La guerre de l’Est : la grosse faute d’Aubin Minaku

 

Tous ceux qui croyaient au départ à une petite erreur d’appréciation de la situation sécuritaire du Nord-Kivu de la part du président du Bureau de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku, se rendent compte, au fil du temps, que l’intéressé s’est rendu coupable d’une grosse faute. En effet, en décrétant le huis clos pour la question orale avec débat adressée au Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, il a solidement installé le doute dans les esprits de nombreux compatriotes intrigués par l’insécurité récurrente dans cette province.
 
Beaucoup d’observateurs pensent qu’il a versé dans un excès de zèle inutile. Car, la mission du Parlement est de contrôler et non de protéger le Gouvernement. Pour le cas d’espèce, son obstruction intentionnelle au droit à l’information des populations congolaises va être lourde de conséquences.
Depuis une semaine, les événements sont en train de se précipiter. Tout le monde aura constaté qu’entre la date du « blocage » de la question orale avec débat du député national Martin Fayulu et celle des réponses du Vice-Premier ministre et ministre de la Défense Alexandre Luba Ntambo, un gros paquet d’informations a été délivré à l’opinion publique congolaise.
L’opinion aussi bien nationale qu’internationale a ainsi appris que tout ce qui arrive aujourd’hui au Nord-Kivu était planifié depuis le mois de février et que le maître de l’ouvrage se trouve à Kigali. Une vérité qui tombe sous le coup du bon sens quand on sait comment naissent les rébellions à l’Est du Congo depuis 1996 avec la nébuleuse AFDL de triste mémoire. Une vérité qui dérange aussi quand on constate l’acharnement avec lequel Kinshasa s’emploie à nier des évidences que tous les observateurs neutres relèvent sur le terrain.
Face au faisceau d’informations mises à la disposition du public, les Congolais voulaient se faire leur propre religion après avoir écouté leur ministre de la défense. Mais hélàs, l’occasion leur a été refusée de manière peu convaincante. De sorte qu’au jour d’aujourd’hui, à cause du huis clos qui les a empêchés de suivre les débats en plénière à l’Assemblée Nationale, les Congolais se retrouvent sans réponses quand ils cherchent à savoir pourquoi leur gouvernement a encore signé un énième accord de coopération militaire et sécuritaire avec un Etat notoirement connu comme commanditaire des rébellions du CNDP, du M.23 et autres… qui font couler eau et sang dans la partie Est du pays.
En raison de la rétention des informations sur la situation sécuritaire du Nord-Kivu, nos compatriotes se demandent si nos gouvernants vont continuer à se taire face aux preuves irréfutables de la présence, dans les rangs du M.23, non pas de 11 combattants rwandais mais plutôt de plus d’une cinquantaine.
A quoi rime la langue de bois de l’Assemblée Nationale lorsque les officiels rwandais accusent le pouvoir en place à Kinshasa d’être en collusion avec les génocidaires des FDLR, qu’ils armeraient et financeraient depuis plusieurs décennies pour déstabiliser le régime de Kigali?
Le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense aura beau dire des « vérités » à la tribune de l’hémicycle de Lingwala, il va prêcher dans un désert pour la simple et bonne raison que la presse congolaise, même si elle est au courant de ses réponses, ne saurait les relayer pour ne pas tomber dans la violation du huis clos.
Maintenant, les rares clichés qui vont s’incruster dans la mémoire collective congolaise risquent de se résumer en termes de trahison de la mère patrie par certains de ses fils et filles, de complicité entre Rwandais et Congolais pour endeuiller le Congo et piller ses ressources, d’alliances malheureuses entre soi-disant patriotes congolais et rébellions instrumentalisées par le Rwanda, de l’AFDL au M.23, en passant par le CNDP…enfin, de l’entretien par des officiels congolais et rwandais d’un fond de commerce commun qu’est l’insécurité à durée indéterminée dans la partie Est de la RDC.
Résultat : Congolaises et Congolais attendent désormais des preuves indiscutables de l’engagement de leurs gouvernants au retour de la paix au Nord-Kivu avant de croire à toute initiative de pacification de cette province par l’Armée nationale ou en synergie avec l’armée rwandaise.
 
Kimp

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