La femme, encore la femme

(Par le Professeur Kambayi Bwatshia)

La question de la femme, celle de son émancipation, de la promotion de son statut et partant de la jouissance des la plénitude de ses droits et de ses capacités, fait couler aujourd’hui beaucoup d’encre et de salives. Elle fait jaser les hommes et meuble leurs salons, forums et conférences du fait qu’elle suppose de profondes transformations de la société, aussi bien dans l’organisation de la vie professionnelle que dans les structures familiales.

Les femmes sont aujourd’hui, à l’ère de la mondialisation, inconsolables au sujet de leur marginalisation du fait qu’elles sont « femme ». Des mouvements féministes voient leur jour et sont de plus en plus nombreux. Ils rivalisent d’ardeur pour réclamer égalité de chances entre les sexes, relayés dans cette lutte par les efforts de la communauté internationale, du moins à travers les organismes spécialisés des Nations Unies. Des recommandations sont faites aux Etats membres dans le sens de l’amélioration de la condition de la femme en général.
Presque partout dans le monde, la femme a été subordonnée à l’homme. Un regard attentif sur l’évolution de l’humanité permet de nous renseigner que la problématique de l’égalité de chances entre les sexes est aussi vieille que le monde. Elle est quasi universelle et se fonde sur les préjugés négatifs que les idéologies dominantes se sont construites au sujet de la femme.

La situation injuste que connaît la femme se traduit dans toutes les sociétés par le clivage ahurissant entre d’une part, le rôle vital que lui reconnaît la société à travers sa prétendue «merveilleuse mission», celle d’épouse, de génitrice et d’éducatrice, et d’autre part l’image et la place qui lui sont réservées au sein de la société. Tandis que les grandes religions monothéistes vont jusqu’à consacrer l’infériorité et l’impureté de la femme, les courants de pensée se sont développés, les uns pour justifier la subordination et l’infériorité naturelles de la femme, les autres pour condamner cet état de chose et dénoncer le traitement injuste que la société impose à la femme.

Les traditionalistes plaident pour la soumission de la femme à l’homme. Elle est d’ailleurs une «enfance continue»,  un «être inaccompli biologiquement» et par conséquent il est dangereux de lui confier d’autres tâches que celles d’épouse et de ménagère. D’autres partisans de la soumission de la femme croient dans ce sens que, la destinée de la femme et sa seule gloire sont de faire battre le coeur de l’homme… Elle n’est à proprement parler qu’une annexe de l’homme», «La femme…c’est une esclave qu’il faut savoir mettre sur le trône». A ce courant traditionaliste, on peut opposer celui qu’on peut qualifier de progressiste ou même de révolutionnaire. Il voit le jour au début 20ème siècle et prône «l’émancipation» de la femme. Plusieurs femmes s’accrochent à l’idée en estimant que la seule façon de libérer la femme c’est qu’elle travaille  Ainsi s’emploient-elles à démystifier la théorie de la «nature de la femme». Plus loin que ce courant progressiste, le courant marxiste se lance dans la recherche de vraies origines de l’asservissement de la femme. Il explique que le sort de la femme comme celui de tous les opprimés est semblable particulièrement à celui des prolétaires. Sans doute étai-il très marqués par les inégalités et les injustices liées à l’essor de l’industrie et du capitalisme. Il démontre la relation de cause à effet entre la propriété privée, le capitalisme et l’exploitation de la femme. Le capitalisme a donné l’occasion aux hommes de s’approprier le sol et les outils de travail en soumettant les autres à l’esclavage, à leur service. La femme productrice d’enfants devint de facto propriété de l’homme donc inférieure à celui-ci. La famille devenue institution patriarcale, opprima la femme, pendant que la société se sépara en classes : l’une des propriétaires et l’autre de ceux qui n’avaient pour seule richesse que leur possibilité de travailler ou leur sexe (pour les femmes).

