La République des traîtres

Daniel Yengo Massampu, Administrateur Délégué Général, et Nicolas Muhiya Lumbu, Administrateur Directeur Financier risquent cinq ans de prison et de lourdes pénalités financières dans l’hypothèse de leur condamnation, dans les jours ou heures qui viennent, devant la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, où les a traînés la firme de droit canadien MagEnergy. A ce stade, le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries ayant été bouclés, tout le monde se trouve dans l’attente fiévreuse du verdict.

La lecture biaisée du dossier judiciaire fait croire à certains que l’affaire ne concerne que deux citoyens congolais, présumés détourneurs des fonds publics et auteurs de dissimulation de l’original de la Convention négociée entre MagEnergy et l’ancien Comité de gestion de la Snel que dirigeait Vika di Phanzu. Daniel Yengo et Nicolas Muhiya sont présentés, par d’aucuns, comme les fossoyeurs du projet de réhabilitation du Groupe 23 de la Centrale hydro-électrique d’Inga.

Mais, les informations en notre possession indiquent qu’Inga est en passe d’être pris en otage par un réseau maffieux au sein duquel se recrutent malheureusement plusieurs compatriotes. Ceux-ci appartiennent à la catégorie des décideurs qui ont adhéré, pour des intérêts obscurs, à la thèse selon laquelle ce barrage hydro-électrique serait perdu sans le concours financier et technique de MagEnergy. Or, de patriotes – de vrais- qui opèrent dans la sphère dirigeante et dans le corps des ingénieurs de la Snel ont réussi à démontrer que celle-ci pouvait non seulement financer elle-même des travaux de réhabilitation du Groupe 23 mais aussi les exécuter.

Elle en a administré la preuve en sollicitant et obtenant des crédits auprès des banques de la place, et en se lançant toute seule dans le processus de fiabilisation du Groupe 23, sans l’assistance de MagEnergy. Cette dernière a préféré se mettre hors du jeu en guise de protestation contre le refu de la Snel et du ministère du Portefeuille de la suivre dans ses prétentions financières assassines pour la trésorerie de cette entreprise publique à caractère commercial. Le grand exploit réalisé par les gestionnaires et techniciens de la Snel était la réinstallation du « Rotors », une pièce maîtresse dans le fonctionnement de cette unité. Mais – circonstances troublantes – les ennuis judiciaires de l’ADG Yengo et de l’ADF Muhiya ont ressurgi à la mi-décembre 2009, au moment où la Snel allait entrer dans la phase finale de la remise en service du Groupe 23, dont on dit qu’il pourrait devenir effectivement opérationnel d’ici peu. Bientôt, les consommateurs de l’énergie électrique de Kinshasa et de l’arrière vont constater, d’eux-mêmes, le « miracle » signé Snel.

En exhumant un dossier judiciaire que l’on croyait clos, c’est comme si, quelque part, l’on ne veut pas que le Comité de gestion de la Snel puisse démontrer à la face du monde que le Groupe 23 d’Inga peut être complètement retapé grâce aux fonds de la Snel et au génie de ses techniciens.

Le complot

Comme dit dans nos précédentes éditions, la République Démocratique du Congo risque de perdre toute mainmise sur Inga si MagEnergy parvient à arracher une décision judiciaire en sa faveur au niveau de la Cour d’Appel de Kinshasa-Gombe. Un tel exploit judiciaire aurait pour conséquence de lui ouvrir toutes grandes les portes des juridictions internationales en vue d’obtenir une condamnation formelle non plus contre Daniel Yengo et Nicolas Muhiya, mais contre notre pays.

Et s’agissant des dessous financiers, on laisse entendre que MagEnergy pourrait revendiquer, à partir d’une créance qui tournerait présentement autour de 40 millions de dollars américains, la bagatelle de 120 millions de dollars américains. Comme dans le feuilleton FG Hémisphère,          un autre pan des recettes d’exportation de la Snel, probablement celles de la vente de l’énergie électrique au Congo/Brazzaville ou à la Zambie, pourrait s’envoler en fumée pour un délai allant de 15 à 20 ans.

On s’achemine là, mine de rien, vers le schéma Snel-FG Hémisphère, au terme duquel cette firme américaine vient de faire condamner la société congolaise, auprès de la Cour Suprême de justice d’Afrique du Sud, à des pénalités de l’ordre de 105 millions de dollars. Certes, la Snel a interjeté appel, dans le but de faire tourner le vent en sa faveur. Mais, si le verdict est confirmé au second degré, elle perdrait, sur une période de quinze ans, le bénéfice des recettes d’exportation de son énergie électrique vers l’Afrique du Sud, fruit du contrat négocié avec la firme Eskom.

Réveil tardif

C’est après la lourde condamnation que vient de subir la Snel que les décideurs politiques congolais viennent de réaliser la gravité de la situation de dépêcher d’urgence une forte délégation d’avocats et experts en terre sud-africaine, dans le but de désamorcer une bombe prête à exploser et à causer de gros dégâts à l’Etat congolais propriétaire de la Société Nationale d’Electricité. Ce réveil tardif montre à quel point le pays est trahi par des compatriotes initiateurs et signataires des contrats léonins dont ils tirent de bénéfices plantureux au préjudice de la République.

On attend sans doute que le pays soit mis devant le fait accompli par MagEnergy pour déployer, sur le tard, une nouvelle équipe chargée de courir après les juges étrangers, comme c’est le cas maintenant dans une autre affaire, celle de la saisie des « pas de porte » chinois de la Gécamines à Hong Kong, à l’initiative de la même firme américaine Hémisphère.

On signale que celle-ci réclame une créance de l’ordre de 151,9 millions de dollars américains sur les 350 millions dus à la Gécamines par l’entreprise chinoise China Railway au titre de « pas de porte ». Or, au départ, renseigne-t-on, FG Hémisphère n’avait en réalité racheté que 35,9 millions de dollars américains, valeur nominale de la dette de la Snel envers la firme serbe Energoinvest. Dans le jargon des initiés, l’on parle de « fonds vautours ». Il s’agit, en résumé, d’investissements spéculatifs consistant au rachat, à vil prix,  des dettes des pays du Sud, que l’on fait multiplier à l’arrivée par 10 ou 20, en passant par des procès formalisés au niveau des juridictions internationales.

C’est par un tour de passe-passe, dit-on, que la dette de la Snel est brusquement liée à celles de la Gécamines. Les créanciers ne voient plus ni la Snel, ni la Gécamine, mais la RDC. C’est la raison de la menace de saisie qui pèse sur les pas de porte chinois.

Ici aussi, on vient d’apprendre que des experts congolais, parmi lesquels les architectes des contrats chinois, sont en croisade en Chine et à Hong Kong dans l’espoir de tirer la Gécamines des griffes de FG Hémisphère, qui détient par ailleurs une autre décision judiciaire rendue en sa faveur en 2007 par la Cour d’Appel du District de Columbia, aux USA.

C’est bien dommage que dans tous les dossiers judiciaires dans lesquels sont empêtrés actuellement l’Etat Congolais et quelques unes de ses entreprises publiques, se retrouvent des Congolais, sous le statut de traîtres. Ceux –ci semblent avoir juré d’alimenter les fameux « fonds vautours » avec le dossier Snel-MagEnergy. Où sont passés les patriotes, ces défenseurs inconditionnels des intérêts de la RDC dont se prévalaient Mobutu durant ses cinq premières années de mandat ou Mzee Laurent Désiré Kabila pendant son bref règne à la tête du pays ?

                                   Jacques  Kimpozo

 

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