La Banque Mondiale propose des poches d’excellence à la RD Congo

 

Faute d’avoir publié les autres contrats miniers, après les 134 qui sont sur les sites des ministères des Finances et des Mines, le gouvernement congolais encore en programme avec les Institutions de Bretton Woods, a poussé ces partenaires à devenir plus exigeants et plus regardants sur sa gouvernance. Premier à réagir, le FMI a annoncé sa décision de suspendre en ce mois de décembre, les trois décaissements prévus dans le cadre de la Facilité élargie de crédit pour la réduction de la pauvreté.

 Cette « sanction » intervient surtout parce que l’exécutif congolais n’a pas fait montre de plus de transparence dans la gestion des contrats miniers. Pourtant, il est inconcevable qu’un pays qui a autant des ressources minières comme le nôtre, ne parvienne pas à faire toute la lumière sur ses contrats miniers, de manière à ce que toutes les recettes soient versées au Trésor public. Et que les retombées puissent profiter à toute la population. Il est donc inimaginable que notre pays puisse entretenir un taux de pauvreté le plus élevé, alors qu’avec une gestion rationnelle de toutes nos ressources naturelles, on peut faire de la RDC, dans 10 voire 15 ans, comme l’a fait remarquer le directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC et le Congo-Brazzaville, le moteur du développement de l’Afrique centrale.

            Eustache Ouayoro l’a relevé au cours d’un échange qu’il a animé vendredi dernier, dans l’après-midi, au siège de son institution, avec Albert Zeufack, le directeur sectoriel macro-économie, gouvernance et lutte contre la pauvreté pour le deux Congo, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie, encadré de ses principaux collaborateurs du bureau de la RDC.

Le premier préalable à la bonne gouvernance, a reconnu Albert Zeufack, est d’abord la transparence. Car, pour lui, tout gouvernement qui veut réussir son programme de développement, doit placer la transparence au cœur de ses préoccupations. Il en a profité pour livrer la recette qui caractérise le développement aussi bien des pays européens que de l’Asie du sud-est où il a effectué plusieurs missions et mené plusieurs études. Cette recette qui réussit partout, comprend 7 facteurs. La stabilité politique et l’absence de violences, l’efficacité de l’Etat, la qualité de la réglementation, l’Etat de droit, le contrôle de la corruption, la liberté d’expression et la responsabilisation de la population.

            Quand on veut résoudre les problèmes de développement d’un pays, croit-il savoir, il faut poser avant tout de vraies questions et formuler des projets de demande de bonne gouvernance. L’expérience de la Malaisie peut à son avis, servir de modèle de développement qu’il faudrait adapter aux réalités socio-économiques de chaque pays.

            Le directeur des opérations de la Banque mondiale est revenu sur cette question de développement, en insistant sur le pilier central qu’est la volonté politique de tout changer. En effet, a-t-il fait remarquer, les gouvernants doivent montrer qu’ils sont déterminés à faire changer les choses. Sans leur impulsion, les choses pourront rester en l’état et tirer en longueur. Il faudrait également que toute la population se sente concernée et soit totalement impliquée. A la question d’un journaliste qui rapportait une rumeur assez répandue au niveau de la population qui croit  qu’à chaque financement, les dirigeants congolais retournent quelque chose à la Banque mondiale. Eustache Ouayoro a tranché net que son institution accompagne la RDC, dans ses efforts pour son développement. Au regard des besoins de la RDC qui sont immenses, les financements de la Banque mondiale sont insuffisants. Il n’est donc pas possible d’envisager cette rétrocession. Comment pourrait-on la justifier, car tout doit être transparent ? D’ailleurs, si l’utilisation rationnelle des financements alloués à un pays n’est pas justifiée, la Banque mondiale dans ses procédures exige un remboursement de la part du gouvernement. C’est cette éthique qui est respectée dans les rapports entre la Banque mondiale et ses partenaires au développement.

Revenant sur les contrats miniers, Albert Zeufack soutient que la transparence doit se refléter à tous les segments de la chaîne des valeurs. Cette chaîne des valeurs commence quand débutent les négociations. Et à son avis, ce sont les compagnies minières qui ont une expérience assez longue dans ce domaine plus que les pays. Aussi, il faut s’assurer, a-t-il fait remarquer, qu’au niveau des négociations, il y ait de la transparence. Et cela exige nécessairement de bons négociateurs. Après la période d’exploration, vient celle de la formation des cadres locaux appelés à prendre la relève plus tard. Il faut investir dans le capital humain ( santé et éducation) si l’on veut maîtriser la technologie et la gestion du secteur, a relevé le directeur sectoriel macro-économie, gouvernance et lutte contre la corruption.

            L’autre segment de la chaîne des valeurs, a indiqué Albert Zeufack, est la passation des marchés. Pour cet économiste de la Banque mondiale, c’est ici où il faudrait déployer beaucoup d’efforts pour la transparence. La réussite du développement d’un pays, a martelé l’économiste de la Banque mondiale, passe par la diversification de l’économie. Pour la RDC, il y a plusieurs secteurs porteurs de croissance dont les mines, le pétrole, l’agriculture…

            Le directeur des opérations de la BM est pour sa part, convaincu que notre pays peut décoller en peu de temps. Pour ce faire, il faut une forte dose de volonté politique, et l’impulsion nécessaire pour faire avancer la locomotive. Il a évoqué l’entretien qu’il a eu avec le ministre des Affaires foncières et insisté sur le fait de mettre un terme à la délivrance de plusieurs titres de propriété. Il faut plus lutter contre la corruption qui gangrène l’administration foncière pour rassurer les investisseurs. A ce sujet, il a proposé la recette des «poches d’excellence» où la bonne gouvernance assortie du renforcement du système de contrôle, deviendrait le facteur de réussite. Cette recette mériterait d’être appliquée dans tous les secteurs. A la RVA, on a lancé un audit de l’IDF Go Pass. La Banque mondiale va accompagner la SNCC, la SNEL, la Regideso et autres entreprises. Au Beach Ngobila, le changement est déjà là, a-t-il fait remarquer, avant de conclure qu’il faut y croire pour voir le changement s’opérer.  

            Concernant la suspension des financements du FMI, Eustache Ouayoro recommande au gouvernement congolais de poursuivre le dialogue avec cette institution. Le contact doit se maintenir et il a invité les uns et les autres à travailler ensemble.  Il revient à la RDC de faire montre de plus de transparence dans la gestion des contrats miniers pour accélérer les choses, et renouer le dialogue avec le FMI. De ce dialogue et des accords à conclure, on peut espérer que le prochain programme économique du gouvernement ( PEG III) pourra être soutenu par les partenaires au développement.

Jrt

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