La RVA victime des fonds vautours

Une société sud-africaine dénommée « Identigard » vient de faire saisir 2 600 000 USD de la Régie des Voies Aériennes (RVA) logés à la DBSA Bank Limited en Afrique du Sud, à titre de récupération de sa créance contractée depuis 2000 par le gouvernement congolais qui ne parvient pas à l’honorer. Cette créance dont le montant n’est pas indiqué, concerne la fourniture des timbres fiscaux et des plaques minéralogiques commandés il y a 10 ans à Kinshasa qui n’aurait payé qu’une partie de la facture. Cette information a été largement commentée par notre confrère « Forum des AS » dans son édition du jeudi 18 mars, citant comme source l’Administrateur-Directeur financier de la RVA, Mwamba Sabiti. Les fonds saisis sont des recettes de la taxe instituée pour financer les travaux de réhabilitation des infrastructures aéroportuaires, à raison de 10 $ USD par voyageur pour les vols domestiques, et de 50 $ USD pour les vols internationaux. Ces fonds étaient logés à la DBSA Bank Limited à sa demande comme garantie d’un financement sollicité par la RVA pour la réhabilitation de la piste de l’aéroport international de N’Djili.

On peut dire que l’aventure FG Hemisphère – Snel dans les cours et tribunaux étrangers a créé un mauvais précédent. Les entreprises publiques de la RDC sont condamnées à être hypothéquées pour servir de caution aux engagements d’affaires hasardeux et à l’insolvabilité de l’Etat. Leurs provisions bancaires à l’étranger ne sont plus en sécurité. Elles peuvent à tout moment être l’objet de mainmise en cas de verdict d’un procès rendu en faveur d’une personne physique peu recommandable ou d’une firme fictive d’origine étrangère. Une situation de fait, désagréable, que rien saurait effacer, compte tenu des conventions d’affaires douteuses déjà conclues. Pour ce cas précis, qu’a-t-on fait des recettes provenant de l’écoulement des timbres fiscaux et des plaques minéralogiques sans qu’elles aient été utilisées pour liquider la dette de la société Identigard qui les avait fabriqués et fournis à l’Etat congolais ? Quel est le sens d’un Etat qui n’est pas gêné d’étaler sa banqueroute à la face du monde, et pousse ainsi indirectement les créanciers à se ruer sur les provisions bancaires des entreprises publiques ?

La marge de crédibilité de l’Etat est sérieusement entamée à cause du manque de transparence dans les affaires et du manque de respect des engagements contractés. Les entreprises publiques en font les frais, ne jouissant plus de la confiance et de la considération de leurs partenaires extérieurs. Cette perte de l’honorabilité de l’Etat contraste avec le défilé à Kinshasa des des décideurs politiques et investisseurs qui, au contraire, trouvent que le pays recèle d’immenses potentialités dont les nationaux ne sont pas capables de tirer parti pour avancer, évoluer et subvenir à leurs besoins. Ils nous amusent avec des dons des fournitures scolaires, de l’équipement hospitalier et sanitaire, que nous ne semblons pas considérer comme humiliants.   

Des procès contre des entreprises nationales provoqués par des conventions d’affaires mal négociées par des officiels et la saisie de leurs fonds bancaires à l’étranger, sont des choses déshonorantes dont un Etat indépendant et souverain ne peut être fier.

Selon Forum des AS, la RVA éprouve beaucoup de difficultés pour obtenir des fonds dont elle a besoin pour son programme de réhabilitation des infrastructures aéroportuaires, que ce soit au pays ou à l’étranger, à cause de l’insolvabilité de l’Etat congolais qui n’inspire plus confiance aux partenaires externes et internes. Les aéroports de Paris, révèle encore le confrère, et le cabinet d’audit international KPMG qui sont en contrat de gestion à durée limitée avec la RVA, n’arrivent pas à dissiper la méfiance des partenaires pour décrocher 120 000 000 $ USD dont la RVA a grandement besoin ». Avec cette méfiance généralisée à l’extérieur, à quel genre d’investissements sérieux en faveur de notre pays pouvons-nous nous attendre ? La question mérite d’être posée.

Jean N’Saka wa N’Saka

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