Le Congo menacé par la culture de la machette

Qui se rappelle encore que c’est à la veille de l’élection présidentielle de 2006 que la ville de Kinshasa avait connu le phénomène dit « KATA KATA » caractérisé par des attaques à la machette de marque « Tramontina » par des gens en cagoules sur des tierces personnes, le plus souvent pendant les heures les plus reculées de la nuit ? Ce phénomène avait sévi particulièrement dans les communes les plus populeuses de la capitale, rappelant une période inoubliable où l’on retrouvait des corps humains décapités au bord des rivières de la capitale et spécialement aux alentours du célèbre Pont Cabu.

Avec le recul du temps, l’on dénombre de nombreux actes de violence. Notamment ceux perpétrés simultanément lundi vers 3 heures du matin par des éléments armés au siège social de l’UDPS et à la station de la Radio et Télévision privée RLTV et qui se sont soldés par mort d’hommes ainsi que des blessés graves. Il y a ensuite le recours à des éléments drogués communément appelés « Pomba ou sportifs » munis d’armes blanches pour perturber les manifestations publiques pacifiques. Tout d’abord le jour où des combattants de l’UDPS avaient organisé une marche de protestation pour réclamer la transparence au niveau du serveur où est logé le fichier électoral et ensuite lundi lors d’un rassemblement de ces mêmes partisans au siège social de leur parti qui venait d’être incendié. Le parti de la 10ème Rue paie le prix le plus fort car le bilan ne fait que s’alourdir.

Car après la mort d’un manifestant lors du dépôt du mémorandum à la CENI, l’on déplore un mort par balle en la personne de feu Junior NGAMAKE Lobo et deux autres blessés graves hier à Limete et une dizaine le vendredi dernier à Mbuji-Mayi. Un bilan rendu public hier par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité à l’issue de la réunion spéciale de sécurité tenue sous la présidence du chef de l’Etat lui-même.
Ce climat de violence gratuite à la veille des élections du 28 novembre prochain tend à instaurer une culture de la machette qui a fait des ravages dans certains pays voisins de l’Est. Une culture qui n’est pas du tout congolaise et qui constitue un recul de vingt ans et cela pour quelle démocratie ?

Personne n’a le monopole de la violence

Le recours à la machette n’est pas une culture congolaise car les population de ce pays béni des dieux savent pertinemment depuis des générations que personne n’a le monopole de la violence. A ce sujet, l’on rappelle qu’un certain 11 septembre 2001, des « fous de dieu » avaient perpétré des actes d’une rare violence sur des symboles les plus prestigieux de la puissance américaine, notamment sur les deux tours les plus hautes de la ville mythique de New York réduites en cendres en quelques minutes causant la mort des dizaines des milliers des personnes innocentes et endommageant sérieusement une aile du Pentagone qui est le quartier général des Forces Armées Américaines. La Maison Blanche échappa à la furie de « ces fous de dieu » grâce à l’héroïsme d’un passager. Et la question : comment a fini le commanditaire de ces crimes odieux ? Exécuté dans le style hollywoodien et son corps fut plongé à plus de cinq milles mètres de profondeur dans l’Océan Pacifique.

Un recul de vingt ans

De quel Congo rêvent ceux qui veulent inoculer la culture de la machette aux congolais ? Ne voient-ils pas les dégâts incommensurables causés par cette culture dans les pays voisins de l’Est ? Des traumatismes et des cicatrices que l’on a du mal à soigner jusqu’à ce jour, a indiqué un témoin de cette tragédie qui a sévit dans cette sous-région avec des répercussions indicibles au pays de Patrice LUMUMBA. Des actes de violence gratuite que l’on déplore à ce jour nous renvoient non seulement à la veille de l’élection présidentielle de 2006 mais surtout aux années précédant la conférence nationale souveraine, caractérisées par des plasticages des résidences privées, des sièges des partis politiques et surtout des imprimeries ainsi que des rédactions des médias privés. C’est pendant cette même période que les résidences privées des leaders de l’opposition connurent le même sort peu enviable : particulièrement celle de feu Frédéric KIBASSA Maliba avec la mort de son neveu Berteau, celle d’Etienne TSHISEKEDI, etc.

Une coïncidence pour le moins troublante : si l’incendie de la station de la radio télévision RLTV ressemble à ceux de ces imprimeries, l’on se demande pour quel motif valable il a été perpétré simultanément à celui qui a ravagé la permanence de l’UDPS à Limete ? Car dans l’hypothèse selon laquelle ce sont les partisans du PPRD qui se seraient vengés du fait que le siège de leur fédération de Kinshasa avait été saccagé avant-hier par les combattants de l’UDPS accompagnant leur leader qui revenait de déposer sa candidature à la CENI, quel lien y a-t-il alors avec l’incendie de la chaine RLTV ?

Le peuple congolais ne connait pas la culture de la machette

Certes, le pays a connu dès le lendemain de son accession à la souveraineté internationale des moments difficiles de guerres et rebellions qui lui ont été imposées par des puissances étrangères. Mais ce qui a toujours caractérisé ce peuple, c’est le recours au dialogue pour un règlement pacifique de ces différends. Il en fut ainsi à Lovanium, Tananarive, Cocquillathville, Luluabourg, Sun City, etc. Etienne TSHISEKEDI le rappelle dans son dernier message à la Nation en évoquant son déplacement vers l’Est au lendemain de l’accord des Cascades intervenu entre deux des trois principaux belligérants, à savoir le pouvoir de Kinshasa et le MLC et qui selon les dires du leader de l’UDPS allait aboutir à la balkanisation du pays.

Des Eglises du Congo au secours de la paix

C’est pour prévenir le danger qui guette le pays que des églises du pays annoncent l’organisation d’une grande prière à laquelle sont conviées toutes les grandes personnalités du pays dont le chef de l’Etat lui-même. Une séance de prière qui se déroulera au Stade des Martyrs le vendredi 23 septembre prochain et à l’issue de laquelle le Pasteur Denis LESIE, coordonnateur de cette rencontre, remettra un mémorandum à Joseph KABILA.
Toujours selon un communiqué déposé à notre rédaction, cette séance de prière a pour but de dénoncer trois schémas que le Très Haut a révélé aux pasteurs et qui menacent la nation congolaise. Il y a d’abord le risque d’un coup d’Etat, ensuite celui d’un bain de sang et enfin celui du refus qu’opposeront certaines forces politiques de participer aux élections. Ce sera une occasion d’interpeller les hommes politiques et de les mettre devant leurs responsabilités. Ce sera aussi l’occasion de rappeler aux acteurs politiques qu’ils ne sont pas des ennemis mais des adversaires appelés à concourir pour obtenir les faveurs des électeurs.

F.M.

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