L’agenda caché du Rwanda : un Etat fédéral en RD Congo !

 

C’est depuis la Table Ronde Politique de Bruxelles en 1959 que la question du fédéralisme avait fait l’objet des débats parfois houleux entre les acteurs politiques de ce pays. L’une des raisons profondes de la crise politique qui a conduit à l’assassinat de Patrice LUMUMBA, c’est avant tout le conflit entre les unitaristes et les fédéralistes. Les débats vont se poursuivre jusqu’à la Conférence Constitutionnelle de Luluabourg en 1964 qui aboutit à l’élaboration de la toute première constitution de type fédéral.

 Même si une année après les élections qui ont vu les fédéralistes regroupés autour du cartel TSHOMBISTE l’emporter haut la main, Joseph MOBUTU va prendre le pouvoir par un coup d’Etat militaire pour consolider l’esprit de l’unité national et le nationalisme fortement ébranlé par la rébellion muleliste et la guerre de sécession.

            La conférence Nationale Souveraine a aussi retenu l’émergence d’un Etat Fédéral comme l’unique solution politique pour rapprocher le gouverné du gouvernant au regard de l’immensité du territoire aux dimensions continentales qu’est la RDC. Les négociations politiques inter congolaises de Sun City sont abondamment revenu sur cette solution avec force détails.

            Prétendre aujourd’hui que Kigali considère  comme solution à la crise de l’Est l’émergence d’un Etat fédéral à l’Est du Congo constitue une mauvaise lecture des faits historiques vérifiables et vérifiés par les multiples rapports des experts indépendants de l’ONU. Les observateurs de la scène politiques des pays des Grands lacs sont convaincus que les agissements des autorités rwandaises rappellent ceux posés il y a plus de soixante ans par un certain Adolph HITLER avec sa théorie de l’espace vital qui a été le fondement de son livre « Mein Kampf ». Caractérisé par l’invasion suivie de l’annexion des Etats comme la Pologne, l’Autriche, la Tchécoslovaquie, et plus tard la France, la Belgique et les Pays Bas. Et quand l’on sait que c’est ce livre qui fut à la base de la deuxième guerre mondiale, il y a de quoi revoir sa copie.

 Comme l’on dit, le criminel revient toujours sur les lieux du crime. Suite au tapage quotidien du prétexte sempiternel du génocide rwandais, l’opinion n’avait pas réalisé que les différentes guerres menées par le Rwanda, notamment celle de l’AFDL, du RCD, du CNDP et aujourd’hui du M23 n’avaient pour but que d’assouvir les ambitions hégémoniques des autorités rwandaises de mettre la main sur les richesses de l’Est de la RDC en prônant l’émergence d’un Etat Fédéral pour le rattacher au Rwanda à la suite d’un référendum d’autodétermination. L’auteur de ce texte devrait revoir sa copie en y intégrant ces éléments historiques précieux car ce rêve des autorités rwandaises sont irréalisables au moment où pour le Mali, la France est intervenue militairement pour stopper l’avancée des terroristes djihadistes.

 

La crise dévastatrice en RD Congo

Monsieur le Président Ros-Lehtinen,

Le membre le plus haut placé Basse, et les membres du Sous-comité sur l’Afrique, la santé mondiale et Droits de l’Homme:

Je vous remercie pour cette invitation à témoigner à cette audience sur la crise actuelle dans l’Est de la RD Congo.

Je travaille sur l’est du Congo depuis plus de huit ans, dont les trois dernières années en tant que membre du Groupe des Experts des Nations Unies sur la RDC. Auparavant, j’ai travaillé avec des organisations humanitaires, des instituts de recherche et des fondations, ainsi que la Mission des Nations Unies en RDC. Le Mandat 2012 du Groupe d’experts a récemment expiré le 30 Novembre, au cours duquel j’ai servi comme coordonnateur de notre équipe de six membres en vertu de la résolution 2021. En tant que tel, je ne suis plus affilié à l’Organisation des Nations Unies et les points de vue que je partage aujourd’hui ne reflètent pas ceux de l’organisation ou du groupe d’experts, mais plutôt strictement mes points de vue personnels, actuellement, en tant qu’observateur indépendant.

Le Groupe d’experts est un organe de sécurité mandaté par le Conseil [de sécurité], qui rend compte au Comité des sanctions du Conseil. Son rôle est d’enquêter, documenter et informer le Comité des sanctions des Nations Unies sur les violations de l’embargo des armes et les acteurs non étatiques en RDC ainsi que les questions connexes telles que le commerce illicite des ressources naturelles et les violations graves du droit international, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats. Le Groupe fournit également au Comité des sanctions une liste confidentielle des noms et des entités à prendre en considération des sanctions ciblées sur la base de critères spécifiques découlant de l’embargo sur les armes. Le Groupe est également chargé du suivi de la mise en œuvre des mesures imposées par les sanctions ciblées, notamment un gel des avoirs et une interdiction de voyager pour les personnes et entités désignées.

En tant que purement apolitique, indépendant, mécanisme d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies, le Groupe d’experts cherche à éviter l’analyse des motivations ou les causes des violations des embargos sur les armes et le financement des groupes armés qu’il documente. Cependant, aujourd’hui, après m’être écarté de l’ONU, en plus de résumer nos principales constatations de cette année, en mon nom personnel, je voudrais partager ma compréhension des facteurs probables de la participation du gouvernement du Rwanda dans ce conflit et par la suite examiner plusieurs implications pour la quête actuelle d’une solution politique à la crise.

