La RDC malade de ses cercueils flottants

 

Le Depuis le naufrage, le vendredi 21 décembre 2012, du M/B Bomek au niveau du village de Mambutuka, à 35 Km de la cité de Maluku, la polémique s’enfle autour du laisser-aller qui entoure la navigation fluviale et lacustre en République Démocratique du Congo. Il y a deux ans, c’est l’ex-ministre des Transports et Voies de Communication, Laure-Marie Kawanda, qui avait dû payer cher une énième catastrophe fluviale. Cette fois-ci, le couperet est tombé sur trois commissaires fluviaux, en attendant que les enquêtes ouvertes à cet effet puissent établir les responsabilités d’autres acteurs.

Ce n’est pas mauvais de prendre des sanctions contre les personnes présumées coupables d’irresponsabilité en pareilles circonstances. Il est cependant malheureux de constater que cela ne suffit pas pour résoudre le problème. Car, en dehors d’une maigre consolation que cela apporte aux familles de victimes et à l’opinion nationale, le problème de l’anarchie et de l’insuffisance des moyens pour sécuriser le secteur du transport fluvial reste entier.

Les « cercueils » flottants : une manne

Les bateaux, baleinières et hors-bord qui écument le fleuve Congo et ses affluents, au mépris des normes de sécurité et de confort, représentent une manne inespérée pour les fonctionnaires du ministère des Transports et Voies de Communication, les éléments de la Force Navale, le personnel de la Régie des Voies Fluviales (RVF) ainsi que les agents des services spéciaux. Ce sont en effet ces « cercueils » flottants qui leur permettent d’arrondir les fins de mois, grâce aux pourboires que les propriétaires ou gérants leur versent, de manière mécanique, du port de départ jusqu’à celui d’arrivée, de même que le long de leur rooting.

Point n’est besoin de souligner la magouille qui engrène l’administration du ministère des Transports et Voies de Communication en matière de délivrance des certificats de navigation, de contrôles de l’état technique des bateaux et embarcations à moteurs, de la police d’assurance, du tonnage des marchandises, des manifestes (listes des passagers), etc.

Alors que l’on assiste au « défilé », sur le fleuve Congo et ses affluents, d’unités flottantes d’un autre âge et accusant des surcharges évidentes, tout le monde laisse faire. Lorsqu’un « manifeste » signale 300 passagers, il faut se convaincre que le bateau concerné transporte en réalité un contingent de clandestins à multiplier par trois ou quatre. Et quand un « Commissaire fluvial » vous fait croire qu’une unité flottante charrie 50 tonnes de marchandises, il faut opérer une multiplication par deux ou trois pour arriver au tonnage réel.

Le non respect de la réglementation en vigueur en matière de navigation fluviale est en fait favorisé par tous ceux qui vivent des dividendes que rapporte cette situation anarchique. Décider d’assainir le secteur, c’est condamner à la disette des centaines d’ « ayants droit ».

RVF : aveu d’impuissance

Le draguage et le balisage du fleuve Congo et de ses affluents sont en principe du ressort de la Régie des Voies Fluviales (RVF). Mais, pour le moment, cette entreprise publique est fortement handicapée par le manque d’un fond de roulement et d’équipements techniques susceptibles de lui permettre d’assurer sa mission de sécurisation du trafic fluvial. Dépourvue d’unités flottantes (dragues), cette régie a cessé de curer le lit du fleuve Congo et de ses affluents depuis des lustres, laissant ces cours d’eau à la merci du sable, des algues – les fameuses herbes baptisées « Congo ya sika » – et d’un tas de déchets et de mitrailles qui gênent considérablement les mouvements des bateaux, baleinières et autres embarcations motorisées.

Faute de drague, les agents de la RVF ne savent pas placer et déplacer les balises selon l’état de navigabilité du fleuve Congo et des affluents. Les balises restent tellement statistiques que les matelots sont obligés de faire pratiquement la navigation à vue, s’exposant ainsi aux obstacles divers (bancs de sable, carcasses de bateaux naufragés, rochers).

A l’image de canards boiteux du Portefeuille, la Régie des Voies Fluviales souffre de l’absence d’un budget d’investissement attendu de l’exécutif national, en vue de la réhabilitation de ses instruments de travail. En conséquence, elle assiste impuissante aux catastrophes qui endeuillent des milliers de familles congolaises chaque année sur le fleuve Congo et ses affluents.

Vivement la relance de la SCTP

L’opinion nationale pense que pour mettre fin au phénomène des « cercueils » flottants en République Démocratique du Congo, le gouvernement devrait mobiliser des moyens financiers conséquents pour réhabiliter la flotte de la SCPT (Société Commerciale des Transports et Ports). Si cette société redevienne la reine du trafic fluvial, comme dans les années ’80-90’, beaucoup d’aventuriers qui se sont découverts la vocation d’armateurs seraient contraints de ramener leurs embarcations à quai.

La surcharge en passagers comme en marchandises que connaissent la plupart de bateaux et baleinières qui font les navettes entre Kinshasa et le Congo profond est due essentiellement à la carence d’unités flottantes. Dans certaines contrées de l’Equateur, du Bandundu et de la Province Orientale et des deux Kasaï, il faut attendre six mois ou plus pour assister au passage d’un bateau ou d’une baleinière. En conséquence, tout le monde se bouscule pour ne pas rater le « cercueil » flottant jugé providentiel.

Tant que la SCTP ne sera pas en mesure de répondre aux besoins en transport des populations des campagnes, il sera difficile d’éradiquer le phénomène des « cercueils » flottants, lequel fait vivre un nombre incroyable de compatriotes, malheureusement au prix du sacrifice de nombreuses vies humaines.

Jacques Kimpozo

One Comment

  1. La reference concernant le sujet, on en veux plus merci.

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