L’attaque de l’aéroport de la Luano, Moïse Katumbi dénonce : Manip, coup monté !

La ville de Lubumbashi a vécu, le vendredi 04 février 2011, une matinée d’intense émotion et de frayeur marquée par la nouvelle de l’attaque armée de l’aéroport de la Luano par des assaillants présentés au départ comme étant des « Tigres » ou ex-gendarmes katangais. L’occupation de ce point stratégique allait constituer le point de départ de l’avènement de l’Etat indépendant du Katanga, dont le drapeau aurait flotté pendant quelque temps sur ce site aéroportuaire.
Mais, une fois la surprise passée, les démentis sont venus de partout : gouvernement central, gouvernement provincial, FARDC, individualités, etc. Au sortir du week-end, la thèse d’une mise en scène de mauvais goût était établie. En effet, hormis un agent de la firme Malta Forrest tué dans des conditions qui restent à élucider, aucun indice relatif à l’incursion d’un commando sur la Luano n’a été enregistré : absence d’impact de balle sur la piste, les bâtiments et les avions présents sur le tarmac ; zéro assaillant pourchassé ou arrêté ; zéro arme ou tenue récupérés ; zéro trace de l’entrée ou de sortie des agresseurs ; etc.

            Depuis lors, les langues ont commencé à se délier. A en croire le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, qui s’exprimait sur les antennes de RFI (Radio France Internationale), il s’agissait d’une manipulation : «  On a vu que c’était une histoire montée de toutes pièces. C’est vraiment des gens qui veulent nuire encore à la République Démocratique du Congo. Des gens qui veulent nuire aussi à la province du Katanga ».
            Jean Claude Muyambo, ancien ministre des Affaires Sociales, Action Humanitaire et Solidarité Nationale au gouvernement central, met en doute l’hypothèse d’un mouvement sécessionniste des Katangais : « Est-ce que ce sont les ex-gendarmes katangais qui sont venus ? Moi, je dis, ça, c’est une histoire à dormir debout. Mais, vous savez, en 2006, on a connu les mêmes problèmes. Il y a eu des problèmes de sécession avant les élections. Mais voila qu’on est en 2011, six mois ou sept mois avant les élections… C’est un peu louche ! ».
 
A qui profite l’intox ?
 
            Manifestement, la ville de Lubumbashi était vendredi sous l’effet d’une forte intoxication. Mais qui avait intérêt à semer le doute et la panique dans les esprits des Lushoises et Lushois ? Il est à espérer que l’enquête décidée par les autorités tant nationales que provinciales pourra élucider le mystère des fantômes ayant planifié la présumée attaque armée de l’aéroport de la Luano.
            Mais, en attendant les résultats des investigations des services spéciaux, force est de constater que la période pré-électorale est émaillée de faits qui font penser au retour en force des architectes de Mobutu, spécialisés dans les mises en scènes, la planification des « coups montés et manqués », la chasse aux sorcières, le terrorisme urbain (phénomènes hiboux, coupeurs de tête, kata-kata, kuluna), l’intoxication, la manipulation, etc.
            On aura tout vu sous la Deuxième République : les conspirateurs de la Pentecôte en 1966 (Bamba, Kimba, Mahamba et Anani), coup monté et manqué en 1975 (colonel Omba, major Mpika et consorts), les terroristes en 1978 (major Kalume et consorts), opération  «lititi mboka» en 1990 (Campus de L’Shi), les mutins de la Voix du Zaïre en 1991 (une compagnie militaires du Camp CETA), etc. Tous ces prétendues actions de déstabilisation du régime Mobutu étaient en réalité des inventions de ses courtisans, décidés à régler des comptes à des compatriotes préalablement ciblés, pour des raisons obscures.
            Des innocents avaient ainsi eu à payer de leur vie des complots contre la République ou le « Père de la Nation » cousus de fil blanc, dont ils ignoraient les tenants et les aboutissants. Certains, qui ont survécu à la guillotine, ont vu leurs carrières politiques, militaires ou leurs affaires cassées.
            Nombre de compatriotes ont le sentiment que les metteurs en scène de Mobutu ont repris du service et infiltré certains centres de décision de la 3me République. Pensez donc ! La sécession du Katanga est devenue comme un épouvantail qu’on a déjà eu à agiter avant la fin du mandat du régime 1+4. L’affaire des mutins de la Pentecôte, en 2004, est presque la réplique de celle des mutins de la Voix du Zaïre. Il y avait eu aussi la randonnée d’Eric Lenge à travers Kinshasa, lequel avait disparu de la nature, du côté de Ndjili/Cecomaf.
 
Pourquoi mort d’homme à Luano ?
 
            S’il est admis que tout ce qui s’est passé vendredi matin à l’aéroport de la Luano relevait d’un canular, l’on devrait s’interroger sur le sens du trépas de l’agent Kabambi du Groupe Forrest. Pourquoi avoir en effet mis fin aux jours de l’innocent agent  ? Qui a tué ce pauvre compatriote dans une pièce de théâtre où des balles ont quand même tirées, même si aucun assaillant n’était visible ?
            L’aurait-on éliminé parce que témoin gênant ? Cela rappelle à certains la mutilation du pouce du sous-lieutenant Nzungu Muanda, lors du scénario monté de la fausse attaque de la Cité de la Voix du Zaïre en 1991. Cette vie humaine supprimée gratuitement devrait appeler des explications de la part des concepteurs et des exécutants de la mise en scène, si l’enquête pouvait permettre de les identifier.
 
                                                                                                                                                                                                                            Jacques Kimpozo

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