L’abbé Malumalu à la CENI

: l’Eglise Catholique
défiée et humiliée !
La sous-composante « Confessions religieuses » ainsi que l’Assemblée
Nationale ont traité le dossier de l’abbé Apollinaire Malumalu pour la
présidence du Bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale
Indépendante) sans se préoccuper de la position de l’Eglise Catholique
romaine. Pourtant, tout le monde se souvient de l’instruction du
Saint-Siège, relayée par la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du
Congo), interdisant expressément aux ecclésiastiques de siéger dans
les institutions politiques de la République Démocratique du Congo,
sans l’aval de leur hiérarchie.

Ce passage en force est perçu par de nombreux Congolais, surtout ceux
d’obédience catholique, comme à la fois un défi et une volonté
manifeste d’humilier leur « maison-mère». D’aucuns se demandent
comment la sous-composante « Confessions religieuses » a pu se saisir
d’office de la candidature de l’abbé Apollinaire Malumalu sans se
référer à son évêque et surtout, sans tenir compte des positions
clairement exprimées par le Saint-Siège et la CENCO au moment où
circulaient avec force les rumeurs de son retour à la tête du Bureau
de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Certaines méchantes langues sont allées même jusqu’à prêter à la
CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) la politisation de
l’Eglise Catholique du Congo, dont l’intention serait de servir les
intérêts de l’Opposition politique et, par ricochet, de nuire au
pouvoir en place. Il a été soutenu, dans certains cercles politiques,
l’action de la main noire de l’Archevêque de Kinshasa, le Cardinal
Laurent Monsengwo Pasinya, qui ne verrait pas d’un bon œil la montée
fulgurante d’un abbé au sein des institutions de la République.
D’aucuns vont même jusqu’à lui rappeler qu’il eut aussi à piloter le
bureau de le CNS (Conférence Nationale Souveraine en 1991-1992 ainsi
que celui du HCR/PT (Haut Conseil de la République/ Parlement de
Transition, sans que cela ne dérange l’Eglise Catholique qui, au
contraire, s’était trouvée honorée par le plébiscite de son prélat.
S’il y a lieu de souligner que les contextes ne sont pas
fondamentalement les mêmes, il est important de relever que le
maintien de la candidature de l’abbé Malumalu à la présidence du
Bureau de la CENI semble prendre les contours d’une épreuve de force
entre ses parrains politiques et le tandem Vatican-CENCO. L’on attend
impatiemment, dans les jours à venir, les réponses du Saint-Siège, de
la Cenco, de l’évêque du Diocèse de Butembo et de l’abbé Malumalu
lui-même au brûlant dossier de la CENI. L’Eglise Catholique du Congo
est appelée à gérer avec discernement et autorité un dossier qui
risque de l’éclabousser sérieusement, dans l’hypothèse d’un aveu
d’impuissance.

Incompatibilité établie

Réagissant sur les antennes de la radio Top Congo à l’entérinement de
la candidature de l’abbé Malumalu par la plénière de l’Assemblée
Nationale, à la tête de cette institution d’appui à la démocratie, le
Secrétaire général adjoint de la CENCO a indiqué que celle-ci a pris
acte de ce qui est arrivé. Il a toutefois déploré le fait que les
confessions religieuses ayant jeté leur dévolu sur l’intéressé n’ont
pas sollicité l’avis de l’Eglise catholique du Congo.
Face à ce qui parait comme le fait accompli, il a souligné qu’avant
de se pencher sur le cas Malumalu, les Evêques membres de la CENCO
devraient d’abord savoir si la position du Saint-Siège va changer, si
l’Evêque de Butembo, Mgr Sikuli – le supérieur hiérarchie du concerné
– va ou non donner son quitus et enfin si l’abbé  Malumalu lui-même va
accepter la charge lui proposée.
Le Secrétaire général adjoint de la CENCO a tenu à souligner qu’en
attendant les réactions du Vatican et de l’évêque de Butembo, l’abbé
Apollinaire Malumalu se trouve d’ores et déjà dans une situation
d’incompatibilité, du fait de sa récente nomination par le Vatican en
qualité de Directeur Général de l’Institut Panafricain Cardinal
Martino pour l’Enseignement Social.
C’est à ce titre qu’il anime du reste, depuis le mardi 04 juin 2013
et ce, pour une durée de dix jours, un séminaire sur les défis de
l’environnement, la réconciliation, la justice et la paix en Afrique,
au regard de l’enseignement social de l’Eglise. Soixante prêtres,
abbés, religieuses, religieux et laïcs venus de 47 paroisses de
l’ensemble de la République Démocratique du Congo y prennent part.

Un passé douloureux

Si le retour en force de l’abbé Malumalu à la présidence de la CENI
fait couler tant d’encre et de salive, c’est à cause de son passé
controversé à la tête de la CEI (Commission Electorale Indépendante).
Beaucoup lui reprochent l’organisation d’un processus électoral non
transparent et non apaisé en 2006. A cause des violences
préélectorales, électorales et post-électorales, assorties du non
respect de la vérité des urnes, le peuple congolais n’avait pu se
réconcilier avec lui-même.
L’on se souvient qu’entre autres facteurs ayant amené le général
Laurent Nkunda à prendre les armes et contester les institutions de la
République, il y avait les frustrations post-électorales de 2006. Ce
général mutin, fondateur et patron du CNDP (Congrès National pour la
Défense du Peuple) ne cessait de le claironner sur les toits, jusqu’à
sa neutralisation par ses sponsors en janvier-février 2009 et son
remplacement par un autre pion, Bosco Ntanganda, signataire de
l’Accord assassin du 23 mars 2009 avec le gouvernement de Kinshasa,
sur fond d’une alliance contre nature entre les armées congolaise,
ougandaise et rwandaise. Point n’est besoin d’épilogue sur les suites
désastreuses de cet accord de paix et des opérations mixtes
RDC/Ouganda/Rwanda pour la traque commune des forces négatives en
Province Orientale, au Nord-Kivu et Sud-Kivu. Comme par hasard, l’abbé
Apollinaire Malumalu s’était signalé à la tête d’une tristement
célèbre nébuleuse baptisée « Amani leo ».
Ce serviteur de Dieu est aussi sévèrement critiqué à cause de son
manque de neutralité car il s’était affiché ouvertement, pendant les
négociations de Kampala (décembre 2012-mars 2013) comme « expert du
gouvernement » et membre de la Majorité Présidentielle. Son activisme
au profit d’un camp politique bien connu devrait en principe
constituer une raison suffisante de sa disqualification comme affilié
de la Société Civile.
Kimp

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