Le binôme enseignant- élève au cœur de leurs préoccupations


La Journée mondiale de l’enseignant qui a retenu cette année, au niveau mondial, le thème général «Agissons pour l’enseignant», a été marquée en RDC, par plusieurs manifestations. Ce thème a servi de prétexte au Projet d’appui à la réforme de l’enseignement technique et formation professionnelle pour engager le vendredi 05 octobre 2012, au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, la réflexion sur une thématique toujours d’actualité : «  La réforme curriculaire en approche par compétences ( APC) pour l’enseignement technique et formation professionnelle en RDC. Pratiques pédagogiques et identité de l’enseignant ».

 Circonscrivant le sens de la manifestation du jour, le coordinateur du Projet d’appui à l’enseignement technique et formation professionnelle, a indiqué que la Journée mondiale de l’enseignant devait être pour les acteurs du secteur éducatif et le monde de l’emploi, un moment privilégié pour échanger ensemble sur la réforme de l’enseignement technique et formation professionnelle. Joël Leroy en a profité pour souligner l’importance de la réforme de ce sous-secteur de l’enseignement, et formulé le vœu de voir cet enseignement devenir plus performant et plus proche du monde de l’emploi.

La finalité pour toutes les initiatives prises, a-t-il fait observer, est de souligner l’identité de l’enseignant, donner du sens à l’apprentissage, en prenant à la fois en compte, aussi bien l’enseignant que l’apprenant. Il a rappelé les réformes de l’ETFP qui visent la remise en question des méthodes de travail dans le domaine de la pédagogie appliquée.
Dans ce domaine, il note que la prise en compte du métier d’enseignant le valorise. Et si l’apprenant trouve au bout du compte un emploi, ou en crée, a fait savoir Joël Leroy, c’est le métier de l’enseignant qui est valorisé. Bien plus, il faudrait que l’apprenant puisse répondre dans un bassin d’emplois, aux besoins de la communauté par une production de qualité.

L’inspecteur général adjoint chargé de l’enseignement technique et professionnel, Madilamba Yamba-Yamba, estime que le focus doit être l’école. Car, c’est dans ce creuset que l’enseignant a le rôle de transmettre les connaissances à l’élève ou à l’apprenant. Pour lui, le paradigme de l’enseignement doit changer. Dans le cadre de ce changement, l’enseignant doit aider l’apprenant à découvrir son destin, à travers la transmission du savoir-faire et du savoir-être. Il a insisté sur le fait que l’apprenant doit s’approprier la formation. Bref, avec toutes ces réformes, l’identité de l’enseignant a fondamentalement changé.

Pour sa part, le professeur Idrissa Assumani de l’Université pédagogique nationale s’est intéressé à « la réforme curriculaire : implications sur les pratiques enseignantes ». Dans son exposé, est parti du changement curriculaire, sur la base de l’ancien programme avec une liste des contenus-matières. A travers le curriculum actuel, il a dégagé divers référentiels  basés sur les compétences, la formation et l’évaluation en cohérence avec le référentiel de métier pour donner du sens aux apprentissages.  L’orateur s’est servi d’un triangle dont le premier angle représente le savoir, tandis que les deux autres représentent l’un, l’enseignant et l’autre, l’apprenant. Le professeur Idrissa Assumani a dans son analyse de la cohérence entre les activités d’un programme de formation, fait voir les quelques implications sur les pratiques enseignantes.
Il a terminé en soulignant le rôle de l’enseignant et de l’étudiant dans l’enseignement, et les mêmes rôles dans le domaine de l’apprentissage et de la formation, avant de conclure par une auto-interpellation pour l’enseignant qui doit savoir se situer dans la réforme de l’ETFP.

Simon Lusa-Lusa, membre de la CIETFP, a fait savoir que sa structure s’est beaucoup investie dans la mise sur pied des outils de travail pour les enseignants, en commençant la réforme  de l’ETFP avec les filières prioritaires. Actuellement, sa structure procède à l’évaluation de ces filières.
Au niveau du ministère des Affaires sociales,  Action humanitaire et Solidarité nationale, le directeur général chargé de l’éducation non formelle, Jean-Baptiste Mbaya Kashala, a signalé l’existence d’un programme unifié qui n’a jamais été exécuté. Il a toutefois déploré le fait que l’inspection générale de l’EPSP n’assure pas le suivi de ce programme à Kinshasa, alors que dans les provinces, ce programme fait l’objet de suivi de l’EPSP dans les établissements de l’éducation non formelle. Jean-Baptiste Mbaya Kashala reste toutefois optimiste quant à l’introduction de l’approche par compétence qui va favoriser la mise en pratique de la pédagogie par objectifs. L’enseignant doit être un modèle. Car, a-t-il fait savoir par un exemple simple, on ne peut pas demander à l’élève de bien écrire, si le formateur ne sait pas bien écrire. De ce point de vue, soutient Mbaya Kashala, l’enseignant doit être un modèle et un guide pour l’élève. Pour ce faire, il doit parler moins et faire plus parler l’élève. Toutefois, il a déploré la modicité du budget alloué à l’enseignement.

Le conseiller technique à l’Inspection générale de l’EPSP a insisté sur les trois défis que représentent l’école, l’élève et l’enseignant et qui constituent les axes prioritaires de la réforme de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. Frank Smit note qu’au niveau de l’école, on demande à l’enseignant de rester en contact avec l’environnement. Aujourd’hui, l’autre constat qu’on relève est que beaucoup d’enfants sont sous-qualifiés. Il faut qu’ils soient formés à la nouvelle approche, a-t-il recommandé, avant de relever qu’ils soient bien orientés dans des sections porteuses d’emplois. C’est pourquoi il a invité les enseignants à aider les élèves à rêver, parce qu’ils rêvent mal.
Jean-Claude Ikwa, expert pédagogue, est revenu sur les rapports entre l’enseignant et l’environnement, un concept jadis relégué au second plan. Il a abordé ensuite les liens étroits qui doivent exister entre l’élève et l’environnement, qui de nos jours, ont des exigences.

Membre de la commission interministérielle de la réforme de l’ETFP, Gabriel Kayembe Milolo, est intervenu lors des débats, pour mettre un accent particulier sur les trois préalables intervenant dans la valorisation de la carrière enseignante, à savoir la mission de formation des cadres revenant à l’enseignement supérieur et universitaire pour la production des enseignants qualifiés dans divers métiers. Cette formation doit intéresser également les gestionnaires des écoles et des programmes qui doivent opérer des recrutements des enseignants valables, qualifiés et bien formés pour éviter la présence regrettable et nombreuse des enseignants sous-qualifiés, bouche-trous ou amateurs. Les enseignants eux-mêmes doivent suivre une formation permanente tout au long de leur carrière, a recommandé Gabriel Kayembe Milolo, avant d’ajouter que c’est pour conserver les acquis professionnels et consolider leurs compétences requises pour la formation professionnelle des apprenants.

A l’issue de cette réflexion, quelques enseignants ont indiqué avoir pris conscience des exigences de la réforme de l’ETFP en ce qu’elle privilégie l’adéquation formation-emploi et impose aux enseignants de se remettre toujours en cause pour innover et trouver des solutions qui se poseront à chaque étape de la formation dispensée aux apprenants.

J.R.T.

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