Utilisant les analyses et les méthodes proposées par ce courant de pensée, les femmes elles-mêmes se sont mises au pas dans la voie de leur « émancipation ». Le mouvement qui commença en Europe et dans le continent nord américain dès la seconde moitié 19ème siècle prit de plus en plus d’ampleur au 20ème  siècle en se répandant à travers le monde. Aujourd’hui encore, les femmes de mieux en mieux organisées luttent avec acharnement pour avoir leur place au soleil. Elles veulent la reconnaissance par la société de leurs droits en tant qu’être humain à part entière; de droits politiques et civiques à la libération de la vie sexuelle en passant par les droits de travail, l’accès aux professions qualifiées et les conquêtes intellectuelles.

La remise en question de la situation de la femme est devenue un phénomène qui, à coup sûr, promet de déclencher une profonde mutation. De quoi donner raison au Camerounais Potier Aseng qui conclut sa pièce de théâtre intitulée « trop, c’est trop » en ces termes : la prochaine révolution qui marquera profondément notre monde, à défaut d’être tiers mondiste, elle sera féministe». La libération de la femme s’inscrit dans la lutte qui consiste à faire de tout être humain un individu adulte libre de disposer lui-même. L’histoire est jalonnée de révoltes d’opprimés : peuples soumis par d’autres peuples qui accèdent à I’indépendance, soulèvements d’esclaves qui deviennent hommes libres, classes exploitées qui prennent conscience de leur aliénation.

Les obstacles au développement de la femme africaine et congolaise

Pour les femmes africaines en particulier, faire face aux enjeux du développement signifie  affronter plusieurs facteurs obstacles et freins à leur épanouissement, promotion et développement. La lutte est âpre à de multiples niveaux: la tradition, la masculinisation, la religion, l’éducation, la femme elle-même.

– Au niveau des coutumes et tradition on ne doit pas oublier que la coutume constitue rien d’autre que l’ensemble des règles érigées sous forme des lois qui régissent la vie d’une communauté sous sa forme de vie traditionnelle. La tradition est l’ensemble des règles acquises dans le temps, par expérience, qui régissent des comportements des individus dans le cadre de leur société spécifique. Ainsi, la famille, le clan, la tribu ou toute autre communauté de ce genre sont des lieux privilégiés où s’applique généralement la tradition. Chaque groupe organisé a ses coutumes et traditions. Mais de quelles coutumes et traditions s’agit-il ? Celles construites par l’homme, à travers les âges pour satisfaire son orgueil et asseoir sa supériorité vis-à-vis de la femme ? Les illustrations sont multiples à ce sujet : interdits alimentaires, mariages préférentiels, éducation de la jeune fille, héritage, place de la femme dans le foyer et en société, considération de la femme, polygamie, concubinage, adultère, divorce, travail salarié, même au niveau du savoir. Bref, les coutumes et traditions sont élaborées par l’homme en terme de «homme supérieur/femme inférieur».

Si les femmes sont gardiennes des traditions, comme on le dit fort heureusement les flammes des foyers, source de vie, et même, «berceau des peuples», elles ne doivent tout de même pas restées attachées totalement aux coutumes et aux traditions qui les avilissent au point de les rendre obstacles au développement. Elles doivent plutôt s’attacher à perpétuer les valeurs intrinsèques de solidarité, de solidité conviviale du groupe pour le développement. A cet effet, pour elle et pour l’homme, dans «sa conditionnalité», la tradition devient un phare qui illumine la voie pour le développement.

– Au niveau de la masculinisation de la société, rien à dire, le lieu de la vie quotidienne des femmes africaines, est un lieu masculin formaté à la mesure des hommes. La fille, la femme, est vue en terme des veux des hommes; combien de femmes ne se font pas belles pour plaire aux hommes ? Combien les jeunes filles ne sont-elles pas préparées au mariage (services divers, pratiques sexuelles) en fonction des hommes ?

– Au niveau de la religion dite chrétienne, à moins de lire la Bible avec les yeux du Christ, l’image de la femme est celle de la femme que nous avons décrite plus haut. Elle est «la tentation et la séduction de l’homme, donc « la chute de l’humanité ». Même la Bible l’a dit, et dit-on souvent : la femme, c’est le complément de l’homme» ! C’est faux, disons-nous, elle est sa « conditionnalité ».

