La Colère des Catholiques

L’heure est grave. Le pays est touché dans ce qu’il a de plus sacré : l’intégrité de son territoire. Comme en 1997 et 1998, des troupes rwandaises camouflées sous le label du Cndp/M23 ont entrepris un vaste travail de déstabilisation de la République Démocratique du Congo. Mettant à profit une trêve observée par les Fardc pour permettre aux finalistes du secondaire de passer leurs épreuves d’Etat en toute sécurité, ils ont ouvert un feu abondant sur Bunangana, à la fois sur les éléments des Fardc et les civils, distribuant à ces derniers une mort injustifiée,  sans le moindre état d’âme. 
Pendant que la population trouvait refuge de l’autre côté de la frontière, en Ouganda, les troupes rwandaises ont cherché à prendre tout le monde de vitesse en ouvrant plusieurs fronts dans d’autres localités du Nord-Kivu, l’objectif étant non seulement  d’accréditer la thèse d’un conflit congolo-congolais, mais surtout, de fragiliser l’ensemble de notre système de défense dans cette partie du pays en vue de faciliter l’assaut final devant déboucher sur la sécession du Kivu suivie de la proclamation d’un nouvel Etat à la frontière du Rwanda.
C’est cette balkanisation que les évêques catholiques de la RD Congo ont dénoncé avec vigueur hier au cours d’un point de presse de la Cenco présidé par son Secrétaire général, l’abbé Sentedi . Dans leur déclaration, les évêques de la RDC dénoncent la culture de la haine et la soif du sang qui poussent  des milices et groupes armés étrangers à tuer, violer et piller, entraînant le déplacement forcé des populations congolaises et une occupation irrégulière de notre territoire.   
 
Les évêques qui ont bien saisi les véritables visées des agresseurs de la RDC, réaffirment que l’intégrité du territoire de la RDC n’est pas négociable et stigmatisent avec la dernière énergie le plan de balkanisation ourdi par les forces du mal.
Pour mettre en échec toute vélléité de balkanisation du pays, les évêques demandent l’implication ici et maintenant de la population congolaise dans son ensemble dans la lutte contre les envahisseurs. Ils les invitent ainsi les élus et tous les segments de la population à un sursaut patriotique pour ne pas être complices de ce plan machiavélique d’émiettement et d’occupation de notre territoire national. Ils leur demandent de dénoncer toutes les stratégies visant l’affaiblissement de l’unité nationale, l’exploitation anarchique et illégale de nos ressources naturelles ainsi que tout ce qui vise à dresser les groupes ethniques ou les provinces les unes contre les autres. Les ressources naturelles du Congo appartiennent au peuple congolais et doivent d’abord servir à son développement et au bien-être de sa population».
 
Les évêques ne s’arrêtent pas là, ils ont promis incessamment des actions à organiser sur tout le territoire national. «La CENCO appelle instamment tous les Congolais vivant en Rd Congo et ceux de la diaspora à se mobiliser pour faire échec à ce plan ennemi et destructeur. A cet effet, des actions seront menées concomitamment dans toutes les paroisses des diocèses de la Rd Congo et dans les aumôneries des Congolais à l’étranger pour exprimer notre refus catégorique de ce plan et implorer la grâce de la paix».
«Que cache l’Eglise derrière le concept de sursaut patriotique ? A cette question, le secrétaire général de la CENCO a indiqué que les grandes reformes commencent de l’intérieur, à partir de la population et de ses élus. Il faut sensibiliser pour qu’elle ne soit pas complice de ce qui se passe. En plus, les élus doivent mettre au premier plan la défense des intérêts du pays. C’est un appel à la prise de conscience». Espérons que le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, qui a avait décrété le huis clos à la plénière censée parler de cette affaire, entendra cet appel. 
 
«Dans un avenir proche, la population sera informée de ces actions, a dit l’abbé à une autre question. Prenez patience et vous le saurez. Les évêques étaient à Kinshasa et commencent à rentrer dans leurs diocèses. Les évêques ont besoin d’un petit délai pour bien ficeler les actions à entreprendre. Mais d’ici deux semaines, la population sera au courant des actions à mener». 
Il a ajouté qu’il y a « une certaine lassitude par rapport à la situation de l’Est. Comme on dit qu’aux grands maux, de grands remèdes, il faut alors de grandes actions au niveau de la population et des élus  pour trouver une solution définitive à cette situation ».
Pourquoi le communiqué n’a pas pointé du doigt le gouvernement ? A cette question, le secrétaire général de la CENCO a répondu que « la responsabilité du gouvernement est impliquée au plus haut point, car quand on rappelle que l’intégrité du territoire national n’est pas négociable, c’est le gouvernement qui est interpellé. Il ne faut pas qu’on mentionne le gouvernement pour qu’il soit impliqué à quelque chose ». 
Les différents messages de la CENCO peuvent être résumés par l’adage selon lequel « les chiens aboient et la caravane passe ». L’abbé Léonard Santedi n’est pas allé par quatre chemins pour répondre à cette préoccupation de la presse en affirmant que « ce chien va continuer à aboyer pour obliger les gens à sortir pour voir passer la caravane. Si le chien n’aboie pas, les gens ne verront pas la caravane passer ». 
En bon pasteur, il a invité la population congolaise à ne pas perdre l’espérance. « L’espérance ne déçoit pas, a-t-il dit. Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours par poindre. Continuons à espérer que ce jour adviendra ». 
 
 
Jean-René Bompolonga 

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