La série noire continue pour la presse congolaise

Clément Vidibio, la chute d’un baobab

La série noire se poursuit pour la presse congolaise. Après avoir conduit à leurs dernières demeures, il y a 40 jours, Godefroid Mabokoy et Christelle Kawanga du Groupe de Presse Le Potentiel, ainsi que Junior Puaty Makuena de la Radio Télévision Nationale Congolaise le lundi 18 janvier 2010, les journaliste congolais vont se livrer au même douloureux exercice ce samedi 23 janvier 2010 au cimetière de Kinkole où un des leurs, Clément Vidibio Mabiala, est appelé à reposer pour l’éternité. L’illustre confrère, dont le dernier employeur était le journal en ligne Digitalcongo.net, est en effet décédé le samedi 16 janvier 2010, le jour même où toute la nation congolaise rendait hommage, pour la 9me fois, à un de ses héros, Mzee Laurent Désiré Kabila, assassiné le 16 janvier 2001.

Selon des sources familiales, il avait a été retrouvé par son épouse, dans sa ferme de Kimwenza, en périphérie de Kinshasa, baignant dans son sang, victime vraisemblablement d’une crise cardiaque. Pendant que ses proches ainsi que la famille communicationnelle s’affairent autour de l’organisation de ses obsèques, il convient de rappeler que Clément Vidibio Mabiala fut une référence et un modèle pour les chevaliers de la plume de sa génération.
Arrivé dans la profession à la veille de l’indépendance, il avait fourbi ses premières armes dans la rubrique sportive, avant d’embrasser plus tard la chronique politique. Evoluant dans ce créneau comme dans son jardin, il s’était tissé une légende de redoutable éditorialiste, dont la plume dérangeait les uns, et comblait d’aise les amoureux de l’art d’informer par l’écriture.

Après avoir gravi tous les échelons, Clément Vidibio était parvenu à créer avec Pierre Davister, un magazine hebdomadaire baptisé Zaïre, qui avait longtemps rayonné tant au pays qu’en Afrique Centrale au début de la décennie ’70.
Hélas, son ascension de journaliste et de patron de presse fut brutalement brisée par un « papier » présenté sous forme de réplique à une campagne de diabolisation de Mobutu par un média français, l’hebdomadaire «Minute» dont les diatribes contre «l’ancien sergent de police» avaient provoqué une colère immense au Mont Ngaliema. Alors qu’il avait cru avoir fait un plaidoyer en faveur de la plus haute autorité du pays, il fut payé en monnaie de singe, car ses écrits provoquèrent plutôt  le courroux de l’homme qu’il pensait avoir dédouané d’une calomnie.

Lâché par l’UNPC qui venait juste de naître à Nsele, Clément fut surtout surpris de voir le Comité directeur fraîchement  élu publier un communiqué officiel le désavouant. Le coup mortel était ainsi porté à Vidibio par ses propres pairs, au nom d’un conflit dont personne ne soupçonait la profondeur et qui opposait deux générations d’éditeurs des journaux.
Condamné à 5 ans de prison pour avoir répondu à l’article de «Minute», Clément Vidibio reçut un choc psychologique supplémentaire lorsqu’on lui apprit, au Camp Kokolo où il était détenu, que son épouse qui attendait  famille venait d’être admise aux urgences à l’hôpital général de Kinshasa. La mère et l’enfant étaient tous morts et Vidibio se vit refuser le droit d’assister à leur enterrement.  

Ainsi donc, jeté en prison pendant plusieurs années, délesté de son magazine, honni du régime, Clément Vidibio se convertit plus tard en « free lance » vivant dans la clandestinité. C’est à la faveur de la démocratisation des années CNS qu’il réussit peu à peu à sortir la tête de l’eau. Son arrivée à Digitalcongo.net aura été pour lui une véritable « résurrection » professionnelle. Ce héros de l’ombre que pleure aujourd’hui la presse congolaise a fait l’histoire de notre métier.
Les jeunes journalistes ont intérêt à lire et relire ses reportages et ses éditoriaux s’ils tiennent à entrer un jour dans la « cour des grands ».                  

Jacques Kimpozo

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