– Au niveau de l’éducation, le matraquage est net: «linzanza libongi na langi… Mwasi abongi na mobali». Une vase belle à voir quand elle est peinte…» Tout comme «une femme n’est digne que mariée»; «mwasi mpo azwa lokumu kaka abala » comme pour dire «c’est le toit conjugal qui fait la valeur de la femme». Ces germes de slogans et proverbes barbares se retrouvent chez tous les peuples africains.

Aucune question n’a jamais été réglée dans l’histoire avant de devenir une réalité tangible dans la conscience de tous. Le monde contemporain est témoin du vent fort de revendication des femmes, à travers le monde, en faveur de leur dignité et de leurs droits. Allant de l’Amérique, de l’Europe, ce vent a atteint l’Afrique et I’Asie. Pendant ce temps, la communauté internationale prenait de plus en plus conscience aussi bien de la situation et du rôle des femmes que la nécessité de contribuer à la promotion de leur statut. Se saisissant de cette conjoncture favorable, plusieurs femmes averties à travers le monde, commencèrent à s’organiser pour motiver celles qui restaient encore dans l’ignorance. Dès lors, le temps des slogans, des déclarations théoriques, des plaintes, des jérémiades sur le sort des femmes était révolu.

C’est ainsi que les femmes averties se rendant compte qu’elles n’étaient pas des «machines à pondre les enfants», montrèrent leur volonté de se battre d’une façon volontariste en créant des associations en vue d’être représenter dans des conférences internationales appropriées.

En 7975, les Nations Unies lancent la décennie pour la femme. Désormais, les balbutiements des espoirs de cette dernière se sont transformés en objectifs concrets. Du 19 juin au 2 juillet de cette année à Mexico, sous l’égide des Nations Unies, des femmes, à l’échelle mondiale se sont réunies pour manifester leur volonté universelle d’examiner les questions relatives au statut de la femme dans le monde. La conférence de Mexico a abouti à la proclamation de l’année internationale de la femme. En juillet (74 et 30) 1980, plus de 745 Etats ont délégué leurs représentants à la conférence de Copenhague réunie sous le thème «Emploi, Santé et Enseignement». Les conséquences de l’Apartheid sur les femmes en Afrique australe ont été inclues à l’ordre du jour. Sur le plan conceptuel, à la conférence, les délégués ont tenu compte de la nécessité des données nouvelles en matière de la stratégie et du programme au sujet de la participation des femmes au développement respectif de leurs pays.

Du 15 au 26 juillet 1995, la troisième conférence s’est réunie à Nairobi axée sur l’éducation, l’emploi et la santé. Elle avait pour objectif principal de fournir un plan d’action général pour améliorer la condition de la femme dans le monde sur les plans économique, social, culturel et juridique jusqu’à l’an 2000. L’effort et le progrès ont été nets au sujet de la prise de conscience du fait que les fonctions de production dévolues aux femmes sont étroitement liées aux facteurs politiques, économiques, sociaux, culturels, juridiques, éducatifs et religieux. La mobilisation s’est étendue à l’échelle largement mondiale.

Et puis vint la conférence de Beijing qui s’est réunie du 4 au 15 septembre. Elle a regroupé plus de 50000 participants venant de 182 pays. Les femmes de tous les horizons ont parlé de la promotion de leur statut en tous les domaines. A cette conférence, on pouvait lire les affiches typiques rédigées en terme de combat. Par exemple celle qui dit : «Nous ne devons pas craindre de parler des questions qui nous touchent; nous ne devons pas ployer que le poids des arguments fallacieux qui invoquent la culture ou les valeurs traditionnelles».
Aucune valeur digne de ce nom ne soutient l’oppression et 1’asservissement des femmes».

«La culture et la tradition ont pour rôle de fournir un cadre pour le bien être humain. Si on les utilise contre nous, nous n’hésiterons pas à les rejeter et nous continuerons notre chemin».

«Nous ne permettrons pas qu’on nous bâillonne»(Mme Nafis Sadik, Beijing, septembre 1995)

Femmes, réveillez-vous !