Conclusions du Groupe des Experts

Au cours de ce mandat précédent, le Groupe d’experts a présenté plusieurs communications confidentielles avec deux rapports publics au Comité du Conseil de sécurité des sanctions, un rapport intérimaire et un rapport final. Ce dernier a été rendu public le 21 Novembre 2012, alors que le Conseil de sécurité a publié le premier le 21 Juin suivi d’un addendum spécial le 27 Juin, qui mettait l’accent sur les violations Rwandaises de l’embargo sur les armes en conjonction avec la rébellion alors naissante du M23.

Nous avons constaté que depuis le début de la rébellion M23, le Gouvernement du Rwanda lui a fourni un soutien militaire direct, facilité le recrutement, encouragé les désertions de l’armée congolaise, et livré des armes, des munitions, des renseignements et des conseils politiques à l’égard des rebelles. Nos enquêtes ont conclu que le Rwanda, en fait, a orchestré la création du M23 lorsqu’une série de mutineries menées par des officiers ayant appartenu au prédécesseur de ce mouvement c.à.d. les Congrès national pour la défense du peuple ou CNDP, ont été réprimées par les forces armées congolaises au début du mois de mai. Au niveau stratégique, le Rwanda a également dirigé la collecte de fonds et la composition des cadres politiques, même de nomination de la direction politique du mouvement et les instruisant directement de revendications à faire devant le gouvernement congolais.

L’armée rwandaise a non seulement mis en place un réseau de recrutement élaboré au Rwanda afin d’assurer un approvisionnement régulier de nouvelles troupes au M23, y compris les enfants et même les recyclés des anciens rebelles hutus des FDLR, mais ils ont également intégré leurs propres officiers et des formateurs au sein de la chaîne de commandement du M23 sur le terrain dans le Nord-Kivu. En outre, ils ont déployé des unités de l’armée rwandaise sur une base permanente aux côtés des positions du M23 faisant deux forces presque indifférenciables. Au cours des offensives majeures et opérations militaires, l’armée Rwandaise a déployé des milliers de soldats supplémentaires pour renforcer les M23 dans leurs attaques majeures, telles que la récente offensive sur Goma.

Bien que les membres de la communauté internationale s’attendaient à ce que le Rwanda diminue son soutien eu égards aux pressions diplomatiques et financières, nous avons constaté qu’une telle implication directe n’avait fait qu’augmenter avec le temps. C’est parce que, en substance, les rebelles sont devenus une extension des forces de défense rwandaises. La chaîne de commandement est de fait tenue par le ministre de la Défense du Rwanda, le général James Kabarebe. Dans une large mesure, la réalité de la relation entre la M23 et l’armée rwandaise va bien au-delà d’un soutien externe, étant donné que le M23 n’existe pas séparément du Rwanda en tant qu’entité autonome.

Dans ses efforts pour dépeindre une révolution de grande envergure contre le gouvernement congolais, le soutien rwandais au M23 a été également étendu à de nombreux autres groupes armés congolais, y compris ceux qui ont été autrefois anti-rwandophones comme le Raia Mutomboki. Pendant le cessez-le-feu courant du mois d’Août à Octobre, le groupe Raia-Mutomboki avait, sur ordres du colonel Sultani Makenga du M23, réalisé attaques brutales à motivation ethnique, brûlant plus de 800 maisons et tuant des centaines de civils issus de la communauté Hutu Congolais dans le territoire de Masisi, dont les milices avaient refusé de s’allier au M23. En plus de la communauté Hutu au Nord-Kivu, l’ethnie Tutsi Banyamulenge au Sud-Kivu, cette communauté a largement résisté aux efforts de recrutement du M23, en grande partie parce qu’elle comprend intimement le niveau de contrôle rwandais sur la rébellion du M23.

Néanmoins, le Gouvernement du Rwanda continue de nier toute implication, malgré son plaidoyer ouvert au nom de la rébellion. Le Rwanda a également affirmé à plusieurs reprises qu’il n’avait pas été consulté ou reçu un droit de réponse à nos enquêtes. Ce n’est pas vrai. Malgré le refus du gouvernement du Rwanda à nous recevoir pour toutes les réunions de fond au cours de notre visite officielle à Kigali en mai, nous avons délibérément retardé la publication de l’addendum à notre rapport intérimaire afin de fournir au ministre Rwandaise des Affaires étrangères une occasion supplémentaire de commenter ou de fournir au Groupe des éclaircissements d’informations rassemblées. Cependant, non seulement elle a refusé de le faire lors d’une réunion formelle expressément demandée par le Comité des sanctions, mais plus tard ce même jour, elle a commencé à prétendre que son gouvernement n’était pas au courant de nos conclusions. Suite à la publication de l’addendum, nous avons rencontré de nouveau le gouvernement du Rwanda à Kigali et avons pris en considération sa réponse écrite à notre rapport provisoire. Cependant, nous n’avons trouvé aucun élément substantiel de nos résultats antérieurs que nous souhaitions modifier.

Nous avons aussi complètement répondu à chacune des questions soulevées par le Gouvernement du Rwanda dans une communication officielle au Comité des sanctions, qui plus tard nous avons publié en annexe 3 de notre rapport final. La plupart des éléments de la réfutation rwandaise n’étaient pas crédibles. Par exemple, alors qu’à  Kigali, ils nous ont montré un tas de démolition des fusils AK-47 comme preuve qu’ils n’avaient pas fourni des canons de 75 mm aux rebelles. En outre, nous avons facilement observé des champs et des terrains plus que suffisants pour la formation sporadique à la base militaire de Kanombe, quelque chose qu’ils revendiquaient qu’elle aurait été impossible. Nous avons également confirmé la véracité des interceptions radio impliquant des officiers Rwandais par l’intermédiaire des radios commerciales utilisées par les rebelles et l’armée Rwandaise, qui, selon Kigali auraient été incompatibles.

