La Nation fracturée !

 

Un des motifs invoqués pour justifier l’option de l’élection présidentielle en un seul tour est d’éviter que le pays ne retombe dans la « bipolarisation », comme lors du second tour de l’élection présidentielle, à l’occasion des scrutins de 2006. Les tenants de la révision constitutionnelle pensent pouvoir épargner le peuple congolais des avatars des dérapages post-électoraux du genre de ceux enregistrés au Kenya, au Zimbabwe et présentement en Côte d’Ivoire.

 

Mais au vu du spectacle désolant vécu hier au Palais du Peuple, dans le pur style de la grande confusion vécue en septembre 1991 sous le mandat de Kalonji Mutambay, à la tête du Bureau provisoire de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), force est de constater que la grande fracture que l’on voulait éviter est là. La République Démocratique du Congo a automatiquement éclaté en deux grands « blocs » composés des « pro » et « anti » révision constitutionnelle. Quoique que l’on dise, le mal est fait avant même la tenue des élections générales, que l’on peut désormais considérer comme celles de tous les dangers.

Le débat de fond annoncé au niveau du Parlement à réunir en Congrès risque d’être vicié, en raison des positions inconciliables qu’affichent déjà les parlementaires eux-mêmes, selon qu’ils appartiennent à la majorité au pouvoir ou à l’opposition. La chose la plus à craindre est que dans l’attente de l’examen et, vraisemblablement, de l’adoption par le « Congrès » des dispositions constitutionnelles soumises à l’amendement, le sentiment de tricherie et de corruption ne s’incruste solidement dans la mémoire collective congolaise.

Si des millions de Congolaises et de Congolais sont conduits aux élections dans la psychose d’une fraude planifiée à la suite d’une modification suspecte des règles du jeu démocratique, il serait difficile de les convaincre de se reconnaître dans des élus qui auront gagné par des voies estimées peu catholiques.

Les images de la bagarre d’hier entre députés au Palais du Peuple ne sont pas pour ramener la sérénité dans les esprits. En effet, des questions se posent sur l’état des lieux en matière de reconstruction nationale, dès lors que ceux qui contestent la visibilité des 5 chantiers de la République apprennent qu’il faut absolument supprimer le second tour de l’élection présidentielle pour permettre au pays de se développer. Beaucoup seraient tentés de suggérer que pour maximiser nos chances de développement, il serait plus pratique de mettre carrément une croix sur les élections. Cela rapporterait à l’Etat congolais non pas 360 millions mais plutôt 720 millions de dollars américains, soit la totalité de a cagnotte destinée à l’organisation des élections de 2011. La peur du coût des élections est un signal fort dangereux pour l’avenir de la démocratie congolaise. En leur temps, les caciques du MPR/Parti-Etat avaient résolu le problème en optant pour des élections par « acclamation » devant les bureaux de vote. La recette peut toujours être réchauffée.

Jacques Kimpozo

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