Embarquées dans le temps, soumises aux us et coutumes sans peut-être le savoir ni le vouloir, les femmes n’ont pas le souvenir d’avoir commencé leur expérience de la servitude. De même que personne n’a le souvenir de sa naissance, ni d’avoir commencé à poser des actes mauvais, les femmes se retrouvent déjà liées sans avoir aucune réminiscence de l’au delà du temps, de l’au-delà de leur situation serve. Que dire ? Ainsi, tous, les femmes comme les hommes qui viennent dans le monde, nous avons l’impression que la position de la femme dans les rapports sociaux et humains traduisant l’infériorité, les injustices justifiées par des traditions qui ont traversé les époques, dépasse les limites du temps.

C’est ainsi, ce qui a été institué par les traditions ne peut être changé. Surtout quand cette tradition est véhiculée par les religions qui disent: «homme, aimez votre femme», «femme, soyez soumise». Quand on entend cette sentence biblique dans une langue comme le lingala, la réalité est bien rendue par : « Mobali, linga Mwasi», «mwasi, tosa mobali». Et c’est significatif quand on sait que le verbe «ko-linga» signifie aimer, mais aussi lier. Telles que les choses se passent, il convient de dire que toute la tradition veut lier la femme et demande à celle-ci la soumission. Si s’aimer c’est aliéner ses libertés, la femme a, dans l’histoire de l’humanité, aliéné plus de ses libertés que l’homme.

Quand bien même tout cela peut paraître sempiternel, il nous semble que la volonté manifeste et mythique de la liaison de la femme par l’homme peut être démystifiée. En effet, nous croyons fermement que ce que les êtres humains ont construit, quand bien même on ne saurait pas en donner les précisions temporelles, peut être déconstruit. Fort de cette conviction, nous pouvons ainsi visiter et contempler la situation de la femme avec des lunettes neuves. C’est ainsi que quand nous regardons la condition de la femme dans notre pays et presque partout en Afrique, on voit qu’il y a à redire. Telle est la tâche à laquelle nous nous livrons tout au long de cette réflexion pour tirer au clair une perspective de pensée de la question, femme en nous basant sur les acquis linguistiques et mentalistiques de notre culture congolaise.

La démystification mentale

La position de la femme dans les rapports avec l’homme revêt souvent un caractère mythique qui dépouille les gens de la volonté de la remettre en question. En effet, on a l’impression qu’on a affaire à une institution des dieux. C’est ainsi que nous pensons qu’aucune démarche ne peut être fructueuse si elle ne prend pas en compte l’être mental de la femme pour la libérer des opérations mentales qui s’effectuent dans son esprit la poussant à accepter sa situation telle une servitude volontaire.

Mentalisons la question

Pourquoi aborder la question de la femme en nous basant spécialement sur son mental ? C’est pour répondre à la nécessité de se connaître soi même dans ce qui constitue substantiellement la femme en tant qu’être mental Le mental étant une nature de l’être humain qui lui permet son activité clans le monde à tous les niveaux des rapports avec soi même, avec les autres, les institutions…

Bien plus, notre intention voudrait aller à la rencontre de ce que l’humanité semble oublier, c’est-à-dire l’esprit quand elle appréhende la question du «gender», de la femme. En effet, d’une manière générale dans toutes les questions humaines, nous avons I’habitude d’évoquer le mental quand il s’agit de dénigrer les mentalités primitives et nous avons oublié que les hommes contemporains ont aussi leurs mentalités Au-delà de ce dénigrement des peuples, on recourt au mental quand il s’agit d’une pathologie de l’esprit; on parle alors de débile mental, de déséquilibré mental. Cependant, le seul moment où l’on fait appel à l’esprit en faisant un effort pour ne pas le désigner comme le mental’ c’est quand il s’agit du domaine religieux où l’être humain pense enfin qu’il est aussi spirituel S’il peut être spirituel dans le religieux, s’il peut être «pathos», dans son esprit, c’est parce qu’il est en lui-même mental. Et s’il agit, c’est parce qu’il repose ses actes sur des opérations mentales. Ce qu’il est dans son mental, commande un comportement spécifique d’aliénation ou de libération. C’est ici qu’on découvre la femme devant le miroir social qui lui renvoie toujours la même image. Elle est devant le «tala tala !», miroir, qui lui dit «tala ! tala», regarde ! regarde !; voici comment la société veut que tu te présentes.