Lorsque les arguments de fond du Rwanda dans sa défense n’étaient pas convaincants, ils se sont tournés vers des attaques contre le Groupe d’experts, affirmant que le Groupe avait des préjugés contre le Rwanda. Ils ont même orchestré une campagne médiatique et diplomatique défendant que j’étais un sympathisant des rebelles Hutus rwandais des FDLR et un négationniste du génocide rwandais. J’ai découvert plus tard que les autorités rwandaises avaient également concocté, dans le bureau de la présidence, de faux témoignages d’officiers des FDLR actuels promettant des récompenses pour les déclarations aux médias au sujet de mon implication présumée dans la fourniture d’armes à ces rebelles. Néanmoins, le Gouvernement du Rwanda avait déjà reconnu l’objectivité des vastes enquêtes approfondies du Groupe sur les réseaux de soutien et de financement des FDLR dans ces dernières années. En tant que coordonnateur de cette année, j’ai personnellement supervisé la coopération du Groupe aux procès en cours contre le président et le vice-président des FDLR en Allemagne.

Le Rwanda a également affirmé que l’armée Congolaise soutient les FDLR. Toutefois, les rebelles Hutus rwandais, à un nombre historiquement réduit, sont devenus plus isolés d’un soutien extérieur et sont axés sur l’autoprotection face à des attaques menées par les forces armées de la DR Congo et les groupes armés alliés au M23. Alors que certains réseaux criminels au sein des forces armées congolaises continuent à vendre de petites quantités de munitions aux rebelles, il y a, cependant, aucune preuve d’une coopération stratégique entre les FDLR et le gouvernement.

Outre le soutien rwandais au M23, dans notre rapport final, nous avons également documenté minutieusement un soutien aux rebelles du M23 de réseaux importants et des individus au sein du gouvernement de l’Ouganda. De hauts responsables ougandais ont appuyé les rebelles avec des renforts de troupes directs sur le territoire congolais, livraisons d’armes, l’assistance technique, la planification conjointe, conseil politique et de la facilitation des relations extérieures. Ils ont également soutenu la création et l’expansion de la branche politique du M23 basé en permanence à Kampala bien avant même que le président Kabila ait autorisé une interaction entre les rebelles et le gouvernement ougandais.

Le gouvernement ougandais a reconnu officiellement lors d’une réunion avec le Groupe d’experts au début octobre que ce soutient a effectivement eu lieu. Un officier de police ougandaise désigné a déclaré que le Gouvernement prendrait des mesures pour enquêter et arrêter les personnes impliquées. Le gouvernement de la RDC est pleinement conscient de ce soutien par des individus au sein du gouvernement de l’Ouganda, mais a choisi de ne pas dénoncer, espérant convaincre les Ougandais qu’ils ont plus à gagner en travaillant avec Kinshasa qu’avec Kigali dans la crise actuelle.

A la lumière de la gravité de nos constatations concernant l’aide extérieure du gouvernement du Rwanda et les individus au sein des services de sécurité Ougandais, nous avons adopté des normes méthodologiques élevées pour ces enquêtes. Depuis le début du mois d’avril 2012, le Groupe a interrogé plus de 100 déserteurs du M23, dont 57 se revendiquant de Rwandais. Au cours des visites sur le terrain, nous avons privilégié nos propres observations et de recherche dans les zones de conflit et le long des frontières. Par ailleurs, nous avons également analysé les armes du M23 et les équipements militaires trouvés dans des caches d’armes et sur le champ de bataille, l’imagerie satellite des voies d’approvisionnement entre le M23 et les positions de l’armée rwandaise, et les interceptions de communications radios. Bien, nous avons consulté des dizaines de hauts commandants militaires congolais et les responsables de renseignement ainsi que des dirigeants politiques et communautaires ayant une connaissance approfondie des développements régionaux, le gouvernement de la RDC n’a jamais été le point de départ de l’un des notre collecte d’informations. Durant les étapes initiales de la rébellion, des représentants du gouvernement congolais ont cherché même à entraver notre accès à des informations clés sur l’implication rwandaise, préférant traiter ces questions de façon discrète entre Kigali et elles-mêmes. En outre, nous avons communiqué régulièrement avec de nombreux participants actifs de la rébellion du M23 et d’autres groupes armés, ainsi que des responsables de la sécurité actuels et anciens et les autorités civiles de l’Ouganda et du Rwanda.

Le Conseil de sécurité et le Comité des sanctions ont toujours soutenu le Groupe et nos conclusions sur le soutien externe au M23. Divers services de renseignement africains et occidentaux, ainsi que des enquêtes indépendantes de journalistes d’investigation et les organismes de recherche ont également confirmé les conclusions du Groupe concernant les violations de l’embargo sur les armes par le Rwanda.

Les Principales revendications du M23

Tout au long de notre travail, la question qu’on nous a posée le plus souvent était tout à fait naturelle et logique. Pourquoi le Rwanda entreprendrait une telle entreprise risquée et politiquement dangereuse? Bien que, comme je l’ai dit au début, ce n’est pas le travail du Groupe d’experts d’établir les causes ou les vecteurs de conflit, dans l’esprit ambitieux de beaucoup de mes collègues rwandais, je vais humblement essayer d’analyser quelques-uns des motifs énoncés derrière cette guerre, en commençant par les exigences essentielles du M23.

Dès les débuts de la rébellion, les rebelles ont présenté un assortiment de demandes et justifications de leur rébellion. Beaucoup sont caractérisées par différents degrés d’incohérence, d’improvisation et d’opportunisme. Lorsque les journalistes internationaux ont interviewé Makenga, beaucoup ont observé qu’il avait peu de compréhension de certains des idéaux pour lesquels il était censé se battre. Une fois, j’ai assisté à un discours d’une heure par le porte-parole du M23 sur la façon dont c’était, en fait, les officiers de l’Ouest de la RD Congo au sein de l’armée Congolaise qui étaient l’objet de discrimination et non les Tutsis.

