La MONUSCO fait la politique de l’autruche

En adressant des félicitations à la fois aux acteurs politiques ainsi qu’à la Commission Electorale Nationale Indépendante pour avoir mené à terme l’opération de la révision du fichier électoral, la MONUSCO donne l’impression d’ignorer la réalité des évènements sur le terrain. Et peut-être de ne pas lire les signes des temps.
 
De prime abord, l’opinion assiste depuis quelque temps à un véritable bras-de-fer entre les forces politiques de l’opposition et la CENI au sujet de la révision de ce fichier électoral. Pour l’UDPS et Alliés, de graves irrégularités n’ont toujours pas été évacuées de ce fichier, notamment l’existence des enfants mineurs enrôlés dans deux provinces du pays, dont particulièrement le Katanga et le Maniema. Et pour joindre la parole à l‘acte, l’opposition vient de remettre un mémorandum aussi bien à la CENIO qu’au président de la République pour exiger de prendre part aux travaux du toilettage de ce fichier. Y’a-t-il une autre voie pacifique de trouver un compromis à ce différend électoral qui risque de créer des frustrations au cas où ces irrégularités éclataient après les élections ? Comment la MONUSCO peut-elle ignorer cet état des choses ?
 
Une autre préoccupation qui a été soulevée par les forces politiques de l’opposition et les organisations de la société civile concerne le taux fort controversé des enrôlés dans la province du Katanga qui atteint le nombre des 4.800.000 de personnes pour une population évaluée à 6 millions d’âmes. Alors que pour la ville de Kinshasa habitée par une population de plus de dix millions d’habitants, la CENI a présenté le chiffre de 3 millions huit cent mille électeurs. Depuis quand le Katanga est-elle devenue la province la plus peuplée du pays ? On fait croire que les habitants de Kinshasa auraient boudé les opérations d’enrôlement car déçus par le bilan maigre du gouvernement actuel. Une position risible dans la mesure où l’essentiel des travaux de reconstruction et de réaménagement du territoire sont plus visibles dans la capitale politique qu’ailleurs.
 
Là où le bât blesse, c’est lorsqu’après avoir rendu public le projet d’annexe à la loi électorale, le président de la CENI se permet de menacer de procéder au découplage de l’élection présidentielle et les législatives au cas où le Parlement ne lui retournait pas le texte toilette au plus tard le 10 août. La MONUSCO ne peut pas ignorer que le parlement est en congé et qu’il est impossible de le convoquer une session extraordinaire pour examiner et adopter ledit projet d’annexe sur lequel les acteurs politiques devront se baser pour présenter leurs candidats aux élections du 28 novembre prochain. Le comportent du président de la CENI ressemble à celui de quelqu’un qui veut favoriser un camp, ce qui lui fait perdre sa neutralité et sa crédibilité. Dès lors que les débats avaient fait rage aussi bien au parlement que dans les rues du pays lorsque la majorité avait opéré un passage en force pour procéder à la révision constitutionnelle. Particulièrement pour imposer un tour unique à l’élection présidentielle au motif que les finances du pays ne permettaient pas le système de deux tours. Ce qui se traduisit par le couplage de l’élection présidentielle et les législatives prévues pour le 28 novembre prochain. Effectuer un retour en arrière présente des risques d’implosion du consensus sociopolitique de l’heure dans la mesure où cela pourrait influer sur le calendrier électoral. Ce serait une lapalissade que de dire que les partis politiques ne sont pas du tout prêts à présenter leurs candidatures à tous les niveaux. Au niveau de l’opposition, des réunions se tiennent sans désemparer pour le choix d’un candidat unique à l’élection présidentielle. Des remous sont observés aussi dans la famille politique proche du chef de l’Etat en exercice.
 
On rappelle qu’avant de rendre public son calendrier électoral, le pasteur Daniel Ngoyi Mulunda avait effectué une croisade auprès de toutes les forces politiques du pays, particulièrement celles de l’opposition pour recueillir leurs avis et considérations. Comme disait un sage de chez nous, le temps ne pardonne pas à celui qui joue contre lui. Le temps est trop court pour se permettre de découpler l’élection présidentielle et les législatives. Car il faudra obtenir un nouveau consensus politique. Et dire que les parlementaires étaient partis en vacances sans avoir perçu leurs émoluments. 
 
Le ciel congolais présente des signes d’orage que la MONUSCO devrait être le premier organe international à pressentir pour éviter des débordements fâcheux et préjudiciables pour la suite du processus électoral. Le spectre ivoirien est encore vivace dans les esprits des Africains et particulièrement des Congolais.  
F.M.      

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