La diplomatie congolaise en quête de respectabilité

On ne dira jamais assez ! La diplomatie congolaise ne cesse d’inquiéter et d’apparaitre comme un canard boiteux, surtout par ces temps où le pays est victime d’une agression avérée perpétrée par un Etat voisin qui ne se gêne pas le moins du monde à violer toutes les conventions internationales, particulièrement la Charte de l’ONU et celle de l’Union Africaine et surtout les règles élémentaires de bon voisinage. 
Car il est étonnant et révoltant de constater que la diplomatie congolaise ne parvient toujours pas à obtenir ne fût-ce qu’un carton jaune à administrer au Rwanda alors qu’elle dispose des éléments de preuves accablantes de l’implication de ce pays dans la déstabilisation de la paix au Kivu lui fournies gracieusement par des institutions internationales neutres. Notamment la MONUSCO, l’ONU et des organisations de renommée internationale de défense des droits de l’homme  de la trempe de « HUMAN RIGTH WATCH » sans oublier ses propres services de sécurité. C’est à l’issue de ce sommet des chefs d’Etat et des Gouvernement de l’Union Africaine tenue le weekend end dernier à Addis Abeba que la diplomatie congolaise a étalé ses limites et se faiblesses.
 
Des limites, parce que Kinshasa s’est abstenu d’appuyer sa plainte devant cette tribune et partout ailleurs, notamment à la SADC, au Conseil de Sécurité de l’ONU et à l’Union Africaine par un lobbying efficace et bien documenté. Au moment où les plénipotentiaires rwandais faisaient un véritable sit in à New York au Palais de Verre, siège de l’ONU, leurs homologues trainaient les pieds à Kinshasa. Limites, parce qu’au moment où les députés rwandais examinaient ce dossier de la guerre au cours des débats publics radiotélévisés, aussi curieux que cela puisse paraitre, Kinshasa avait décrété le huis clos, soit disant, au regard de la délicatesse de nos relations avec le voisin de l’Est. 
 
Faiblesses, parce que détenant des preuves accablantes de l’implication de Kigali dans la perturbation de la paix au Kivu, notamment le recrutement des militaires, leur entrainement et formation ainsi que la fourniture d’armes et munitions de guerre par des officiers supérieurs de l’armée régulière rwandaise, curieusement, la diplomatie congolaise n’a pas su évacuer le malaise lié au mixage du CNDP/M23 à l’armée régulière et qui fait qu’en dépit de la découverte de l’identité rwandaise de plusieurs soldats mixés, à l’image de Bosco Ntaganda et Sultani alias Makenga, la communauté internationale continue à considérer ceux-ci comme congolais parce qu’issus des rangs des FARDC !  
Faiblesses, parce que la diplomatie congolaise semble tétanisée et demeure sans voix lorsque Kigali traite le gouvernement congolais de menteur incapable d’apporter la moindre preuve de ses accusations. Pire, les autorités rwandaises se comportent avec condescendance et mépris en refusant de faire même profil bas face au fleuve de sang que leurs différents mouvements politico-militaires continuent à faire couler au Kivu. 
 
Dans ce pays, l’on a connu des vrais diplomates de la trempe de KABENGELE, MBOLONGINDA, BOKATA, Simon-Pierre TSHIMBALANGA, Joseph KABEMBA Katalayi, Gérard KAMANDA Wa Kamanda qui fut pendant longtemps secrétaire général adjoint de l’OUA.  Ces personnalités ont laissé leurs marques à Addis Abeba (cas de Kamanda et Kabengele) et ailleurs dans la monde. D’autres diplomates chevronnés poireautent dans les couloirs des Affaires étrangères alors qu’on devrait les envoyer au charbon pour défendre avec compétence et détermination le dossier congolais. On se rappelle que l’affaiblissement de la diplomatie congolaise a été amplifié à partir de 1997 à la faveur d’une mise en place fantaisiste. Maintenant que tout le monde se rend compte de la nécessité de disposer d’une diplomatie dynamique, il est temps de regarder les réalités en face et de faire appel à ce que nous avons  de meilleurs dans le domaine. 
A ce sujet, la constitution de la nouvelle Commission de l’Union Africaine offre au pays l’opportunité de corriger les erreurs du passé en évitant d’y déléguer des prêtes-noms et en choisissant, cette fois, des vrais patriotes, prêts à mourir pour la défense de la patrie.      
    
