La guerre de l’eau aux portes de la RDC

Lancée dans les années ’80, l’idée du soutirage de l’eau douce du Fleuve Congo ou de ses affluents en vue d’alimenter les peuples du Moyen-Orient ou du Sahel ou encore de sauver le lac Tchad continue de faire du chemin. Le dossier est d’autant brûlant qu’il était dernièrement au centre de cogitations en Italie, en l’absence du Congo et des Congolais, traités comme si cette eau douce tant visée, a cessé d’être leur propriété pour s’imposer, comme le soutiennent certains spécialistes, comme un « patrimoine universel ».

            Le ministre de l’Environnement, Conservation de la Nature et Tourisme, interrogé au sujet du projet de transfèrement de l’eau de la rivière Oubangui vers le lac Tchad, a avoué que notre pays était tenu à l’écart de la rencontre d’Italie. Le fait qu’on ait parlé de l’eau douce du Congo sans requérir l’avis des Congolais en dit long sur ce qui les attend dans un avenir plus ou moins proche.

            Il y a lieu de craindre que la communauté internationale ou certains Etats, fatigués d’attendre la réponse du Congo, jusque-là négative depuis l’époque de Mobutu et celle de Mzee Laurent Désiré Kabila, n’optent pour le passage en force. Certains observateurs pensent, au regard des besoins en eau douce qu’expriment des millions de peuples d’Afrique et du Moyen-Orient, que la guerre de l’eau se trouve aux portes du Congo.

            Pendant combien de temps notre pays va-t-il continuer à repousser les échéances ? Kinshasa dispose-t-il des moyens militaires requis pour s’opposer à la canalisation, sans son avis, de l’eau de la rivière Oubangui vers le lac Tchad ? Visiblement, à l’étape actuelle, ce n’est pas le cas.

            On rappelle tout de même qu’une quelconque action visant la déviation d’une partie des eaux du fleuve Congo ou d’un de ses affluents (Semliki, Oubangui) vers le Nord du continent ou le Moyen Orient aurait des conséquences fâcheuses sur le débit du fleuve Congo. Cela est d’autant plausible qu’en temps normal, les périodes d’étiage sont de plus en plus douloureuses pour le barrage hydroélectrique d’Inga, contraint de tourner au ralenti et de condamner l’ensemble du pays à des délestages drastique en saison sèche.

            Aussi, détourner le cours de l’Oubangui vers le lac Tchad pourrait avoir entre autre conséquences d’hypothéquer le projet d’Inga III actuellement en chantier et du Grand Inga. Le soutirage de l’eau de l’Oubangui pour sauver le lac Tchad serait en définitive une initiative meurtrière pour la RDCongo elle-même, dont l’écosystème risque d’être complètement désarticulé..

            Aussi le gouvernement congolais devrait-il se battre avec bec et ongles pour ne pas laisser son eau douce pillée par des prédateurs de tous bords, comme c’est le cas actuellement des ressources naturelles au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Province Orientale.         Kimp

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