La Sonas invitée à boucler l’espace aérien

Il ne se passe plus un jour sans que les kinois ne soient réveillés par le bouclage routier. Cette opération s’effectue sur toute l’étendue du territoire de la ville-province sous l’autorité des agents de la Société Nationale d’Assurances accompagnés par des éléments de la Police Nationale munis des instruments appelés sabots de Denver. Ces instruments de couleur jaune servent à immobiliser les véhicules qui ne sont pas couverts par une police d’assurance. Et combien des notabilités de divers horizons n’ont-elles pas été ridiculisées et humiliées par la pause de ces sabots de Denver sur l’une des roues avant de leurs véhicules sous les regards ahuris et amusés des badauds friands de ce genre des scènes !     

            Mais seulement voilà ! Ces opérations de bouclage routier qui se déroulent toujours pendant la journée et particulièrement sur des tronçons fort fréquentés de différentes avenues de la capitale politique ne passent pas inaperçues et ont laissé un goût amer auprès des usagers de la route. C’est ce qui est souvent à la base des échanges peu amènes entre les usagers et les agents commis par la SONAS. Que des bagarres sanglantes n’a-t-on pas vécues ! 

Que d’échanges d’insultes et de mots blessants n’a-t-on pas entendus ! Tantôt à cause des malentendus sur la régularité des permis d’assurances, tantôt à cause du mauvais comportement des agents de la SONAS et ceux de la Police Nationale qui ont souvent la mauvaise manie de s’introduire sans ménagement et avec toute la brutalité dans des véhicules.           

Vivement le bouclage aérien 

            Tout cela se passe en public et ne manque pas de révolter les bonnes consciences. Notamment tout récemment au lendemain du crash aux environs de l’aérodrome de  Bandundu qui s’est soldé par un bilan macabre de 20 morts. Ce jour-là, un communiqué signé par Mme Carole AGITO, Adg a.i. de la SONAS a révélé au public que cet aéronef n’était pas couvert par une police d’assurances et plus grave FILAIR figure sur la liste noire des compagnies aériennes interdites de vol pour ne s’être pas acquittées des certaines obligations  légales en matière de navigation aérienne. Ce communiqué qui a fait l’effet d’une bombe et a provoqué un véritable tollé de protestations et d’indignations aussi bien auprès des usagers que des organisations de défense des droits de l’homme scandalisés par tant d’audace et de légèreté dans un domaine aussi sensible pour la sécurité des vies humaines. En d’autres termes, Mme Carole AGITO a dit ouvertement de que tout le monde pense tout bas, à savoir que l’espace aérien congolais est infesté par des cercueils volants sans que les autorités administratives et politiques ne lèvent le petit doigt. Comment peut-on laisser voler des aéronefs non couverts par des polices d’assurances ? Si l’autorité compétente de par la loi l’instituant se permet de révéler que des compagnies aériennes figurent sur la liste noire de celles qui ne peuvent pas voler car ne remplissant pas les conditions requises, il y a là un sérieux problème de gestion des affaires publiques. C’est ce que le législateur réprime sévèrement sur pied des dispositions légales relatives au déni de justice, à la violation de la loi et règlements et l’abstention coupable. Des fautes graves, que dis-je des infractions coupables dans le chef d’un mandataire public en charge d’un secteur sensible de la sécurité des personnes et leurs biens.

On imagine à peine les conséquences immédiates et collatérales d’un crash d’avion surtout aux environs d’un aérodrome situé en pleine ville comme Goma, Bandundu, Mbuji Mayi, Kananga, Beni, etc. A-t-on oublié le crash historique survenu le 8 janvier 1996 sur le marché de Type Ka et qui a tué plus de mille personnes et qui demeure le plus célèbre au Monde en termes des victimes directes. On enregistre au moins chaque année un crash en RDC et particulièrement provoqué par des avions fabriqués dans des Etats de l’ancien empire d’obédience soviétique, notamment les Antonov et les Let 410. Parmi les causes principales de ces accidents, l’on épingle la surcharge, l’état vétuste de l’appareil, l’absence d’entraînement des pilotes au simulateur, la vétusté des appareils de bord ne permettant pas au personnel navigant d’éviter les mauvais vents, les trous d’air dangereux et les intempéries nocives. Mais ce qui est gravissime, c’est le fait que la plupart d’aéronefs civils ne sont pas couverts par des polices d’assurances délivrées par la SONAS ou ses courtiers légaux.

            Or, comme l’assurance en RDC est obligatoire en ce qui concerne les véhicules, aéronefs, engins lourds et bâtiments etc. il est étonnant et voire inacceptable que les autorités compétentes de cette société d’Etat laissent voler des aéronefs transportant des personnes et leurs biens. Alors qu’elles organisent depuis quelques temps des opérations de bouclage routier sur toutes les avenues tant asphaltées qu’enterre battue de la capitale pour traquer les véhicules non couverts par des polices d’assurances. C’est là où le bât blesse comme s’il s’agissait d’une politique de deux poids deux mesures. Au  regard du crash de Let 410 survenu récemment à Bandundu et de tous els autres qui ont endeuillé la nation congolaise, la question qui circule sur toutes les lèvres  est celle de savoir quand la SONAS va-t-elle déclencher les opérations de bouclage aérien sur les principaux aéroports du pays. Si au la Direction de l’Aéronautique Civile brille par sa nonchalance et sa complicité tacite concernant le contrôle technique des aéronefs au niveau du constructeur et de la compétence des pilotes, la SO9NAS n’a pas d’excuses en ce qui concerne le contrôle des polices d’assurances au sol avant tout vol. L’opinion voudrait voir des sabots de Denver posés sur des roues des aéronefs comme cela se fait régulièrement sur des véhicules privés. On rapporte que jusqu’à ce jour, les familles des milliers des victimes du crash du marché Type Ka n’ont toujours pas été indemnisées. Il en est de même de celles de Kingasani, Goma, Buta, Walikale, etc. Cela, du fait que les propriétaires de ces compagnies aériennes bénéficient des appuis solides au niveau de ce fameux gouvernement parallèle. Comment peut-on sécuriser le monde des affaires si n’importe quel individu peut ouvrir une compagnie aérienne avec des aéronefs achetés dans des Etats de l’ancien empire soviétique ou dans le désert de l’Arizona, ayant dépassé l’âge requis et n’étant pas couverts par aucune police d’assurance ? La SONAS devrait assumer sa part de responsabilités en ce qui concerne la circulation des aéronefs dépourvus des polices d’assurances. 

F.M.

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