Toutefois, bon nombre de ces demandes sont manifestement incompatibles avec la réalité des identités et de l’histoire passées des hauts dirigeants du M23. Bien que tous les groupes armés construisent les demandes politiques basées sur l’analyse conjoncturelle de ce qui va leur apporter la plus grande sympathie populaire, la différence avec le M23 est que, premièrement, les contradictions sont tellement flagrantes et, deuxièmement, l’analyse et les prétextes postérieurs ont été en grande partie construits par le Gouvernement du Rwanda lui-même. Pour la plupart, le Rwanda a cherché à saisir toute idée ou problème qui pourrait entrer en résonance avec la population congolaise et qui donnerait une certaine légitimité au M23.

Comme par leur nom, d’abord et avant tout, les rebelles ont affirmé que le gouvernement est revenu sur les accords de paix du 23 mars 2009. Toutefois, cet accord était simplement une arrière-pensée de formaliser un accord bilatéral entre Kinshasa et Kigali, qui était fondée sur la base de permettre à ce dernier c.à.d. Kigali, une immense influence sur les Kivus, en échange de l’arrestation du président du CNDP, Laurant Nkunda, et en forçant le reste des troupes CNDP à rejoindre l’armée nationale sous la direction de Bosco Ntaganda. Pour beaucoup au sein du CNDP et le gouvernement rwandais, l’intégration du CNDP dans l’armée Congolaise n’était qu’une manœuvre tactique, mais n’a jamais constitué une modification fondamentale des objectifs. Certains anciens officiers du CNDP ont répété que lorsque les Rwandais le avaient convaincus de se joindre à l’armée congolaise, ils leur avaient dit, «faire preuve de patience, nous arriverons à l’objectif [ultime], faites-nous confiance.»

L’accord à court terme, cependant, était immensément généreux au Rwanda, les officiers congolais du CNDP, Ntaganda en particulier et ses fidèles officiers, ont pris le contrôle sur une grande partie de l’armée dans l’Est du Congo.

Paradoxalement, les rebelles se sont également plaints de la corruption généralisée au sein de l’armée congolaise. Néanmoins, comme certains d’entre eux étaient des commandants les plus importants dans l’Est de la RDC, ils étaient quelques-uns des pires auteurs des vols des salaires, du racket et de la vente des biens de l’Etat à des fins privées. Lorsque tous les efforts étaient faits par le bureau du Procureur militaire Congolais de rétablir l’ordre parmi ces officiers voyous, y compris Ntaganda et Makenga, les anciens officiers du CNDP ont attaqué les prisons et assassiné les opposants, en intimidant Kabila avec des menaces de reprendre la guerre. La mutinerie initiale en Avril [2012] a été déclenchée, au moins superficiellement, par les officiers de l’ex-CNDP qui ont refusé de prendre part à des séminaires à Kinshasa sur la réforme de l’armée.

Par ailleurs, les rebelles ont affirmé la discrimination contre les officiers Tutsis au sein de l’armée et le meurtre de ces anciens officiers du CNDP qui avaient été redéployés en dehors des Kivus. Alors que certaines animosités historiques ne peuvent pas être niées, peu de preuves crédibles existent pour étayer ces affirmations. Au contraire, les anciens officiers du CNDP ont été redéployés vers d’autres provinces sans incidents majeurs et des dizaines d’officiers supérieurs Tutsis au sein de l’armée congolaise, dont deux commandants des régions militaires et plus des quatre cinquièmes des ex-CNDP, ont choisi de ne pas adhérer au M23.

Le M23 a également fait de nombreuses revendications en rapport aux droits humains quand bien même si neuf de ses membres et associés ont été désignés pour les sanctions à la fois par le gouvernement Américain et le Comité des sanctions de l’ONU, pour la plupart des violations flagrantes du droit international. Au cours de l’actuelle rébellion du M23, ces mêmes officiers ont recruté et formé des centaines d’enfants soldats, tuant souvent ceux qui tentaient de s’échapper. Lorsqu’ils dominaient auparavant le commandement militaire dans l’Est de la RDC, les officiers M23 ont supervisé de nombreux réseaux mafieux qui exploitaient les ressources naturelles par le travail forcé tout en prenant part à l’expropriation violente répandue des terres.

Par ailleurs, le M23 exige même la bonne gouvernance quand bien même ils ont attaqué et se sont appropriés de nombreux biens publics fournis par les bailleurs de fonds, y compris récemment, 33 véhicules faits en donation à la police Congolaise. Les institutions gouvernementales dans le territoire contrôlé par les rebelles ont également été systématiquement pillées, y compris l’équipement de la Commission électorale pour l’inscription des électeurs.

Le M23 prétend aussi qu’il se bat pour les 50.000 réfugiés Tutsis qui restent au Rwanda. Une rébellion qui déplace plus de 500.000 peut à peine défendre les droits des 50.000 réfugiés. La contradiction flagrante avec les près de 500.000 personnes nouvellement déplacées à la suite de leurs offensives, cependant, a récemment conduit M23 à diminuer l’importance de cette demande. En outre, en 2011, des anciens officiers du CNDP m’ont dit que c’était bien le Rwanda qui ne voulait pas que ces réfugiés rentrent chez eux afin de les utiliser comme «une carte à jouer dans les futures négociations avec Kinshasa.»

