«Kuluna» : faut-il des Etats généraux?


Enfants nés et grandis dans les escaliers des immeubles résidentiels, squattant les magasins et autres bâtiments inachevés, et ne vivant que de l’aumône ou des restes alimentaires ramassés dans les dépotoirs, les Kuluna du centre-ville sont devenus un phénomène de société et un facteur d’insécurité dans la ville de Kinshasa. Au départ, en nombre réduit, leurs effectifs ont gonflé au fil du temps, avec les enfants-sorciers rejetés par leurs familles et autres petits vagabonds en rupture familiale. Un univers s’est créé avec ses principes et ses lois, ses mœurs et ses traditions.

    Sans domicile fixe, ni adresse particulière, ces Kuluna dorment à même le sol, sur des cartons, sans couverture, ni moustiquaire imprégné. Bravant chaleur et froid de toutes les saisons. Une vraie vie d’ascète !
    Dans le cadre de la lutte pour la survie, ne survivent que ceux qui basculent dans la délinquance. Une petite enquête du Phare relève que les garçons multiplient volontiers de petits métiers, tels que surveillance ou nettoyage des véhicules, vente de petits articles de traite ou porteurs de paniers et autres cartons et sacs de produits alimentaires. Sinon, des larcins constituent leur activité principale, avant de plonger dans la grande criminalité.

    Dès l’âge de 9 ans, loin d’une éducation parentale normale et d’un encadrement particulier, les fillettes n’ont que leur charme à proposer au premier venu. C’est scandaleux, mais ce monde n’est pas prêt à se moraliser. Car, dit-on, en dessous du minimum vital, il n’y a point de vertus. La débauche, ce fléau qui ravage la jeunesse et la dépouille de toute sa substance et de ses vertus, nourrit quelques-unes, reconstitue l’espèce tout en éliminant celles contaminées par le syndrome immuno-déficitaire acquis pour quelques poignées de Francs congolais.
    Des organisations non gouvernementales affichant volontarisme et enthousiasme, s’y sont essayées à maintes reprises, sans beaucoup de succès. Après l’effet d’annonce avec grand battage médiatique, quelques initiatives se sont étiolées, faute de financement extérieur, les bailleurs étant trop regardants sur les efforts personnels de ces ONG et rigoureux sur les résultats palpables. La stratégie de beaux rapports ne marche plus.

    Aujourd’hui, on exige que ces structures associatives soient solidement implantées, avec des actions à impact visible sur le terrain et qui ne recourent qu’à l’aide extérieure pour développer leurs activités et accroître leur présence dans d’autres coins de la ville ou du pays.  
     La carence des moyens financiers a renvoyé bon nombre d’entre elles aux études, si elles n’ont pas carrément fermé boutiqué et renvoyé le personnel au chômage.
    Après une série des plaintes sur des cas d’extorsion, la police provinciale a organisé plusieurs opérations de ratissage au centre-ville. Dans le souci d’effacer l’image hideu des marginaux fumant du chanvre au vu et su de tout le monde, elle a procédé au ramassage de ces marginaux dont un bon nombre a été confié à certaines ONG qui ont été débordées. La restauration et la formation n’ayant pas suivi, beaucoup ont regagné leurs anciens gîtes.

    Examiné à plusieurs reprises au niveau du Conseil des ministres, le dossier des Kuluna est demeuré en l’état. Quelques amorces de solution et le phénomène est resté intact.
Les principaux problèmes ont toujours été la carence d’infrastructures d’accueil et celle des moyens financiers. Il est vrai que l’option de recourir à une action répressive appuyée par le ministère de la Justice a dissuadé une infime partie. La plupart trouvait dans cette solution gouvernementale, une occasion pour fuir la misère de Kinshasa et une prise en charge de l’Etat.
Curieusement, les causes ayant prévalu à la prolifération du phénomène Shegué n’ont pas toujours trouvé un début de solution. Foyers disloqués, enfants abandonnés et non scolarisés, parents décédés ou dépourvus des moyens de subsistance, les réalités sociales sont demeurées inchangées.
    Plusieurs voix se sont élevées pour demander que les pouvoirs publics puissent prendre leurs responsabilités, d’autres invitent les parents à exercer leur rôle de premiers éducateurs et les enseignants et les pasteurs, celui des encadreurs de référence.

Faut-il organiser les états généraux des Shegués et des Kuluna ? Le projet tente la plupart d’entre nous. Car, sans proposer une alternative de récupération de ces marginaux dans la société, ils demeureront en marge de la société avec ce que cela entraine des frustrations et de violences.
    Rappelons-nous qu’en son temps, le ministère de la Jeunesse et des Sports avait organisé les états généraux de la jeunesse et le ministère des Affaires sociales, une série des réunions et mis en place plusieurs commissions pour débattre de la question épineuse des enfants de la rue. Alors qu’est-ce qui n’a pas été fait ou dit dans ce pays ? L’interrogation mérite d’être posée, surtout au cours de cette période où les plaintes contre les violences et autres extorsions perpétrées par ces marginaux, non seulement inquiètent, mais révoltent les bonnes consciences. Il faut donc des solutions, afin de dépasser le temps des jérémiades et des lamentations. La population attend des remèdes à un fléau rebelle, mieux à un virus très résistant qu’est la délinquance juvénile et ses corollaires.
    C’est le lieu de puiser dans d’autres pays, aussi bien africains que sud-américains, les différentes expériences menées par ces gouvernements.        

            J.R.T.

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