La presse congolaise de nouveau frappée : la longue série noire se poursuit

revue_0711Sous le régime de Mobutu, les journalistes congolais avaient connu certes des moments de forte angoisse, à la suite de la répression qui s’abattait sur plusieurs d’entre eux, ponctuée par des feuilletons d’emprisonnement, de tortures, de licenciements arbitraires, de suspensions intempestives d’emploi, mais surtout de plasticages de leurs outils de travail. En dépit de leurs fréquentes sautes d’humeur, les «Mobutistes» se gardaient de supprimer gratuitement des vies au sein de la «famille communicationnelle », selon l’expression chère à feu Dominique Sakombi Inongo d’heureuse mémoire.

  Mais, tout a basculé un certain 3 novembre 2005, avec le double assassinat du journaliste Franck Ngyke de « La Référence Plus » et de son épouse, Hélène Mpaka. La corporation a cru, dans un premier temps, à un acte isolé, inhérent à la tumultueuse période de Transition, au cours de laquelle les ex-belligérants faisaient la pluie et le beau temps au sein des institutions de la République.

 Puis, il y a eu un second assassinat, celui du journaliste indépendant Louis Bapuwa Mwamba, correspondant occasionnel de plusieurs publications de la place, dont le quotidien Le Phare. Et c’était parti pour une longue série noire qui est loin de s’arrêter : Serges Maheshe et Didas  Namujimbo de Radio Okapi sont ensuite passés à la trappe, suivis plus tard de Coco Chirambiza d’une radio de Bukavu.

Alors qu’on pensait que le mauvais vent était passé et que les menaces à craindre se situaient uniquement au niveau des interpellations des «services», des détentions et condamnations judiciaires arbitraires, ou des fermetures ou suspensions à durée indéterminée es médias, l’assassinat de Kennedy Muliwayo de Radiotélévision Muungano d’Oicha, le dimanche 16 février 2014, vient de rappeler à tous combien le métier est plein de risques. Cette fois, la mort gratuite d’un journaliste congolais a porté la signature d’une « force négative étrangère », plusieurs fois citée dans des rapports des experts des Nations Unies.

         Qu’a-t-il fait ? Rien d’autre que la recherche de l’information, là où il a estimé devoir la puiser, en s’entourant de la précaution de la collecter sur le champ de bataille. L’alerte venue de Beni est une interpellation pour l’ensemble des hommes et femmes des médias en République Démocratique du Congo au sujet de la précarité de leur sécurité, en temps de paix comme en période de conflit armé.

C’est le lieu de rappeler aux pouvoirs publics leur devoir de sécuriser davantage les chasseurs de l’information, à défaut d’organiser des procès dignes de ce nom pour sanctionner leurs présumés assassins. Depuis 2005, la corporation se plaint de ne pas voir clair dans les assassinats des journalistes, qui sont en train de prendre les contours de règlements des comptes politiques, pour des raisons inavouées. Tant que l’impunité va être garantie à ceux qui tuent les journalistes et à leurs parrains, l’habit de deuil risque de demeurer le compagnon quotidien du journaliste congolais, fort déçu de ne pas recevoir de sa société la récompense de ses sacrifices dans le périlleux exercice de collecte, de traitement et de diffusion de l’impression.

Le mépris que semblent afficher certains décideurs politiques à l’endroit des cas d’assassinats des journalistes traduit un certain état d’esprit, celui consistant à considérer ceux-ci comme des témoins gênants, qui devraient débarrasser le pallier, afin que tous ceux qui ont des choses à cacher le fassent sans avoir à craindre des fuites vers le grand public.

         Or, dans les sociétés qui aspirent à une vraie démocratie et à l’Etat de droit, les médias passent pour la lampe-témoin que tout le monde observe pour savoir si tout va bien ou mal, afin de rectifier éventuellement le tir. La RDCongo va-t-elle constituer, dans le concert des Nations, l’un des rares pays à vouloir construire sa démocratie sans les médias ? Ce serait du reste contradictoire avec sa Constitution, qui a légalisé le droit d’informer et celui du public d’être informé.

Kimp

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