Ces derniers mois, les M23 ont de plus en plus affirmé qu’ils veulent une révision des élections présidentielles discréditées et frauduleuses de 2011, dans une tentative d’attirer la sympathie d’une plus large circonscription et d’affaiblir davantage Kabila. Néanmoins, le parti CNDP a fait partie de l’alliance électorale du Président et de nombreux grands leaders du M23 ont orchestrée des fraudes massives en son nom. Ironiquement, alors que le président Kabila était immensément populaire dans l’Est du Congo au cours des élections de 2006, c’est précisément son accord de paix avec le Rwanda et le CNDP, y compris tous les privilèges supplémentaires et un traitement spécial qu’ils ont reçus tout au sein de l’armée, qui a renforcé l’opposition à son gouvernement dans les Kivus. Bien qu’il ait été avisé d’accepter de faire le sacrifice de sa popularité dans l’espoir d’une paix durable avec le Rwanda, [souvent] avec l’encouragement énorme et les éloges de membres de la communauté internationale, y compris la mission de paix de l’ONU, les contextes d’aujourd’hui révèlent que c’était une erreur stratégique cruciale.

Enfin, le Rwanda et le M23 ont déclaré que les opérations militaires de l’armée congolaise contre les rebelles Hutus rwandais de FDLR ont échoué et que le groupe reste une menace. Toutefois, non seulement le ministre rwandais de la Défense a récemment indiqué que les FDLR ne pourraient jamais menacer le Rwanda, mais les rebelles sont [en effet] actuellement à un nombre faible de tous les temps après que des milliers ont été démobilisés par l’ONU. Ce qui démontre que la rébellion [actuelle] n’a rien à avoir avec les rebelles Hutus, le M23 a même incorporé des groupes dissidents des FDLR et des soldats des FDLR recyclés dans ses rangs. Alors qu’ils étaient encore dans l’armée [Congolaise], beaucoup d’officiers M23 ont toujours fait leur priorité, la recherche de contrôle des mines et du bois plutôt que des opérations de fond contre les rebelles Hutus. En outre, les opérations secrètes de l’armée rwandaise en utilisant des milices Congolaises qui sont devenues plus tard des mandataires du M23 ont éliminé physiquement des dizaines de commandants clés des rebelles [Hutus]. Combiné avec les opérations soutenues par l’ONU au Sud-Kivu, au début de 2011, les FDLR ont été largement battus et mis en déroute. Objectivement, la menace sécuritaire la plus grande pour le Rwanda est représentée par des opposants politiques Tutsis qui ont rompu avec le Président Kagame ces dernières années.

Stratégie régionale du Rwanda

Maintenant, si ce n’est pas vraiment les revendications et demandes sur les accords du 23 mars 2009, ou une véritable bonne gouvernance, le développement, les droits humains, les FDLR, les réfugiés, etc., alors que veut réellement le Rwanda? Il me semble que ce n’est pas un prétexte ou une justification inventés après un coup qui a provoqué cette guerre, mais je soupçonne plutôt les objectifs stratégiques régionaux du Rwanda comme vecteur de son implication.

Malgré la paranoïa extrême sur la «balkanisation» qui a été si répandue depuis de nombreuses années parmi les Congolais traumatisés par plusieurs invasions étrangères, une seule des exigences des rebelles a un pouvoir explicatif et durable, et il s’agit du fédéralisme.

L’implication du Rwanda et son orchestration de la rébellion du M23 devient plus compréhensible lorsqu’elle est comprise comme un vecteur déterminé et calculé pour frayer la création d’un Etat fédéral autonome de l’est du Congo. Il y a eu des spéculations quant à savoir si l’implication du Rwanda a été dictée par les intérêts de sécurité ou ses intérêts économiques ou des liens ethniques / culturelles, mais un État fédéral pour l’Est du Congo saurait incarner toutes ces questions. Toutes les négociations [en cours] doivent éviter d’autres problèmes écrans et de se focaliser sur la lutte contre celui-ci qui est extrêmement difficile.

Avant les élections de novembre 2011, l’un des officiers de renseignement les plus élevés au sein du gouvernement rwandais a discuté avec moi plusieurs scénarios possibles pour la sécession de l’Est du Congo. Reflétant la pensée de beaucoup de ses collègues, il a affirmé que parce que le Congo était trop grand pour être gouverné par Kinshasa, le Rwanda devrait favoriser l’émergence d’un Etat fédéral pour l’Est du Congo. Il a dit, «Goma doit se rapporter à Kinshasa de la même manière que Juba était lié à Khartoum», avant l’indépendance du Sud-Soudan.

Lors de nos rencontres officielles avec le gouvernement rwandais à Kigali en Juillet [2012], la délégation rwandaise a toujours affirmé que notre rapport était simplement une distraction et ralentirait le processus devant aboutir à la solution définitive aux problèmes infinis du Congo. Lorsqu’ils sont poussés plus loin, plusieurs représentants ne cachent pas le fait que la seule solution qu’ils avaient en tête était en effet: le fédéralisme. Sans surprise, le Rwanda a ouvertement aidé et encouragé les sécessionnistes Congolais auto-déclarés tels que Jules Mutebutsi, Akim Muhoza et XaviarCiribanya afin de placer la barre si haut pour positionner le fédéralisme finalement comme un compromis acceptable. Le jour où le M23 a atteint Goma, les substituts des médias du gouvernement rwandais ont commencé à exiger le «droit à l’autodétermination».

Au cours de plusieurs réunions internes pour la mobilisation pour le M23, des hauts fonctionnaires [Rwandais], y compris le secrétaire particulier adjoint du ministre de la Défense a ouvertement affirmé que l’établissement de cet état autonome était en fait l’objectif principal de la rébellion. Plusieurs commandants M23 et leurs alliés l’ont également confirmé ouvertement au cours des interviews que j’ai menées dans le cadre du Groupe d’experts. De nombreux journalistes ont également confirmé que les commandants M23 de plus en plus mettent cet objectif en tête de leur ordre du jour. Un porte-parole [de la rébellion] a déclaré récemment au New York Times,’’ Nous voulons plus de décentralisation, nous voulons le fédéralisme,’’ et ‘’les intérêts des régions orientales du Congo sont en Afrique de l’Est.»

