La cybercriminalité frappe de nouveau à Kinshasa

nos atmsDepuis que la monétique, autrement appelée la monnaie électronique, a fait son entrée dans les habitudes des Congolais et dans les transactions commerciales, c’est la période d’apprentissage à grande échelle des cartes bancaires. Les particuliers, détenteurs de ces cartes qui ne maîtrisent pas encore son utilisation, recourent souvent aux éléments de sociétés de gardiennage et autres agents de banques commerciales, pour se faire assister devant les distributeurs automatiques. Ils dévoilent ainsi les codes PIN, ignorant qu’il suffit de connaître quelques données utiles sur leur identité pour que leurs comptes bancaires soient à la portée de premiers malfaiteurs venus. C’est au cours de cette même période qu’on a enregistré la recrudescence de vols de cartes bancaires. Pire, c’est dans le domaine de la monétique que se perfectionnent actuellement les fameux «  Shekula », ces contrefacteurs spécialisés dans la fabrication de faux chèques et autres documents bancaires, tels les ordres de paiement et les lettres de transfert.

Alors que ce nouveau système de paiement suscite un engouement particulier auprès des utilisateurs, compte tenu de nombreux avantages qu’il décèle, notamment la célérité dans les retraits des fonds devant les distributeurs automatiques, la facilité de transaction dans les supermarchés et autres grandes surfaces, la possibilité d’obtenir des paiements le soir et même les jours non ouvrables, les cybercriminels ont appris à percer le secret des codes PIN, à pénétrer dans les systèmes informatiques des réseaux bancaires pour donner des ordres pour le transfert des fonds d’un compte assez garni vers un autre considéré comme compte d’accueil. Et cela, avec bien sûr la complicité des agents de certains établissements de crédit acquis à leur cause.

Depuis le début de cette année fiscale, les milieux financiers congolais ont connu quelques perturbations dans certaines transactions commerciales. Certains comptes étaient totalement débités à l’insu de leurs titulaires, pendant que d’autres étaient miraculeusement crédités. Les enquêtes menées dans plusieurs banques de la place ont révélé que de faux documents bancaires étaient insidieusement introduits dans le système de paiement. Et c’est grâce à la collaboration avec les services du Bataillon de la police d’investigations criminelles du Camp Lufungula, que certains malfaiteurs ont été appréhendés, et des réseaux de contrefacteurs démantelés.

Pas plus tard que la semaine passée, quelques plaintes déposées auprès de cette unité spécialisée de la police provinciale mettaient en lumière quelques coups opérés par des réseaux de contrefacteurs. Il s’agissait de réseaux de cybercriminalité mieux rôdés dans les milieux bancaires où ils entretenaient quelques solides complicités. Ces groupes, à en croire une source policière, utilisaient de fausses cartes de crédit et c’était tout un mystère pour découvrir leur modus operandi. Ce que l’on sait est qu’à partir de fausses cartes bancaires, ils se présentaient dans les grandes surfaces et les sociétés de vente de mobiliers et d’équipements électroménagers, pour acquérir des biens. Soumises aux guichets de ces établissements de crédit, ces cartes se sont révélées fausses. Non seulement, les numéros de comptes bancaires et les identités des titulaires étaient faux. Montants des fonds soutirés ? Entre 15.000  et 75.000 dollars américains. Avec de telles cartes, les banques concernées ont refusé d’effectuer les paiements, invitant les sociétés commerciales à plus de vigilance. C’est dans ces circonstances que cette unité de la police est parvenue à mettre la main sur trois cybercriminels ouest-africains qui au cours de leurs premiers mois de séjour à Kinshasa, ont causé plus des dégâts dans les milieux économiques. Comme pièces à conviction, il a été trouvé sur eux, deux fausses cartes de crédit de deux banques étrangères, à savoir Capital One et ASDA, portant des numéros de comptes et des noms de titulaires, tous fictifs.

            Soumis à un interrogatoire serré, les trois suspects Olanipekin Wayid, sans domicile fixe, Nonso Franck, résidant sur 16 ème rue Limete, petit boulevard n° 10140, et Abele Christian, domicilié sur avenue Ikelemba n° 2, commune de Kasa-Vubu, se sont enfermés dans un système de dénégations qui donnent des vertiges aux enquêteurs. Pourtant, ils reconnaissent avoir utilisé ces cartes, en les proposant à certains magasins comme moyens de paiement. Quelques banques de la place qui avaient détecté d’autres transactions financières opérées sur base de fausses cartes bancaires, ont porté plainte contre ces malfrats. Aujourd’hui, les enquêteurs se disent déterminés à retrouver non seulement les autres membres du réseau et leurs complices, mais surtout l’usine clandestine où sont fabriquées les fausses cartes bancaires. Et depuis que cette affaire a été dévoilée, c’est l’inquiétude généralisée dans les milieux bancaires. Aujourd’hui, chaque banque veut étudier comment garder ce système de paiement, mais renforcer sa sécurisation, en déjouant les manœuvres de la contrefaçon et de la cybercriminalité.

Cette affaire de fausses cartes bancaires introduites dans les milieux financiers congolais, a donc sonné l’alerte.                                                                                                                                                       J.R.T.

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