Quand on fait appel au mental, on voudrait désigner à tout point de vue les opérations de l’esprit, celles qui se passent dans l’esprit de la femme en dehors d’un appui visible’ Ce faisant, on voudrait aller à la découverte de la face mentale de l’être femme qui est souvent voilée par les manifestations et apparences extérieures qui paraissent rassurantes quand bien même elles porteraient les germes de la souffrance.

Ainsi, devant le «tala tala», la femme entend la voie intérieure de la conscience sociale qui lui dit: «mwasi, mwasi, nzoto», «la femme, c’est le corps», vite elle se pare et se maquille pour répondre à l’appel mental du miroir social. «Mwasi atongaka mboka te», «la femme ne construit pas le pays»; vite elle s’enkyste et se culpabilise chaque fois qu’il lui vient à l’esprit l’idée de s’engager dans la haute sphère de la direction sociale. Les mentalités vont lui servir le danger de la prostitution et le risque de se faire, «femme libre» dans la haute sphère de la direction sociale. Nos langues africaines en général et congolaises en particulier regorgent des sentences et proverbes mystificateurs qu i poussent toujours la femme à adopter la posture mentale que nous lui connaissons et qui l’identifie absolument à travers le temps. Il est impérieux que chacun revisite l’univers mental de nos traditions pour dénicher les fausses évidences liées à la représentation mentale de la femme qui conjugue souvent le cynisme et bienfaisance renforcer par le mythe créateur de la femme au service de l’homme, de la femme complément de l’homme, de la femme tirée de la côte de l’homme… Dès lors, la démystification peut commencer.

La généalogie des valeurs

Ce que les sociétés humaines instituent a de facto un début et doit nécessairement tendre vers une fin. En effet, ce qui est contingent et relatif se délie dans le temps et se transforme peut-être jusqu’à la perte totale. C’est ainsi que les coutumes, les moeurs, les traditions, étant portées par l’imagination et les manipulations humaines n’échappent pas à la règle de la contingence. Telle est la vérité sur laquelle reposent notre conviction et l’énergie qui nous porte en nous emporte dans l’analyse de la condition de la femme.

En considérant [a genèse des choses, des coutumes et traditions, ce qui est sûr, c’est que les humains ne peuvent pas se passer de ce qu’ils appellent «valeurs», c’est-à-dire ce sur quoi repose le processus de l’humanisation. Mais aussi quand on observe l’évolution du temps, il nous semble que ce qu’on appelle «valeur» à un moment de l’histoire peut ne pas l’être à un autre moment. Quant à la condition de la femme qui nous mobilise ici, elle est, en tant que «valeur», instituée, frappée du principe de la finitude. C’est-à-dire que la manière dont la femme est perçue à travers le temps varie et peut évoluer  Quand on considère par exemple l’homme et la femme dans leur vie commune, le rôle de la ménagère que joue la femme dans nos sociétés africaines n’est pas lié à sa nature. Il a été institué par les sociétés traditionnelles. Aussi peut-on se demander pourquoi la représentation mentale du rôle de la femme imprime dans nos esprits l’image de celle qui doit s’occuper de la maison ? On la voit avec une main qui porte le ballet pour mettre la propreté chez elle; elle a une main qui sert à manger… Et si on se représente i’homme qui porte le ballet, qui sert à manger, cela ne changerait rien mais dérangerait seulement nos habitudes.

