La VSV dénonce la chosification des pygmées

« Les populations autochtones (pygmées)  de plus en plus victimisées en Rd Congo » : c’est autour de cette épineuse question  qu’a tourné le point de presse animé  hier jeudi 11 mars par l’Ong  « La Voix des sans Voix pour les droits de l’homme(VsV) ». Dans sa démarche, a affirmé Floribert Chebeya, le Vsv entend tirer la sonnette d’alarme en vue de sensibiliser les pouvoirs publics et toute la communauté nationale pour contribuer à la protection des droits des populations autochtones, ceci, conformément aux instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux en cette matière.

Ce constat de maltraitance, la VsV l’a établi particulièrement à la lumière de son rapport de 2008 et de nombreux monitoring effectués sur le terrain dans les provinces où vit cette frange de la population congolaise. Notamment, la Province Orientale et le Bandundu. En substance, l’Ong s’indigne du fait que les droits fondamentaux de cette population sont tous les jours violés dans une indifférence quasi-totale. Cela, en dépit des droits et libertés de tous garantis par la Constitution, la Déclaration Universelle des droits de l’homme et qui se trouve renforcé par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones du 13 septembre 2007. Cette situation est d’autant plus préoccupante que dans ces provinces, surtout dans celles du Bandundu et de l’Equateur, les autochtones font souvent l’objet de discrimination fondée particulièrement sur leur identité autochtone, s’est indignée la VsV. Pire, dans certains milieux, ces populations sont chosifiées, traitées comme des « animaux ». Ne jouissant d’aucun droit, celles-ci sont parfois la « propriété » des bantu dits « Kundo ». Les Kundo leur font faire des travaux forcés sans que les autorités politico-administratives n’interviennent, y compris les policiers qui les utilisent  pour transporter leurs bagages ou effets personnels lors de leur tournée de travail. Toujours dans cette logique de non droit, les autochtones, a affirmé la VsV, sont aussi victimes d’autres brimades et humiliations, notamment les menaces, arrestations arbitraires, tortures, meurtres,  expropriation de biens, notamment des champs, terres, villages, etc. Parmi les cas avérés de cette maltraitance.  On signale aussi  Yando Mohindo, de la localité Bokamba, territoire de Bikoro, district de la Tshuapa dans la province de l’Equateur,  mort par  noyade  pour non paiement d’une dette de cinq mille francs et dont les assassins courent encore les rues. En effet, pour ne pas avoir honoré sa dette contractée auprès d’un Kundo, Yando Mohindo a été menotté, ligoté aux pieds et passé à tabac à l’aide des bâtons avant d’être jeté dans une pirogue comme un animal afin d’être acheminé à Bonboko, chef-lieu du territoire de Bikoro situé à quatre vingt kilomètre de son village. Malheureusement au cours de ce voyage, l’embarcation a chaviré à la suite d’une forte tempête, et malgré les cris de détresses de ce dernier suppliant ses bourreaux de le délier, il a été sacrifié. On signale aussi, le cas de cet octogénaire handicape, Nseka, dépositaire des rites, coutumes et traditions ancestrales d’Ikenge,  district de Mai-Ndombe dans le Bandundu  qui a été expulsé lui et ses deux sujets  de son village  depuis février de cette année par le Chef de Groupement d’Iyembe Léon Lokuku pour de pratiques mystiques.

Afin de mettre fin à cette situation des violations massives des droits de l’homme et rétablir cette tranche des Congolais dans ses droits, dans son plaidoyer et sous forme de recommandations, la VSV a demandé au Parlement de voter une loi spécifique portant répression des abus et autres discriminations contre les autochtones. Au gouvernement, la VsV a recommandé au Vice-Premier ministre en charge de  l’Intérieur et Sécurité et celui de la Justice et Droits Humains, aux gouverneurs des provinces de Bandundu et de l’Equateur de diligenter une enquête indépendante sur la mort par noyade de Yando Mohindo et sur les menaces et expulsion de Nseka et ses compagnons d’infortune en vue de sanctionner les coupables conformément à la loi, de réhabiliter ce dernier dans ses droits en le ramenant dans son village et de l’indemniser pour tous les préjudices subis, enfin de sanctionner le chef de groupement d’Iyembe et ses acolytes pour violation de la Constitution dans son article 30, alinéa 2.

A.Vungbo 

 

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