La BCC réagit au désordre dans le secteur de la micro finance au Sud-Kivu

 

De retour de leur mission dans la province du Sud-Kivu où des informations alarmantes faisaient état de la prolifération des établissements de crédit dont la gestion non transparente et hasardeuse laissée entre des mains inexpertes, hypothéquait les intérêts des milliers d’épargnants, les inspecteurs de la Direction de supervision des coopératives d’épargne et de crédit, des établissements de la microfinance, ainsi que des agences de transfert des fonds, ont dressé un rapport sulfureux qui a fait hérisser les cheveux sur la tête du gouverneur de la Banque centrale. 

 A en croire ce rapport, certains opérateurs financiers du Sud-Kivu se sont lancés dans l’aventure. Certains ont créé des coopératives d’épargne et de crédit avec des documents d’exploitation en bonne et due forme, d’aures avec de belles intentions pour contribuer à l’expansion de la bancarisation de l’économie dans les districts, dépourvus de titres, ont ouvert leur business, profitant de la naïveté de petits épargnants aujourd’hui, attirés par les nombreux avantages d’affiliation à une coopérative d’épargne. Parmi ces avantages, citons l’accès aux crédits, la sécurité des fonds, et l’épargne génératrice de taux d’intérêt.

A la suite de ce rapport, Jean-Claude Masangu a piqué une sainte colère justifiée, quand on sait que durant sa longue carrière aux rênes de l’Institut d’émission, il a affronté une nébuleuse d’établissements de crédits  aux contours flous qui s’étaient illustrés à une certaine époque, par l’octroi des crédits faramineux aux épargnants sur base de petites mises recyclées en une semaine. Ce qu’aucun établissement bancaire digne de ce nom, même jouissant d’une longue expérience, n’a pu réaliser jusqu’ici. Aussi dans le cadre de ses prérogatives relatives au contrôle des établissements de crédit opérant en RDC, à la lutte contre le blanchiment d’argent sale, au financement du terrorisme, le gouverneur de la Banque centrale devait exiger que toute la lumière soit faite sur ce foisonnement de petits établissements de crédit sans fortes assises financières, et gérées en majeure partie par les membres d’un même clan prompts à confondre les fonds de l’entreprise et le patrimoine familial. Pour d’autres, l’entreprise n’était plus qu’une affaire entre copains s’octroyant des crédits successifs, alors qu’ils n’étaient même pas des épargnants.

Au Sud-Kivu, grande a été la surprise des inspecteurs qui ont récolté toutes les données qui établissent qu’un laisser-aller indescriptible avait élu domicile dans ce secteur vital.

Au regard de graves irrégularités recensées pouvant mettre en danger ce secteur en plein essor, de l’étendue probable de nombreux dégâts susceptibles d’éroder la confiance des milliers d’épargnants et des risques éventuels de l’effondrement du système financier national pouvant ressusciter la thésaurisation, une panoplie des mesures d’assainissement ont été prises par l’autorité monétaire. Il s’agit du retrait de l’agrément des coopératives «  Coopec Tulime », «  Coopec Kamvivira », «  Coopec Elila », «  Coopec Union » et «  Coopec Nyalukemba », de Bukavu, et la Coopérative d’épargne et de crédit d’Uvira « Coopec Uvira », toutes de la province du Sud-Kivu. Et la liste n’est pas exhaustive, avons-nous appris dans les couloirs de la haute direction de la BCC.

Des motivations profondes peuvent aujourd’hui justifier ce coup de bâton de Jean-Claude Masangu dans la fourmilière qui, laisse-t-on entendre dans les milieux de l’Institut d’émission, a un double effet. Pour l’effet répressif, l’autorité monétaire tient à lutter contre la résurgence des phénomènes de thésaurisation à grande échelle qui ont vu des milliers de gens vider leurs comptes bancaires pour pouvoir garder des fonds importants dans leurs maisons. Mais aussi la Banque centrale veut éradiquer le phénomène de ces opérateurs financiers en quête de bénéfices plantureux et dont on ignore quand ils pourraient disparaître du territoire national avec des fonds des épargnants pour des exils dorés dans des paradis fiscaux d’outre-mer. Et cela sans disposer de sérieuses garanties financières et d’hypothèques pouvant permettre leur liquidation, afin de désintéresser les épargnants désabusés. Pour l’effet préventif, ces mesures sont dissuasives, parce qu’elles vont décourager ceux des hommes d’affaires tentés par ce genre de business.

Si on se rappelle les tristes épisodes des phénomènes Bindo et  consorts, on ne peut qu’avoir froid au dos en revoyant certains affairistes exhumer ces maisons de placement susceptibles d’ébranler les fondements aussi bien du Système national de paiement, que de la bancarisation de l’économie congolaise.

Dans les milieux financiers de la province du Sud-Kivu, on salue la décision de l’autorité monétaire d’assainir le secteur des coopératives où s’étaient réfugiés des opérateurs financiers de tous les acabits. Car, comme l’a stigmatisé un économiste, il ne fallait pas attendre l’incendie de la case, pour chercher à lutter contre les flammes et sauver les occupants.

Jrt

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