Dès lors nous nous demandons pourquoi c’est ainsi ? Rien de ce que l’homme fait ou la femme fait en tant qu’institué n’est pas directement lié à la nature animale des êtres humains. Tout est lié à l’imagination. Et si on se mettait à tout déconstruire de ce qui a été imaginé, l’homme et la femme se découvriraient simplement comme des êtres sexuellement différents. Et ta seule différence absolue donne à la femme la charge de porter l’enfant et de l’allaiter si elle est fécondée par l’homme. En fait, si on se mettait à douter de tout, la seule chose qui resterait évidente au terme de notre doute, ce serait les deux sexes. C’est là qu’on découvre aussi d’ailleurs que même les termes masculin et féminin ne sont pas co-originels aux sexes. L’un pouvait bien prendre la place de l’autre, ce serait tout aussi adopté et normal

Nous pouvons ainsi tout soupçonner pour dénicher ce qui s’est ajouté dans le cours de ‘histoire par les traditions. Loin de l’intention de remettre tout en question, notre volonté veut indiquer que les «valeurs», de nos différentes traditions liées à la condition de la femme ne sont pas absolues et reposent en majeure partie sur des conditions socioculturelles qui peuvent être saisies comme antivaleurs dans la mesure où elles véhiculent l’injustice à l’égard de la femme.

Ces différentes perceptions du rôle de la Femme véhiculée ont tendance à considérer le travail de la femme comme contraire à l’ordre moral. La femme est ainsi reléguée à la cuisine car le christianisme a considéré que la place normale de la femme est au foyer. Cependant, actuellement, nous voyons que tout cela a bel et bien évolué et la femme est quelque peu libérée de ces soit disant valeurs qui l’empêchaient de jouir de tous ses droits  simplement parce qu’elle est femme. En se basant sur ses sentences des hommes d’Eglise, on se rend compte que la condition de la femme est liée à l’imagination, à l’imaginaire des hommes en fonction du temps et de l’espace. De même qu’on sait aujourd’hui, dans l’Eglise la perception de la femme a évolué, nous pouvons penser ainsi à la révolution des «valeurs» qui clouent celle-ci à la servitude.

La révolution de la femme

La situation de la femme est comparable à celle de l’ouvrier de Karl Marx torturé par le bourgeois capitaliste. Elle est en position de douleur et de privation car l’homme a voulu que cela soit ainsi et ne veut souvent pas que rien ne change. Quand on voit comment la femme est perçue dans notre société congolaise, il nous semble qu’il est difficile que les hommes veulent même réellement sa libération des coutumes, des traditions. La femme est sous tutelle de l’homme; ses actes sont sévèrement jugés par la société que celles des hommes. Pourquoi une femme adultère est sévèrement punie que l’homme adultère ? On conseillera le divorce à l’homme qui surprend sa femme en flagrant délit d’adultère; on demandera à la femme de supporter et de comprendre que les hommes puissent aller avec d’autres femmes.

Dans ces conditions, la femme peut-elle se révolter pour renverser les données et devenir dominante comme I’exige la dialectique marxiste ? Faut-il imaginer une société où la femme domine ? Nous pensons que la lutte de la femme pour sa promotion ne doit pas porter le germe de la lutte à mort qui évolue nécessairement vers un reversement des classes en compétition. En réalité, ce n’est pas la mort de l’homme que la femme souhaite. Avec les femmes, nous pouvons dire : «ce n’est pas la mort du pécheur que nous voulons, mais qu’il se
convertisse».

Jetés dans le temps et l’espace monde, les hommes et les femmes doivent participer de la même mission leur assignée, celle de transformer l’univers par le travail et de le féconder dans l’amour. Nous insistons sur le fait que l’amour entre les deux doit être perçu comme une éducation à l’aliénation des libertés de deux côtés pour se retrouver tous vainqueurs, «balongani». L’homme et la femme, dans leur relation sont donc à percevoir comme des vainqueurs aussi bien sur le plan de « éros » que sur tous les autres plans de la vie commune. C’est donc la recherche de la victoire commune qui doit caractériser leur rapport. C’est ici qu’on retrouve non une dialectique du genre marxiste, maître/esclave, mais une dialectique amoureuse qui consiste à supprimer la contradiction sexuée entretenue dans le mental social pour promouvoir une aliénation des différences spécifiques qui crée l’harmonie entre eux.

