La veuve Lumumba a rejoint son mari

C’est pendant son sommeil que Mme Pauline OPANGO est morte avant-hier en son domicile privé situé sur le Boulevard du 30 Juin, à Gombe. Cette grande dame et veuve du tout Premier Ministre du Congo indépendant, à savoir le héros national Patrice Emery LUMUMBA, a ainsi rejoint ainsi son, mari dans l’au-delà. Depuis l’assassinat de celui-ci, elle vivait aux côtés de ses enfants dont François, Juliana, Roland et feu Patrice Junior, disparu il y a deux ans.

            Mme Pauline Opango a eu le malheur de connaître très tôt le veuvage et ce, au moment où son mari venait de se hisser au poste de chef du gouvernement. Bien avant, juste après son mariage célébré dans la Ville martyre de Kisangani, Pauline Opango connut le standing de ceux que l’on appelait alors les « évolués », c’est-à-dire les citoyens congolais qui avaient obtenu ce statut de ceux qui pouvaient vivre aux côtés des Blancs,  fréquenter les mêmes lieux et envoyer leur progéniture dans les écoles réservées aux hommes à la peau blanche.

 Feu son mari connut une fulgurante ascension en devenant cadre à la Grande Poste de Stanleyville, puis directeur commercial dans la plus grande Brasserie de Léopoldville alors capitale du Congo Belge, avant de connaitre un succès politique sans pareil à la tête de son parti, à savoir le Mouvement National Congolais ou MNC.

Les archives de l’histoire congolaise renseignent que le jeune Patrice LUMUMBA avait très tôt attiré l’attention de hauts responsables politico-administratifs de la Colonie, de sorte qu’il fut l’un des rares acteurs politiques à obtenir une entrevue de plus d’une heure avec le Roi Baudouin Ier lors de sa toute première visite au Congo en 1955. Patrice LUMUMBA faisait la fierté des Noirs et était souvent invité aux festivités officielles en compagnie de son épouse.

Celle qui vient de quitter la terre des hommes était toujours aux côtés de son mari. C’est ainsi qu’elle se retrouva dans la résidence officielle de Gombe pendant ses deux mois de captivité car la villa était encerclée par les troupes de l’Armée Nationale Congolaise commandée par le Colonel Joseph MOBUTU et celles de l’ONUC, composées du contingent ghanéen.

Fuite vers Stanleyville

 Pauline Opango et ses enfants en bas âge furent parmi ceux qui parvinrent à s’échapper de cette résidence pour rejoindre les partisans du MNC à Stanleyville, en vue de reprendre le combat de la légitimité constitutionnelle mise à mal par le coup d’Etat opéré le 30 septembre 1960 par Joseph MOBUTU et ses complices du fameux groupe de Binza.  A l’étape de Mweka, au Kasaï Occidental, des soldats congolais conduits par le colonel Gilbert PONGO dépêchés par Léopoldville parvinrent à s’emparer d’elle et ses enfants comme prisonniers au moment où son mari tenait un meeting populaire sur l’autre rive de la rivière Kasaï.

Rattrapé à Mweka

 Le piège consistait à attirer P. LUMUMBA vers ces lieux en vue de le ramener mort ou vif jusqu’à Léopoldville. Piqué par l’on ne sait quel esprit et contre les avis de ses partisans qui l’accompagnaient, P. LUMUMBA retraversa la rivière et c’est ainsi que le Colonel Gilbert PONGO relâcha Pauline OPANGO et ses enfants en emportant tout simplement Patrice LUMUMBA ainsi que deux de ses compagnons d’infortune qui ne voulaient pas le quitter, à savoir Joseph OKITO et Maurice MPOLO.

Pauline OPANGO ne reverra plus son mari car ce dernier et ses deux compagnons d’infortune furent ramenés à Kinshasa, avant d’être transférés à la Base Militaire des Blindés de Thysville, aujourd’hui Mbanza-Ngungu, où ils furent extirpés pour Elisabethville, alors capitale de l’Etat sécessionniste du Katanga dirigé par ses pires ennemis dont Moïse TCHOMBE et Godefroid MUNONGO après un court transit à Kitona. Ce transfert fut dirigé par des agents du fameux  Groupe de Binza, notamment Jonas MUKAMBA, Jacques LUMBALA et Ferdinand KAZADI. La destination était au départ Bakwanga où régnait l’autre adversaire farouche de LUMUMBA, à savoir Albert KALONDJI Ditunga. Mais curieusement, les autorités de l’Etat autonome du Sud Kasaï ordonnèrent au Commandant de l’Aéroport de placer des fûts d’essence sur la piste et voilà comment ce cadeau empoisonné reprit les airs vers la Base Militaire de Kamina pour se ravitailler en carburant avant de poursuivre sa route vers Elisabethville. Où le convoi arriva et fut accueilli par des militaires belges au service de la sécession katangaise qui les emmenèrent vers la villa Brouwer située dans la brousse avoisinante de l’aéroport où LUMUMBA et ses deux compagnons furent torturés à mort avant d’être plongés dans de l’acide. Leurs corps ne furent jamais retrouvés mais rongé par des remords, l’un des officiers belges qui avaient pris part à ces séances de torture finit par reconnaitre, il y a dix ans, avoir arraché les dents de Patrice LUMUMBA pour les jeter plus tard dans la Mer du Nord.

Pauline OPANGO vécut loin de cette tragédie, car une fois son mari assassiné, elle et ses quatre enfants furent recueillis en Egypte par le pouvoir de feu Nasser jusqu’au jour où le régime du MPR-Parti Etat les récupéra en 1978 et les installa dans la villa du Boulevard du 30 Juin où elle vient de mourir, 53 ans après son mari.

L’Editeur-Directeur Général du Journal Le Phare et tous les membres de la Rédaction ainsi que ceux de l’administration commerciale et technique présentent leurs condoléances à cette grande dame qui emporte avec elle des souvenirs vivants du tout premier ministre de ce beau pays béni des dieux.

            F.M. 

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