Même des hauts responsables de la sécurité ougandais ont également reconnu que c’était là le but des Rwandais dans cette guerre du M23. Un officier [ougandais], qui était lui-même impliqué dans le soutien du M23 en coopération avec les Rwandais, nous a dit, «ils voient grand. . . Il vous suffit de voir le Sud-Soudan [comme exemple].» L’objectif du fédéralisme contribue également à expliquer, en partie, l’implication des individus au sein du gouvernement Ougandais. Si le Rwanda atteigne son objectif, alors l’Ougandais devra veiller à ce que ses propres intérêts culturels, sécuritaires et économiques à l’Est de la RDC ne soient pas compromis.

La vision fédéraliste profondément incrusté du Rwanda est né de la stratégie géopolitique régionale adoptée par les dirigeants de Kigali. Un État fédéral autonome pour l’Est du Congo scellerait et garantirait l’influence déjà considérable du Rwanda sur les aspects militaires, politiques, économiques et culturels de la vie, semblables à ceux de la Syrie dans certaines parties du Sud-Liban. Le Gouvernement du Rwanda, tout à son honneur, depuis les événements tragiques du génocide de 1994, a fait preuve d’ambition inégalée et sa détermination à reconstruire son pays et a réalisé des progrès remarquables dans le développement humain. Cependant, cette même ambition et détermination des dirigeants rwandais les ont conduits, à tort à adopter cette stratégie inhérente à long terme de déstabilisation géopolitique basée sur [une politique] de saper la reconstruction et la stabilisation de l’Est du Congo dans l’espoir que l’instabilité perpétuelle [de l’Est] engendrerait des réformes radicales de gouvernance.

Cet objectif explique aussi pourquoi le Rwanda a toujours cherché à dépeindre tous les groupes armés dans l’Est de la RDC comme un seul front uni contre Kinshasa. Bien que la construction de cette coalition est beaucoup plus difficile dans la pratique, dans nos rencontres avec eux, le ministre rwandais de la Défense et le chef d’Etat-major de l’armée ont à la fois justifié et défendu les intérêts de tous les groupes armés dans l’Est de la RDC, y compris le Raia Mutomboki, un groupe extrêmement brutal.

En outre, les Rwandais ont entrepris tous les efforts possibles pour dépeindre le Congo comme un «trou noir grand» en jouant sur les représentations coloniales de Joseph Conrad, le cœur des ténèbres qualifiant l’Etat Congolais de «fictif». Les diplomates rwandais ont sans cesse affirmé que «le Congo a toujours été un gâchis, c’est une cause perdue «et insinué qu’un changement structurel radical serait nécessaire pour le sauver.

CALENDRIER DE LA REBEELION

La prochaine question alors est: pourquoi maintenant? Début 2012 était en effet un moment propice pour faire un effort définitif pour l’objectif stratégique du Rwanda pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, presque tout le monde, y compris les Rwandais, s’attendaient à ce qui allait être probablement la suite d’un Processus électoral 2011 discrédité c.à.d. un chaos généralisé et de protestation, non seulement à Kinshasa mais dans d’autres parties du Congo, présentant ainsi une fenêtre à l’émergence d’une insurrection l’Est contre Kinshasa. Comme Kabila avait mis en place des liens étroits avec le Rwanda dans l’intérêt de la paix, il était devenu nettement moins populaire dans l’Est du Congo qui avait été auparavant sa base. Le défi pour le Rwanda serait de savoir comment canaliser cette animosité loin de Kigali et l’orienter vers Kinshasa, en jouant sur des décennies de leadership faible du gouvernement central vis-à-vis de l’Est du Congo. En plus de cela, il y avait un sérieux rival politique sous la forme de Vital Kamerhe, le premier véritable chef d’opposition ayant pour base la partie Est. Kabila était maintenant face à deux fronts d’opposition, y compris l’ouest lingalophone qui lui est déjà très hostile. Même dans le bastion isolé de Kabila, un soutien populaire pré-électoral pour les mouvements sécessionnistes s’était accru dans la province du Katanga riche en minéraux, au sud du Kivu.

D’autre part, la plus grande stabilité dans l’Est du Congo, suite à un second mandat présidentiel, pourrait accélérer le développement de capacités de l’État et des institutions dans l’Est du Congo qui auraient progressivement diminué les chances d’une poussée spectaculaire de réforme de la gouvernance radicale. En outre, les Rwandais se lassaient que les Congolais auraient adopté des mesures d’indépendance économique dans l’Est du Congo, par exemple, la mise en place d’une fonderie de minerais à Kisangani, qui infléchirait considérablement le commerce des minerais du Kivu loin du Rwanda.

« La Fatigue du Congo » au sein de la communauté des donateurs à payer une facture annuelle de la MONUSCO aurait été aussi un terrain fertile pour proposer des solutions plus radicales et définitives à l’Est du Congo. Compte tenu de ce sentiment, au milieu de la crise, un diplomate occidental m’a demandé sincèrement, « l’est du Congo est-il, après tant d’années de violence, vraiment une entité viable? Peut-être nous devrions commencer à envisager des arrangements plus définitifs et durables pour cette partie ». Ce sentiment de désespoir et de frustration pour le Congo atteint des niveaux tels que même récemment le New York Times a publié un éditorial plaidant pour laisser le pays s’effondrer.