Vivement un dialogue inter rwandais  
  
Tout au début de la guerre dite de l’AFDL, le Rwanda claironnait sur tous les toits que c’était une affaire congolo-congolaise jusqu’au jour où les preuves de l’implication avérée de se troupes éclatèrent au grand jour. Kigali changeant de stratégie pour relancer son fond de commerce de la traque contre les FDLR. La même chanson fur entonnée pour justifier le déclenchement de la guerre du RCD qui occupa six provinces pendant cinq ans sans en finir avec ces FDLR. Alors que le pays était en pleine transition politique au sein de la quelle siégeait les hauts responsables du RCD, Kigali créa Le CNDP avec Laurent NKUNDA Batware qui occupa les territoires de Masisi et Rutshuru sans pour autant en finir avec ces FDLR. Kigali va alors  procéder au remplacement de cet homme par un certain Bosco NTAGANDA contre lequel la CPI venait de lancer un mandat d’arrêt international pour les crimes de guerre commis en Ituri. Au lieu de traquer les FDLR, cet homme va se livrer au trafic illicite des matières précieuses en refusant d’intégrer les FARDC.
 
C’est alors que furent déclenchées les opérations militaires conjointes rwando-congolaises pour régler définitivement cette affaire des FDLR. Des opérations négociées dans le plus grand secret, mais qui accouchèrent d’une souris car les FDLR devinrent plus violentes contre les populations congolaises civiles non armées. Et revoici le M23 qui, à l’instar de ses prédécesseurs, répète la même chanson pour justifier ses crimes. Combien des mouvements politico-militaires faudra-t-il créer pour éradiquer le phénomène des FDLR ? Combien des morts parmi les populations congolaises faudra-t-il enregistrer pour que Kigali soit convaincu que les FDLR n’existent plus ? Pourtant, il est prouvé que ces FDLR n’ont jamais dérangé la sécurité du Rwanda et les autorités de Kigali se répandent dans toutes les chancelleries pour vanter le fait que les forces armées rwandaises étant intervenues en RDC ont pu enrayer 95% de la capacité de nuisance des FDLR. 
 
De même, Kigali a créé un centre situé près de la localité de Mutobo dans la Préfecture de Ruhengeri chargé du programme de récupération, démobilisation et réintégration des éléments des FDLR ayant choisi de rentrer au pays. Un centre dirigé par le général Paul RWARAKABIJE de l’armée régulière du régime de Juvénal HABYARIMANA. Preuve que Kigali a déclenché le mécanisme de la réconciliation interne. Et qu’aucune solution militaire ne pourra éradiquer ce phénomène d’autant plus, les hauts responsables du génocide de 1994 sont identifiés et tous les pays du monde dont la RDC coopèrent à leur arrestation pour les déférer devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.
 
Pourquoi alors le régime du FPR reste-t-il attaché à la logique du vainqueur alors que ces FDLR n’ont jamais tiré un seul coup de feu vers le Rwanda ? Tout comme le Congo, pourtant victime d’une agression avérée perpétrée par le Rwanda, avait fini par souscrire à un dialogue politique inter congolais, la communauté internationale devrait exercer des pressions sur le FPR afin d’ouvrir un dialogue inter rwandais si l’on ne veut pas voir une guerre de cent ans dans les pays des Grands Lacs. Etant donné que des éléments des preuves accablantes viennent d’étaler à la face du monde que c’est Kigali qui instrumentalise les FDLR. Notamment par un trafic illicite des matières précieuses contre des armes et munitions de guerre. Bosco NTAGANDA a été pris la main dans le sac de ce trafic contre nature, preuve éclatante que ce trafic a commencé depuis longtemps sous couvert de traquer les FDLR. Si Kigali s’obstine à rejeter l’offre de l’organisation et la tenue d’un dialogue inter rwandais, c’est qu’il ne veut pas voir revenir les hutu dans leur pays d’origine. Kigali devrait se rappeler que les dirigeants du régime défunt de Juvénal HABYARIMANA refusaient aux réfugiés tutsi toute possibilité de rentrer dans leur pays et qu’excédés par la vie d’apatrides, ils ont créé le FPR avec toutes les conséquences que l’on connaît depuis avril 1994.
 
Mobilisation générale  contre l’agression
 
Il est révoltant de constater que dans certaines villes du pays, comme Uvira, Kindu, Goma, la société civile a lancé un appel pathétique à une mobilisation générale pour dénoncer cette énième agression. 
Il y a lieu d’amplifier  ce mouvement et d’organiser un débat national pour montrer à l’agresseur et à ses soutiens extérieurs que la cohésion nationale n’est pas un vain mot ni un vocabulaire nouveau dans le subconscient congolais.
 
  F.M.

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