L’affaire Chebeya : le colonel Mukalayi empêtré dans des contradictions

Il a fallu 7 heures du temps, hier jeudi 6 janvier 2011 à la Prison Centrale de Makala, pour auditionner et confronter renseignants et prévenus engagés dans l’affaire « Chebeya ». Ainsi, l’assistance a été abondamment édifiée par les dépositions de Nana Tshamuangana, Inspecteur adjoint et chef de département administratif au Secrétariat général de la Police ; du Commissaire principal Yav Kot, secrétaire au Secrétariat général de la Police ; et d’Olivier Kungwa, membre et agent de l’Ong la « Voix des Sans Voix » (VSV).

D’entrée de jeu, le Major Tshamuangana a signalé que le service courrier de la Police nationale travaille normalement malgré le manque des moyens. Cependant, les usages à la Police ne précisent pas que seul le chargé des courriers puisse exclusivement expédier les correspondances. Car n’importe qui, et surtout la hiérarchie peut aussi bien le faire. Toutefois, elle ne se souvient pas avoir demandé expressément un service au Colonel Mukalayi pour aider à la transmission d’un courrier au siège de la VSV où travaillait Floribert Chebeya, activiste des droits de l’homme retrouvé mort à Mont-Ngafula, le 2 juin 2010. Quant à son collègue, le Commissaire principal Yav Kot, il a bel et bien confirmé que c’est lui qui a été envoyé, par le Colonel Mukalayi, chercher le « document de l’Inspecteur général John Numbi » qui devait être envoyé à la VSV. « Comme on n’arrivait pas à retrouver instantanément la lettre en question, j’ai répété aux collègues de faire diligence. Car il s’agissait d’un document de l’Inspecteur général ! »

Invité pour sa part à la barre, Olivier Kungwa, membre de la VSV a rapporté les circonstances de la réception, le vendredi 28 mai, dudit courrier venu justement de l’Inspection générale de la Police. Vers 10 heures, raconte-t-il, un monsieur en tenue civile s’est identifié au nom de Michel de l’Inspection de la Police et voulait un tête-à-tête avec le responsable numéro 1 de la VSV. Version balayée d’un revers de la main par le Commissaire Michel Mwila, prétendant qu’il n’a pas pu déposer son courrier faute de réceptionniste. C’est au moment où il rentrait qu’Olivier Kungwa l’a rappelé pour lui faire rencontrer feu Chebeya.

Intervenant à son tour, le ministère public a fait observer les contradictions dans les propos de Michel Mwila qui avait déclaré devant l’auditeur que sa présence à Kintambo se justifiait par la filature d’un Camerounais, faussaire de billets de banque. Son chef, le Colonel Mukalayi, ayant appris qu’il se rendait dans cette partie de la ville, lui a ordonné de déposer la lettre au bureau de la VSV, situé non loin du petit séminaire Jean XXIII. Malheureusement, l’officier ne se souvient plus nettement de la date exacte à laquelle il avait demandé la lettre à ses subalternes.

En effet, selon l’Organe de la loi, le Colonel avait déclaré, devant témoins, avoir retiré la lettre le jeudi 27 mai, pour ordonner son dépôt le lendemain, 28 mai. D’où, l’interrogation du Ministère public : « Où est-ce que la lettre a passé la nuit du 27 au 28 mai 2010 ? ». Avant de répondre à cette question, le Colonel Daniel Mukalayi a tenu à relever un aspect. Avec les moyens que nous avons, explique-t-il, nous pouvions faire une mission de filature classique de Chebeya, si nous en avions l’intention, au lieu de se confondre dans des « gymnastiques » que l’on veut nous prêter. Puis de préciser qu’il ne maitrise pas cette notion de dates, se rappelant seulement avoir remis la lettre à Mwila juste après l’avoir reçue de Yav Kot. « Ayant beaucoup à faire, je considérais cela comme un fait anodin… » a conclu le Colonel.

Non satisfaite de cette réponse, la partie civile a interrogé le Colonel sur son intérêt à faire pression sur ses collaborateurs en disant que l’ordre de rechercher le courrier venait de l’Inspecteur général, John Numbi. « Il arrive souvent que nos collaborateurs trafiquent au nom des supérieurs… ». Réplique vite rejetée par ses propres collaborateurs, les Inspecteurs Nana Tshamuangana et Yav Kot, jurant de ne pas « trafiquer ».

Il faudrait noter qu’afin de faire avancer le dossier, les deux parties ont accepté d’ajouter un jour supplémentaire pour la poursuite de l’instruction. Ainsi, la prochaine audience est fixée au lundi 10 janvier prochain.

Tshieke Bukasa

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