Quatrièmement, avant le M23, il y avait de moins en moins de volonté à accepter les abus et l’impunité de Bosco Ntaganda ainsi qu’une plus grande pression pour limiter les chaînes de commandement parallèle de l’ex-CNDP. Si Ntaganda avait été arrêté comme le demandaient les organisations des droits de l’homme, cela aurait considérablement réduit l’influence et la puissance militaire rwandaise à l’Est de la RDC. En outre, au bout de quinze ans, la réceptivité pour les cycles sans fin d’intégration des anciens rebelles au sein de l’armée devenait moins importante, ce qui rendait plus indispensable la réalisation de l’objectif plus tôt qu’ultérieurement.

En outre, de nombreux anciens officiers du CNDP auraient violemment résisté à tous les efforts du gouvernement congolais pour les redéployer en dehors des Kivus et mettre fin à leurs larges réseaux mafieux et de racket. Cela a inévitablement concilié les divisions latentes entre les commandants Tutsis qui forment un front commun prêts à travailler avec le Rwanda afin de protéger leurs propres intérêts commerciaux, malgré les ouvertures antérieures de certains de ces officiers pour soutenir les dissidents rwandais comme le général Kayumba Nyamwasa.

Enfin, le rôle du Rwanda dans le processus d’intégration des ex-CNDP leur a fourni une occasion en or pour se positionner comme artisans de la paix dans une telle crise par laquelle ils pourraient faire pression pour l’adoption d’une solution préconçue, telle que le fédéralisme. Dès le début de cette crise, le Rwanda a demandé à grands cris des « négociations politiques sur la gouvernance », je soupçonne que ce soit pour ces mêmes raisons.

CONSÉQUENCES POUR LES NÉGOCIATIONS [EN COURS]

Alors, qu’est-ce que cela signifie pour les négociations en cours? Si les aspirations géopolitiques du Rwanda sont si ambitieuses, que pouvons-nous attendre de négociations, en particulier lorsque le Rwanda a fait preuve ces dernières semaines qu’il a la haute main sur le champ de bataille? Sans aborder le fédéralisme, tous les autres problèmes pourraient être résolus, mais la probabilité que la guerre va s’apaiser semble être très faible, si tel est bien l’objectif principal du Rwanda. De nombreux observateurs répètent les appels pour s’attaquer aux causes profondes des cycles de violence dans l’Est du pays et pourtant, il est peu fait mention des objectifs stratégiques du Rwanda pour la RDC, en soi, comme constituant l’une des causes essentielles. Pour sa part, Mr. Kabila se sent très confiant quant à la négociation sur l’accord du 23 Mars, mais les discussions vont inévitablement vaciller à moins que la question clé du fédéralisme soit mise au centre de l’ordre du jour des négociations.

Le Rwanda a fait valoir que ses intérêts nationaux sont mieux servis par la stabilité régionale et le commerce transfrontalier avec l’Est de la RDC. Certes, ceci est le cas dans le long terme, mais si [seulement il atteint un état fédéral autonome dans l’Est du Congo, à court terme, malgré l’instabilité massive, à partir d’un point de vue stratégique, ce qui va plus que compenser la perte d’une certaine assistance des donateurs et la corde de sécurité que vivent les FDLR actuellement.

Cette conclusion soulève plusieurs questions. Est-ce que le fédéralisme est vraiment négociable à Kampala, ou jamais? Est-ce que les Etats-Unis et d’autres Etats de la communauté internationale vont appuyer une solution fédérale pour l’Est du Congo tout en sachant parfaitement que ce n’était probablement que l’objectif principal du Rwanda en premier lieu. Le Rwanda va-t-il être récompensé pour sa persistance? Comment la naissance d’un Etat fédéral motivée de l’étranger fleurant juste une sécession, va être considérée comme légitime au niveau international? Des négociations objectives peuvent-elles avoir lieu sur cette question lors des pourparlers en cours sont encadrés par le Rwanda et l’Ouganda? Les exemples du Sud-Soudan et du Nord-Mali peuvent-ils impacter sur les discussions en cours? Les diplomates affirment souvent que le Rwanda peut et doit faire partie d’une solution. Les Rwandais aussi se plaignent sans cesse d’être pointés du doigt et défendent qu’ils font partie de la solution à la crise actuelle et non du problème. Mais quelle solution ? devrait cependant être la question.

La «solution» à cette crise semble avoir été identifiée depuis que les premiers coups [des balles] ont été tirés. Les Rwandais savaient ce qu’ils allaient proposer comme solution et ont donc ont eu besoin d’orchestrer une crise qui serait assez couteuse pour justifier une telle solution. Lorsque l’Etat Congolais et ses forces de sécurité avaient réellement une haute main et ont défait la première mutinerie des ex-CNDP, les Rwandais ont dû intervenir ouvertement et conduire le plus directement la crise, défiant la pression internationale lorsque leur implication est devenue très évidente.

Reculant de la dynamique actuelle, le fédéralisme en soi n’est ni une bonne ou mauvaise proposition, mais lorsqu’il est entraîné par un Etat voisin qui en bénéficierait énormément, le fédéralisme peut être problématique pour dire le moins. Le fédéralisme doit être le fruit d’un débat politique démocratique en RDC et exclusivement parmi les Congolais et non par des négociations politiques orchestrée et animée par le Rwanda et certains de ses alliés au sein du gouvernement ougandais.

La communauté internationale semble prête à oublier l’implication du Rwanda et les dossiers d’horribles violations de droits humains de certains commandants M23, afin de contribuer à l’avènement d’une solution hâtive pour «éteindre l’incendie» et faire cesser immédiatement l’immense coût humanitaire de cette guerre. D’autant plus maintenant que le Rwanda a montré qu’il va toujours déployer ses troupes au-delà de sa frontière afin de s’assurer que le M23 prévaudra toujours sur le champ de bataille. Militairement, l’armée congolaise s’est avérée plus que capable de vaincre la mutinerie initiale, mais depuis que le Rwanda a créé le M23 et n’a cessé de déployer son armée aux côtés des restes des mutins, une solution militaire n’est susceptible de l’emporter.

