashi qui disposaient des infrastructures industrielles et économiques, l’exorde rural a été multiplié par dix car des familles entières quittaient l’arrière pays pour les deux mégapoles pour y trouver les meilleures conditions de vie, notamment le travail, les logements décents, les centres de santé et les études universitaires. C’est le début de l’étouffement de ces deux villes et plus particulièrement Kinshasa qui va subir le phénomène des constructions anarchiques aussi bien dans les anciennes communes que dans la périphérie. La surpopulation sera alors à l’origine de deux problèmes pénibles et tragiques caractérisés par le phénomène dit des enfants abandonnés ou « shègues » et les « kuluna ». Un phénomène qui atteint d’autres grandes agglomérations comme Mbuji Mayi, Kananga, Goma, Lubumbashi, Kisangani, Bukavu. Certes, les guerres incessantes ont aussi jeté vers les villes de nombreuses familles qui sont venues grossir les rangs des vagabonds et mendiants. Mais, ce ne devrait pas constituer une excuse ou une échappatoire pour les autorités politiques. Avec un peu de bonne volonté, il y a moyen de parer au plus pressé par la construction des infrastructures devant abriter les services de l’Etat, des logements décents et des structures de santé et d’enseignement.

Si l’on veut promouvoir une politique de développement intégré, il faudrait fixer les populations dans des endroits bien définis disposant des structures d’accueil et des infrastructures économiques, industrielles et agro pastorales viables. C’est la seule façon de luter contre l’exode rural qui est à l’origine de la recrudescence du banditisme et de la criminalité.

F.M.

 

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