La question mérite d’être posée : 30 Juin … et après ?

Les Kinoises et Kinois se demandent, chaque jour, si les belles maquettes déployées aux quatre coins de leur ville, et sur lesquelles se bousculent des autoroutes, des périphériques, des échangeurs, des passerelles, des gratte-ciels, des fontaines, vont être matérialisées par les planificateurs des 5 chantiers de la République. Leur rêve de vivre demain dans une métropole ultramoderne a davantage pris de la consistance depuis qu’ils assistent à la neutralisation de plusieurs artères, dans le cadre des préparatifs du cinquantenaire du pays.

 

 

              Le boulevard du 30 juin – théâtre d’embouteillages monstres pendant une année à cause des travaux de réfection qui n’en finissaient pas – est regardé aujourd’hui avec envie par les Saint Thomas, qui ne souhaitent qu’une chose : la claire délimitation des bandes réservées au trafic automobile et des passages cloutés. Car, présentement, les usagers de la route jonglent avec la mort à chaque seconde, principalement entre le rond point Mandela et le rond point ex-Socimat. Les curieux qui ont la chance de franchir le périmètre du Palais du Peuple ne tarissent pas d’éloges pour la magnifique tribune érigée sur le site dominé, il y a quelques semaines encore, par des arbres et des herbes sauvages. Une nouvelle route est venue se greffer sur le boulevard Triomphal. Tant mieux !

Mais, ce qui commence à susciter des doutes, c’est l’impression d’essoufflement que donnent les entrepreneurs congolais et chinois engagés sur plusieurs chantiers de Kinshasa, notamment les boulevards Lumumba et Sendwe, les « petits boulevards » de Limete, l’avenue des Poids Lourds, l’axe Marché Mangobo-Bld Lumumba à Ndjili, l’avenue ex-Bokassa, la route de Matadi à Ngaliema, l’avenue By Pass, l’avenue de l’Université, la route du cimetière de Kimbanseke, etc.

              Ce qui vient d’accroître le pessimisme de nombreux résidents de la capitale, c’est l’opération des points à temps qui a démarré, il y a une semaine, sur plusieurs routes inscrites pourtant au calendrier des travaux de modernisation. Que l’on en arrive aux travaux de colmatage des nids de poule sur le boulevard Lumumba ne peut rassurer personne. Pourtant, l’on se souvient de l’ultimatum lancé en fin d’année dernière aux exploitants des stations-services comprises entre la 3me et la 16me Rue à Limete et de la précipitation avec laquelle ces bijoux et points de vente des produits pétroliers, qui n’avaient rien à envier à ceux que l’on rencontre dans les villes d’Europe, avaient été cassés. Plusieurs immeubles, non détruits heureusement, étaient aussi appelés à disparaître.

              Des investisseurs ont ainsi perdu des millions de dollars pour des chantiers visiblement mal planifiés. Une chose est maintenant certaine : il est impossible d’achever, d’ici le 30 juin 2010, les travaux de modernisation de Kinshasa. Kinoises et Kinois ont toutefois de quoi se sentir satisfaits : leur ville s’est considérablement métamorphosée.

 

Gare à l’oubli

 

              Ce que les Congolais de Kinshasa en particulier et ceux de l’arrière-pays en général redoutent le plus, c’est le risque d’oubli des 5 chantiers de la République une fois passées les festivités du cinquantième anniversaire de l’indépendance. Aussi, se permettent-ils d’insister sur le fait que les grands travaux d’aménagement de la capitale et des provinces découlent d’un engagement politique du Chef de l’Etat. A cet effet, ses collaborateurs au niveau tant national que provincial devraient comprendre que l’œuvre de reconstruction du pays dans le secteur des infrastructures exige d’être menée à son terme.

              Les 5 chantiers de la République ne doivent pas connaître le sort des promesses de 1960. On sait que la volonté de construire un Congo nouveau, plus beau qu’avant, s’est transformée en un cauchemar qui perdure voici cinq décennies. Si les pères de l’indépendance peuvent alléguer l’excuse de la naïveté et de l’inexpérience, les bâtisseurs du Congo de 2010 n’ont pas droit à l’erreur. Ceux qui ont vu trop grand devraient revoir leurs ambitions à la baisse, en attendant que le pays se libère des contraintes de sa dette extérieure, ce qui lui permettrait de dégager des moyens additionnels pour son développement. Une nouvelle planification des chantiers s’impose, à la mesure des moyens réels du pays.

 

Kimp

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