La face cachée de l’humanitaire : les airs

Comment accède-t-on aux zones d’interventions humanitaires les plus reculées lorsque les routes sont dans un état désastreux, que les déplacements par la route vous confrontent à un risque d’attaque armée et que les conditions de sécurité offertes par les compagnies aériennes locales vous font réfléchir à deux fois avant d’embarquer? Depuis plus de quinze ans, ECHO Flight, le service aérien humanitaire de la Commission européenne, apporte une réponse concrète et fiable dans la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs.

Près de 40 destinations desservies pour soutenir 180 projets humanitaires, 1500 passagers chaque mois, 100 partenaires humanitaires qui bénéficient du service, 50 tonnes de fret transportés… Ces quelques chiffres parlent d’eux-mêmes pour illustrer l’utilité d’ECHO Flight, le service aérien humanitaire de la Commission.

Depuis sa mise en place en 1994, ECHO Flight est effectivement devenu un appui essentiel pour la plupart des partenaires humanitaires qui opèrent dans la Corne de l’Afrique et dans la région des Grands Lacs. ECHO Flight y assure le transport de personnel et de fournitures humanitaires dans de nombreuses zones isolées qui seraient sinon coupées du reste du monde. La flotte est composée de trois avions : deux DASH 8 et un petit monomoteur Cessna Caravan flambant neuf. Ses pilotes, très expérimentés, sont en mesure de voler et d’atterrir dans les conditions les plus difficiles sur des pistes de terres improbables parfois longues de seulement 600 mètres.

Le recours aux services d’ECHO Flight accroît la qualité des opérations humanitaires, rendant possible d’opérer plus fréquemment des visites de suivi sur le terrain. Un transport de fret régulier permet aussi aux ONG humanitaires de réduire leurs stocks sur les sites face au risque de confiscation ou de pillage par des factions armées ou des milices locales.

Un service régulier pour une offre flexible

Le service couvre actuellement surtout la République démocratique du Congo et le nord du Kenya, mais est en mesure d’adapter ses plans de vols aux urgences humanitaires. Comme l’explique Guy Van Eeckhoudt, son coordinateur: «A côté des routes de vols réguliers qui sont fixes, nous ajustons notre offre de vols quasiment en temps réel aux besoins humanitaires du terrain. Par exemple, les violences interethniques dans la province de l’Equateur, dans l’ouest du Congo, surgies à la fin 2009, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes  auxquels nous apportons une assistance humanitaire. ECHO flight y a été mis à contribution pour soutenir les actions humanitaires.»

Dans le Haut-Uélé, dans le Nord-Est du Congo, à proximité du Soudan, l’ONG Medair encadre onze centres de santé grâce à un financement de la Commission européenne. Auparavant, par la route, il fallait au minimum une semaine pour effectuer seulement 200 km afin d’acheminer les médicaments et le matériel médical à partir de la ville d’Isiro. Maintenant, grâce à ECHO Flight, il suffit d’un vol de 20 minutes tous les deux mois pour approvisionner l’ONG avec les 3 tonnes de matériel dont elle a besoin. «Avant nous étions confrontés à des pertes de produits allant jusqu’à 10% du total transporté par camion et à des ruptures de stocks dans nos centres de santé», indique Gilbert Mudubangé, logisticien chez Medair. «A présent, nous sommes en mesure d’assurer la continuité du service envers les populations de la région.» 

La différence entre la vie et la mort 

Unanimement salué pour la qualité de son service, ECHO Flight se révèle aussi vital dans nombre de situations. Ses yeux, pensifs, scrutent l’horizon alors qu’un léger sourire en coin se dessine sur son visage. Le commandant Ronald Hodge se souvient: «Il y a peu nous avons été appelés pour une évacuation médicale d’urgence pour transporter un homme  vers l’hôpital. Sans ce vol, cette personne n’aurait pas survécue. Quelques semaines plus tard, ce Monsieur est venu nous rencontrer pour nous remercier. Ce jour là, l’intervention d’ECHO Flight a ni plus ni moins fait la différence entre la vie et la mort.»

Raphaël Brigandi

 

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