Tous, différents, ils ne sont pas des contraires, des opposés. Les langues nous ont embarqués dans une perception de l’homme et de la femme comme des contraires. Dès le bas âge, on apprend à l’enfant que le contraire de l’homme, c’est la femme. Peut-on penser qu’il s’agit de la même opposition comme celle du jour et de la nuit, du grand et du petit… traduisant une présence et une absence ? Certes pas !

Malheureusement, c’est acquis. Et on le voit dans les mentalités spécialement africaines. Du groupe des hommes on exclue les femmes; du groupe des femmes on exclue les hommes. Attention ! «ezali makambo ya basi», «ezali makambo ya mibali». Quand on visite la Bible, il est indiqué que les premiers moments de [a création étaient celui de la séparation. On dit : il fit le jour, il fit la nuit…

Quant à l’homme, ou bien on dit que qu’il est créé d’abord, et la femme vient plus tard ; ou bien on dit que homme et femme, il les créa. Nous pouvons en déduire que la différence entre l’homme et la femme n’est pas une opposition qui concerne les premiers éléments créés contraires. Ils sont simplement différents. Nous pensons ainsi que la lutte pour la promotion de la femme, n’est pas à classer dans la souci d’harmoniser les contraires, mais la volonté dans la prise en compte des différences spécifiques en tant qu’homme ou en tant que femme.

Ce que la femme veut…

Nul ne peut douter de l’influence qu’a la volonté d’une femme sur les actions, les choix et les décisions de l’homme. En visitant l’histoire, l’humanité retient de manière significative, l’impact du vouloir des femmes. En effet, dans la tradition biblique, nous retenons, la mort de Jean le Baptiste demandée par une femme, la trahison de Samson; Hérode renonce à l’histoire de Jésus sur demande de sa femme; la transformation que Jésus fait de l’eau en vin, à la demande de sa mère, la résurrection de Lazare demandée par ses soeurs… Nous sommes en face des cas extrêmes devant lesquels la volonté de l’homme a fléchi. De même que la mort de Jean Baptiste paraîtrait insensée pour un homme qui réfléchit; de même que le passage de l’eau en vin ou de la mort à la vie serait impensable. Et pourtant cela fut ainsi.

Il s’ensuit que nous pouvons être en droit de conclure que ce que la femme veut, l’homme le I fait. En fait, dans l’expérience quotidienne, qu’est- ce que les hommes ne font pas pour chercher à satisfaire les femmes ? Les exemples sont légion. Si en regardant l’histoire et notre quotidien, on peut attester la force du vouloir féminin, il y a lieu de la recueillir pour la maximiser dans la promotion de la femme dans ce monde où elle est aux prises avec des injustices de tout genre. En effet, là où la volonté de l’homme prime encore et retarde la jouissance à la femme de tous les droits, nous pensons que la révolution peut être mise en branle en se servant de cette force féminine.

L’action des mères, des soeurs, des amies, des copines peut être d’une importance capitale. Les femmes doivent se réunir pour faire jaillir la force de leur vouloir. Celles qui comprennent qu’elles sont détentrices de ce pouvoir doivent être à l’avant plan de ce mouvement de réveil mental.

Cependant, ce qui bloque jusque maintenant dans le chef de la femme, c’est qu’elle n’a pas encore suffisamment pris conscience de cette force qu’elle peut bien mettre en jeu pour influer sur les décisions politiques des hommes.

Bien plus chaque femme, quand bien elle aurait conscience de cette force, elle l’utilise pour son propre compte et non pour l’intérêt commun de toutes les femmes. En effet, chaque femme sait comment avoir son mari, chaque mère commun avoir ses fils de son côté; cela reste vrai pour les amies, les copines. . . Et l’homme est toujours quelque part en face d’une femme, devant une reine à qui il doit «obéissance».
C’est ainsi que nous pensons que les jeunes filles doivent grandir avec et dans la conscience de cette force qui gît en elle qui n’est utilisée que de manière minime et parfois négativement. Là se trouve même l’ouverture aux femmes à la gouvernance des nations et du monde.

Leave a Reply