La population de Shabunda paie un lourd tribut à l’insécurité

Cinquante-sept blessés graves suivent des soins depuis le 5 janvier dernier dans les centres de santé de Nzovu et de Kigulube, dans le territoire de Shabunda, en province du Sud-Kivu, dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo. La plupart de ces blessés y sont arrivés dans un état d’inconscience à dos d’hommes ou sur tipoy transportés par les membres de leurs familles, rescapés des attaques improvisées des localités de Mogatilu, Luyuyu, Ngolombe et Mpamba par des combattants hutus des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR). Pour les blessés dont l’état de santé nécessitait des soins appropriés, les autorités locales de Kigulube ont demandé le concours de la MONUSCO pour leur transfert à Bukavu en vue d’ une bonne prise en charge médicale.

Le transport de ces blessés s’est effectué après l’enterrement de 47 victimes dont des femmes pour la plupart et des enfants égorgés. Dans ce lot, il y avait une femme  grosse qui a été éventrée à la machette par des Hutus en furie qui se sont improvisés chirurgiens. Ces massacres ont eu lieu dans la nuit du 30 au 31 décembre 2011 dans les localités de Mogatilu et Luyuyu avant de se poursuivre la nuit suivante dans celles de Ngolombe et de Mpamba. Et comme à leur habitude, après l’exercice de tuerie méchante auquel ils s’adonnent à cœur joie, les combattants FDLR ont incendié plusieurs maisons dans lesdites localités avant de disparaître dans la nature. Pour ceux qui connaissent cette contrée, la localité de Nzovu est située à une quarantaine de kilomètres de Kigulube, tandis que celle de Luyuyu est à une soixantaine de kilomètres de ce centre important se trouvant à mi-chemin entre Shabunda, chef-lieu du territoire portant le même nom et la vile de Bukavu, sur la route de Kimbili. Les localités touchées par les attaques des FDLR se trouvent donc sur une ancienne route, devenue un raccourci pour des piétons, qui part de Kigulube jusqu’à Nyambembe, le tout dernier camp des travailleurs miniers de l’ex-Sominki.

De là commence une vaste forêt, le prolongement du parc de Kahuzi-Biega,  qui s’étend jusque dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu. C’est donc cette région forestière qui sert de repaire aux combattants FDLR  qui y opèrent depuis 1994. Pour les observateurs, en effet, la population de Shabunda paie les conséquences de l’autisme des dirigeants politiques et militaires restés depuis longtemps insensibles aux appels maintes fois lancés par des  villageois pris en otage par des bandes armées localisées et localisables et obligés de s’organiser en forces d’autodéfense pour éviter le nomadisme éternel.

LA POPULATION DE SHABUNDA CRIE SA COLERE

La tension est à son comble à Shabunda depuis le massacre commis par les combattants FDLR dans les quatre localités situées dans le groupement des Bamuguba Nord. Des marches de protestation sont projetées les jours à venir, des journées de prière organisées dans les églises par la population pour témoigner sa solidarité avec les familles endeuillées. Personne ne veut rater cette occasion. Ainsi, sorti de son  sommeil, le comité de sécurité s’est réuni la semaine dernière et a décidé d’envoyer les militaires dans le groupement affecté par les attaques des FDLR. La société civile de Shabunda s’est impliquée en demandant aux militaires des Forces Armées de la RDC (FARDC) de collaborer avec les différents groupes de forces d’autodéfense populaire, les Raïa Mutomboki. Ceux-ci ont entre autres atouts la maîtrise du terrain des opérations et se spécialisent en guérilla. Chaque branche est commandée par un chef connu et respecté. On en trouve dans la collectivité de Wakabango, à Kamulila chez les Baliga et chez les Bakonzo où les FDLR viennent de massacrer 47 civils. Cependant, plus d’un observateur s’inquiète de la tournure que pourrait prendre ces événements du fait que la colère que rumine la population de Shabunda cache mal une tension latente.

DES BASHI ECLAIREURS DES FDLR !

