La RDC n’a jamais usé de ses droits de représentation

Incompréhensible. Révoltant et inadmissible. Depuis trente ans qu’a été lancé le processus de la mise en route de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, la République Démocratique du Congo n’a jamais usé de ses droits lui reconnus par les textes. Le pays de Joseph Kabila n’a jamais présenté une seule candidature au poste de Commissaire, selon les statistiques rendues publiques par la Commission et le bilan de 30 ans d’existence de la charte.
S’agit-il d’une distraction, d’une coupable négligence ou tout simplement d’incompétence notoire de la part de ceux qui ont la charge de ce dossier au sein du gouvernement ? Difficile á dire. Toujours est-il que d’autres pays en profitent pour porter haut leur voix sur le toit africain. C’est le cas du Rwanda qui, le lundi 24 octobre, a obtenu la vice-présidence de la Commission pour un mandat de deux ans. C’est aussi le cas du Burundi qui, pour la première fois, est représenté par un commissaire qui est professeur d’université au Canada. Le Nigeria succède au Benin á la présidence de la Commission.

On rappelle que depuis le démarrage de ses activités en novembre 1988, 43 commissaires ont été élus par la Conférence des chefs d’Etats. 144 candidatures ont été présentées par 41 Etats. Parmi les pays n’ayant jamais présenté de candidat, on compte également l’Angola, la Guinée, la Guinée Equatoriale, la Namibie, le Swaziland, le Liberia, Sao Tomé & Principe ainsi que les Seychelles.

Diplomatie peu agressive
Le moins que l’on puisse dire est que la diplomatie congolaise n’est pas agressive ni efficace. Les autorités du pays ne font pas suffisamment d’efforts pour vendre l’image de la RDC et occuper toute place qui lui revient. C’est dans ce contexte qu’il faut aussi déplorer que la RDC se retrouve dans le lot de31 Etats qui n’ont jamais abrite une session de la Commission africaine alors qu’en Afrique centrale, le Congo, le Gabon et le Rwanda figurent sur la liste des pays ayant déjà offert leur hospitalité aux travaux de cet organe stratégique de l’Union africaine.

Si la guerre qui a ravagé la RDC entre 1996 et 2003 peut être évoquée comme une raison valable, on est sans excuses depuis 2004. Il semble d’ailleurs que le pays soit dans la même situation en ce qui concerne les postes qui lui reviennent au sein de différents organes de la SADC. Dans ce contexte, les ministères ayant en charge les Affaires étrangères, la Coopération régionale et les Droits humains doivent se réveiller et devenir plus entreprenant pour faire entendre la voix de la RDC.

Un point positif
Dans le rapport présenté á Banjul par la Commission, on relève quand même un petit point positif pour la RDC. Le pays figure dans le lot de ceux qui, de manière régulière, présentent des rapports périodiques sur la situation des droits de l’homme aux termes de l’article 62 de la Charte. Ils sont 13 Etats á s’acquitter de cette obligation statutaire : Algérie, Botswana, Lybie, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Ouganda, Nigeria, Maurice, Rwanda et Ethiopie.
On note qu’en Afrique centrale, le Gabon d’Ali Bongo et la Guinée Equatoriale de Nguema sont pointés du doigt pour n’avoir jamais soumis ni présenté de rapports á la Commission.

L’on apprécie également avec satisfaction que la Commission s’intéresse de manière permanente à la situation des droits de l’homme au pays de Joseph Kabila. Deux missions de promotion des droits de l’homme ont été effectuées par des commissaires en 2004 et en 2011. De même, sur les 48 résolutions adoptées par la Commission lors de ses différentes sessions, quatre concernent la RDC qui figure dans le lot des pays assez souvent interpellés. Ce sont notamment le Soudan (5 fois), le Zimbabwe (4 fois), la Gambie (3 fois) et l’Afrique du Sud (3 fois). Au cours de ses 58 sessions (ordinaires et extraordinaires confondues), 20 résolutions normatives, c’est-á-dire visant á pallier les lacunes de la charte africaine, ont été également adoptées.
L’on espère que le gouvernement qui sera mis en place après les élections de novembre 2011 pourra corriger ces lacunes pour permettre au pays de jouer un rôle de premier plan sur l’échiquier politique africain.

Stanis Nkundiye
Envoyé spécial á Banjul

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