Lac Albert, SNCC, Kikwit, Brazza, V.Club-Mazembe : RD Congo, les enquêtes s’accumulent… espoirs déçus

lac albertLes enquêtes parlementaires, gouvernementales, judiciaires et policières sur les tragédies humaines qui endeuillent le pays depuis le début de l’année, commencent à s’accumuler de manière inquiétante. En effet, là où nos compatriotes attendaient des procédures d’urgence dans la collecte des données, la détermination des responsabilités et l’application des sanctions, l’on assiste plutôt à des scénarii de nature à faire penser à des dossiers clos sans suite. Il a été constaté que nombre d’enquêtes n’aboutissent ou s’achèvent par des conclusions complaisantes parce que certains décideurs impliqués dans des cas de mort d’hommes se retrouvent à la fois juge et partie. L’indépendance des enquêteurs pose problème.

         Pourtant, il y a eu plus de 250 morts dans le naufrage d’un bateau sur le lac Albert, au Nord-Kivu, entre 300 et 400 morts dans deux déraillements de trains de la SNCC à Kamina, au Katanga, plus d’une vingtaine de morts au stade du 30 juin de Kikwit à l’occasion du festival de musique organisé en hommage au musicien Kester Emeneya, un bilan de morts directs ou indirects non encore précisé en marge des expulsions massives des ressortissants de la RDC du Congo/Brazzaville et, le week-end dernier, 15 morts au stade Tata Raphaël au terme du match V.Club-Mazembe.

         La comptabilité macabre des compatriotes ayant perdu leurs vies dans des circonstances qui restent à élucider aurait dû normalement donner lieu à des enquêtes fouillées, de manière à faire payer aux coupables le prix du sang des Congolais versé gratuitement dans les eaux du lac Albert, sur les rails du Katanga, sur la terre d’exil du Congo/Brazzaville, dans les temples de football de Kikwit et de Kinshasa. Tant que des innocents vont continuer à disparaître sans que personne ne soit inquiété au niveau des autorités politico-administratives, militaires, policières ou sportives, cela va laisser au commun des mortels le sentiment de l’impunité de ceux qui portent, directement ou indirectement, une lourde responsabilité dans les hécatombes humaines qui frappent la République.

Espoirs déçus

         Au lendemain du naufrage d’un bateau dans le lac Albert, avec plus de 250 compatriotes en provenance de l’Ouganda, tout portait à croire que des têtes allaient tomber, aussi bien au niveau des responsables des « services » opérationnels à la frontière congolo-ougandaise que du ministère des Transports et Voies de Communication, censés gérer les mouvements des biens et personnes dans cette zone ultra-sensible. Le ferme engagement pris par le gouvernement congolais de diligenter une enquête et le feu des questions auquel était soumis le ministre de l’Intérieur au niveau des deux chambres du Parlement, en sus du deuil national décrété en mémoire des morts, avait fait croire que ce dossier allait mériter un sérieux suivi. A ce jour, l’on a l’impression de se trouver devant un non-lieu.

         C’est pareil pour la double catastrophe ferroviaire enregistrée dernièrement avec des trains de la SNCC. Alors que l’on n’a pas fini de pleurer les 300 à 400 compatriotes ayant péri dans ces deux accidents, un troisième train de la même société a failli provoquer une nouvelle tragédie sur l’axe Lubumbashi-Kindu. L’on se demande à quel stade se trouvent les enquêtes déclenchées dans la foulée des déraillements de Kamina.

         L’on en est encore à s’interroger sur ce qui se passe dans les coulisses de la chasse aux Congolais à Brazzaville. Le rapport de la mission d’enquête de l’Assemblée Nationale à Brazzaville a levé un pan de voile sur les conditions infrahumaines qui entourent les expulsions massives des Congolais. L’opinion nationale a ainsi appris que certains transitent, vivants, par des morgues, pendant que des milliers d’autres s’entassent au port d’embarquement de cette ville, comme dans les sites d’accueil de Kinshasa (maison communale de Kinshasa et stade Cardinal Malula), avec le maximum de chances de mourir à courte ou longue échéance, en raison de la précarité des conditions de leur prise en charge.

A Kikwit comme à Kinshasa, des concitoyens sont morts alors qu’ils voulaient se détendre en écoutant la bonne musique pour les uns et à vivre une fête de football pour d’autres. Des enquêtes, dont les résultats risquent de ne jamais être rendus publics, sont annoncées. Dans l’un comme l’autre cas, les premières informations en circulation font état des faiblesses de la police dans l’encadrement des manifestations publiques.

Mais qui va payer les pots cassés ?

         Beaucoup d’espoirs sont déçus au regard des primes à la négligence qui sont octroyées aux hommes et femmes responsables de la série noire que connaît le pays depuis cinq mois. Jusques à quand va-t-on laisser impunis ceux qui, par leurs excès des pouvoirs et de zèle ou leur amateurisme, envoient des compatriotes au pays des ancêtres, plus tôt que prévu. Le bouclage des enquêtes de la manière que l’on sait, sans impact sur ceux qui provoquent des situations dramatiques pour le pays, peut donner à croire que la vie humaine n’aurait pas de valeur en République Démocratique du Congo… que des centaines, des milliers voire des millions de personnes peuvent trépasser, sans conséquences graves pour ceux qui écourtent cyniquement leurs vies, par excès d’autorité ou l’appât du gain.

Kimp

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