A l’instar d’un volcan prêt à entrer en érruption à n’importe quel moment, une tension perceptible couve dans le territoire de Shabunda. Selon une notabilité qui s’est confiée au journal Le Phare sous le seau de l’anonymat, si des réponses urgentes apportées ne sont pas trouvées à l’épineuse question de la présence des combattants hutus rwandais dans le terroire de Shabunda, c’est toute la province du Sud-Kivu qui risque cette fois-ci de s’embraser à la suite des affrontements inter communautaires.  Ceux-ci pourraient être consécutifs à la présence de quelques éléments «Shi» que l’on soupçonne dans les rangs des FDLR. Selon notre source, lors des affrontements  de Mpamba et de Ngalembe dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1ier janvier 2012, les Raïa Mutomboki ont, après s’être organisés et mis à la poursuite des combattants FDLR dans la forêt,  tué quatre d’entre eux et fait cinq prisonniers. Ramenés au village, quatre de ces derniers ont vite été reconnus par la population comme d’anciens vendeurs ambulants Bashi, qui jadis passaient de village en village, déballaient leurs colis des habits usagers pour les vendre avant de répartir. Interrogés, les quatre hommes seraient passés aux aveux. Pour le moment, a confirmé notre source, les cinq prisonniers de guerre sont gardés à Nzovu. Ont-ils été enrôlés de force par les FDLR ?

Depuis combien de temps faisaient-ils partie de ces forces négatives ? Simple coïncidence ou travail rémunéré d’éclaireur ? Toutes ces questions sont restées sans réponse. Mais est-il qu’à Shabunda, l’on se demandait comment les FDLR pouvaient s’aventurer sans peine, comme des poissons dans l’eau, dans cet océan forestier qui compte des centaines de kilomètres sans  entrave, apparaître dans tel village, répartir dans la forêt pour aller s’attaquer à d’autres localités cinquante kilomètres plus loin et ainsi de suite. Déjà, dans le lexique local, l’on parlait des « rôdeurs », c’est-à-dire des éclaireurs connaissant la région du Bulega aux côtés des combattants rwandais des FDLR. Le pot aux roses avait éclaté avec la bataille de Mulungu de novembre 2011 à l’issue de laquelle deux de cinq prisonniers hutus rwandais ont également été reconnus par des villageois comme des Bashi avant de passer aux aveux. L’on se rappelle qu’avant l’arrestation des Bashi, ce sont les Batembo de Bunyakiri qui ont été arrêtés comme « rôdeurs » des combattants FDLR.

L’IMPLICATION DES LEADERS COMMUNAUTAIRES FORT ATTENDUE

S’il s’avère vrai que des sujets Shi ont été faits prisonniers avec des combattants hutus des FDLR et qu’ils ont été reconnus par la population, cela apporte non seulement une nouvelle dimension aux attaques répétées des villages du territoire de Shabunda, autant dans la collectivité de Wakabango I  que dans celle des Bakisi, mais aussi le témoignage de l’infiltration de Shabunda par des connaisseurs du terraini. Mais, ce dossier doit être traité avec froideur. Il faut notamment chercher à savoir et à élucider les circonstances qui ont amené ces Bashi à composer avec les combattants hutus des FDLR. Raison économique, politique, psychologique…l’approche causale devra être privilégiée pour que la « faute «  de quelques brebis galeuses ne jette l’opprobre sur la communauté Shi et n’envenime pas les relations historiques et de parenté qui lient les tribus Shi et Lega. Le Phare pense que cette affaire devrait être prise au sérieux par des leaders politiques et locaux des deux tribus et traitée pour éviter toute manipulation. L’on sait que les membres de deux tribus vivent comme des bouteilles vides dans une même caisse mais savent pertinemment bien que l’avenir de tout le Sud Kivu repose sur leur entente. Les autres tribus de cette entité administrative se  greffent sur l’une ou l’autre ou sont parentes de l’une d’elles. Même le projet relatif à l’installation des Hutu dans certains territoires de l’ancien Kivu dont on parle tant dans certains milieux politiques et auquel sont associés les noms de certaines notabilités Shi et Lega ne pourrait pas passer dans sa phase d’exécution si les deux communautés restent soudées. Cela vaut plus qu’un message, car un sage avait bien dit que «l’union fait la force ».

SAKISAMA

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