Par ailleurs, la MONUSCO a montré qu’elle n’est pas disposée à déployer des troupes pour combattre les armées étrangères. Maintenant que le M23 s’est récemment repositionné juste au nord de Goma afin d’exercer une influence sur les négociations, il est peu probable que le Rwanda acceptera une de solution «demi-mesure pour sauver sa face» comme en 2009. Le Rwanda est déterminé à gagner [cette guerre]. Les Rwandais savent que c’est peut-être leur dernière chance. En tant que tel, le Rwanda est susceptible de continuer la guerre jusqu’à ce qu’il ait obtenu ce qu’il cherchait à atteindre. Les coûts sont déjà trop élevés pour que le Rwanda se contente de moins que rien maintenant.

CONCLUSION

A ce stade actuel, la question clé devrait être, quelle solution le Rwanda jugerait à même de remplir suffisamment son objectif stratégique qui pourrait laisser la fenêtre ouverte pour inverser progressivement sa progression vers ces objectifs à travers le renforcement de l’indépendance de l’Etat Congolais dans sa partie Est.

Plus d’intégration économique régionale pourrait-elle satisfaire le Rwanda à court terme? L’intégration régionale est objectivement très positive, mais elle doit être fondée sur un pied d’égalité avec les États [voisins] et le respect mutuel. L’histoire récente prouve que permettre une intégration économique sans d’abord l’édification de l’Etat Congolais, dont les fonctionnaires sont les premiers responsables, le Rwanda ne s’empêchera pas de poursuivre son objectif stratégique. Le «détente» de 2009 entre la RDC et le Rwanda a été saluée au niveau international, car il a ouvertement reconnu et accepté la réalité de l’influence rwandaise au Kivu. La logique était que si le Rwanda était permis d’établir des projets économiques transfrontaliers au-dessus de la table, alors il n’y aurait plus besoin d’aller sous la table. Cependant, les stratèges rwandais ont probablement vu ces initiatives comme des tremplins vers la réalisation de leurs objectifs ultimes et non comme une fin en soi.

Par conséquent, si le fédéralisme est en effet le principal problème en jeu, alors il existe un besoin évident d’un processus qui examine la décentralisation comme une alternative. La décentralisation est prévue dans le cadre de la Constitution Congolaise, y compris l’expansion du nombre total des provinces. Potentiellement, un accord négocié qui va accélérer le processus de décentralisation et le faire apparaître comme si elle aboutirait à un véritable fédéralisme pourrait constituer un compromis raisonnable. C’est dont il s’agit si nous sommes prêts à accepter qu’il n’y a pas de véritable option militaire qui puisse dissuader définitivement la détermination du Rwanda à atteindre ses objectifs. Cependant, un processus par lequel l’Etat congolais n’est pas affermi d’abord et ensuite déconcentré dans les différentes provinces, des institutions autonomes pourraient donner des résultats désastreux. En tant que tel, le principal défi, dans un tel compromis serait l’accompagnement des bailleurs de fonds d’un tel processus de décentralisation afin d’isoler d’abord la faiblesse des institutions locales de toute influence externe ou cooptation.

De plus, tout processus de décentralisation en RDC doit également donner la priorité au renforcement de la présence du gouvernement central dans tout le pays. La grande majorité des Congolais dans l’Est s’identifient fortement au Congo comme une nation. Beaucoup ne veulent pas que leur propre gouvernance soit externalisée vers les pays voisins. Ils veulent que Kinshasa gouverne l’Est du Congo proactivement, équitablement, efficacement, et de manière équilibrée et respectueuse.

Un autre aspect clé de la dissuasion contre la cooptation rwandaise d’un processus de décentralisation congolaise, cherchant à le transformer en fédéralisme, serait d’appuyer activement des projets d’infrastructure et industriels à grande échelle qui permettraient d’améliorer, dans le court terme, l’indépendance économique de la RDC vis-à-vis de ses voisins. Un exemple de ce type de projets serait le remodelage de l’aéroport de Goma aux normes internationales, permettant la libre circulation des biens et des personnes issues de l’Est du Congo directement à des pôles commerciaux mondiaux.

Avec le temps, le Rwanda pourrait faire face à un point de basculement où ses incitations économiques commenceraient à privilégier le traitement de la RDC sur un pied d’égalité comme c’est le cas avec d’autres pays voisins comme le Kenya ou la Tanzanie. Bien que cela ne résoudra pas les questions culturelles et sécuritaires du Rwanda dans l’Est de la RDC, aborder la sphère économique aura un impact important dans le remodelage de la stratégie géopolitique du Rwanda dans la région des Grands Lacs.

En bref, le meilleur scénario pour la sombre situation actuelle est que la RDC se saisisse des négociations en cours pour aborder de front le désir du Rwanda pour un Etat fédéral dans l’est du Congo en convainquant Kigali qu’il peut atteindre cet objectif à travers les lois préexistantes dans la constitution congolaise sur la décentralisation. Ensuite, la communauté internationale doit soutenir vigoureusement les institutions centrales et provinciales de la RDC et l’infrastructure économique afin de diminuer lentement le contrôle et ingérence externes. Les élections locales, qui avaient été programmées pour cette année, pourraient fournir le cadre pour de telles discussions.

Je vous remercie de l’occasion pour avoir partagé [avec moi] les conclusions du Groupe des Experts et mes points de vue sur le rôle du Rwanda dans la crise [dans l’Est de la RD Congo].

Leave a Reply