La révolte d’une militante des DH

Me Bestine Kazadi Ditabala, présidente du Bureau de réflexions et études congolaises (BREC) vient de publier un recueil de poèmes intitulé « Infi(r)niment femme ». Présenté hier à l’hôtel Sultani, cet ouvrage est le fruit de la collaboration entre « Afrique Editions » et la maison belge « le Cri ». L’administrateur délégué d’Afrique Editions, Bernard Buku Pongo, en introduisant la séance de présentation de ce recueil a déclaré que l’écriture de la militante des droits de l’homme a convaincu les deux maisons d’édition à tenter cette première expérience, celle de publier un recueil de poèmes.

Pourquoi ce recueil de poèmes ? S’adressant à l’assistance, la militante des droits de l’homme devenue poétesse a déclaré que dans ses nombreux séjours à l’Est du pays, elle avait rencontré une veuve âgée de 60 ans et qui avait perdu son mari quand elle avait 40 ans. « Cette veuve, a dit Bestine Kazadi, a été violée par des jeunes gens qui pouvaient être ses petits enfants. C’est elle qui donnait conseil aux autres femmes violées. Quand je l’écoutais, je pleurais parce que je me sentais coupable de ne rien faire. La veuve m’a vue pleurer, et elle m’a demandée pourquoi je pleurais. Je lui ai dit pourquoi j’étais en larmes, alors la veuve me recommanda de faire en sorte que leur malheur soit connu, car les femmes violées sont isolées, rejetées au village où elles sont doublement violées. »

A la question de savoir pourquoi l’intitulé de son ouvrage « Infi(r)niment femme », elle a expliqué que dans le mot « Infi(r)niment », il y a le verbe infirmer qui pour elle veut dire « handicaper », puis il y a « infiniment femme » pour affirmer que les Congolaises restent infiniment femmes.

Les poèmes de Bestine Kazadi portent les noms des cités ou villes où ont eu lieu des massacres comme « De Makobola », « A Mitwaba », « La petite fille de Kenge », « Fosses à Bagira »… Pourquoi les noms de ces localités ? La poétesse a tout simplement répondu au Phare que c’est là qu’elle avait rencontrée les femmes violées. Voici quelques passages de « De Makobola ».

« Des mains de mépris

Impures et blessantes

Des mains sans répit

Des mains harcelantes

« Des mains masquées

A la haine emmurée

Sous un bâillon étouffé

Aux mains ficelées… »

La cérémonie de présentation du recueil de poèmes s’est vite transformée en une séance de réquisitoire pour la fin des violences sexuelles contre les femmes. La poétesse et d’autres femmes comme Sophie Bwiza de Pareco, ont plaidé pour qu’il y ait la paix, maintenant et pour toujours. Elles ont plaidé pour qu’il y ait un changement de règles de jeu. Pour elles, la femme doit participer au processus de négociation, être présente quand ont prend des décisions car on fait la guerre pour le pouvoir, et c’est la femme qui est la victime.

Plusieurs personnalités étaient là et ont été conviées à devenir des alliés des femmes pour la paix. Il y avait l’ancien rebelle et actuel ministre de la Décentralisation, Antipas Mbuisa Nyamuisi, les opposants Thomas Luhaka du MLC et Me Joseph Mukendi de l’UDPS, l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo, Mgr Ambongo du diocèse de Kole, le père Ekwa, le professeur Mabi Mulumba…les ambassadeurs dont l’incontournable ambassadeur de l’Ordre Souverain de Malte…

Jean- René Bompolonga

 

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