La presse, «chouchou» et «bête noire» des corrupteurs !

presseAu quatrième jour de la session de formation des organisations de la société civile et des médias sur le suivi des Accords internationaux en matière de lutte contre la corruption, Polydor Muboyayi Mubanga, président de l’Observatoire des Médias Congolais( OMEC), a entretenu son auditoire sur les opportunités, obstacles et défis constatés par la presse congolaise dans    l’investigation des faits de corruption.

Dans sa communication, l’éditeur du quotidien Le Phare a, d’abord, fourni quelques cas d’arrestations des journalistes congolais (depuis 1986 à nos jours). Principale raison de leur ennui, à l’en croire, c’est surtout le fait d’avoir dénoncé des cas de corruption. Puis, il a analysé les lois congolaises qui régissent le secteur des médias. Et enfin, en troisième lieu, il a dévoilé les difficultés que rencontrent les journalistes pour accéder aux sources d’informations.

Se prêtant au jeu de « question-réponses », il a volontiers répondu aux préoccupations des activistes de la Société civile  au sujet de l’absence de contrat de travail chez les journalistes, la perception du coupage,  la corruption sous toutes ses formes, etc. A cela, il faut ajouter des interrogations sur l’adoption de la loi sur l’accès à l’information, la dépénalisation de la presse, etc.

Occasion pour l’orateur de souligner tout que certains textes de la législation congolaise ne permettent pas aux professionnels des médias de bien exercer leur métier. Ils sont  généralement matraqués, arrêtés, menacés dans tous les sens par les services nationaux de sécurité, souvent sur demande des politiciens. « Cet environnement politique constitue un blocage pour le bon déroulement du travail des journalistes » a-t-il déploré.

Faisant noter que les « médias » vivent essentiellement de la publicité, il a regretté que cette dernière se fasse de plus en plus rare. Pour ce qui de l’achat des intrants pour produire les journaux, ils coûtent excessivement cher et mettent en grande difficulté  des entrepreneurs  de ses organes de presse qui sont généralement privées. La République Démocratique du Congo est considérée comme le poumon de la forêt africaine et même mondiale, mais, elle ne dispose d’aucune industrie de fabrication des papiers !

La logique voudrait que les journalistes bénéficient de certains avantages notamment: les tarifs préférentiels en matière de transport, eau, électricité, les droits d’entrée, etc.

Au sujet de la pratique dite « Coupage », tout en reconnaissant son caractère abject, assimilé à la corruption, il a indiqué que ces montants dérisoires qu’on remet aux journalistes, pour des raisons conjoncturelles, afin de s’acheter du carburant, une carte, etc., sont sans commune mesures avec les sommes éléphantesques que perçoivent des décideurs, vrais corrompus et bénéficiaires du vrai « coupage ». En ce qui concerne l’absence des contrats de travail, Polydor Muboyayi a fait noter que le Code du travail répond clairement à cette question : « même si le contrat n’est pas signé, il est réputé signé six mois après l’entrée en service d’un agent…».

Plaidoirie pour la loi sur l’accès à l’information

Le 4ème pouvoir congolais souffre d’un déficit d’information. Les professionnels de médias sont les moins admis dans les institutions pour vérifier, chercher et fouiner une information. De même, les services de communications, d’archives, de documentations refusent de fournir les informations à la presse.

L’une des solutions dans l’immédiat, c’est l’adoption d’une Loi sur l’accès à l’information. «Ce sera un ouf de soulagement pour la presse en particulier et l’ensemble de la population en général. Puisque certaines lois qui régissent le secteur ne sécurisent pas les professionnels des médias. Cette loi viendra en appui aux lois existantes et ouvrira des portes à la lutte contre la corruption…».

Contrairement à une certaine opinion répandue dans la capitale surtout et laissant croire que les journalistes congolais manquent de courage, le président de l’Omec a balayé d’un revers de la main cette allégation. « Combien des journalistes sont morts à cause de leurs écrits ? De Franck Ngyke à Bapuwa Mwamba, en passant par Serge Maheshe et Didace Namujimbo…Généralement ceux qui accusent les journalistes manquent eux-mêmes de courage car les communiqués qu’ils font parvenir à nos rédactions sont toujours signés aux noms de leurs organisations, nullement en leurs noms propres ! En âme et conscience, nous devrions aussi refuser, car nous avons aussi droit au libre arbitre… » a-t-il lâché.

Il a conclu en disant que les journalistes sont capables d’accompagner les actions de la lutte contre la corruption en menant des enquêtes fouillées pour dénoncer les auteurs de ces crimes économiques. Cependant, ils sont incapables d’accéder aux sources dignes de confiance et sont exposés aux arrestations arbitraires, assassinat, etc.  Face à cette situation, il a interpellé la société congolaise (la société civile, les gouvernants et la population).à appliquer les normes de la démocratie et aider à l’adoption d’une loi sur l’accès à l’information qui n’est pas une loi pour la presse, mais pour tout le monde.

Dorcas Nsomue & Tshieke Bukasa

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