Kinshasa, plaque tournante du financement du terrorisme au Moyen-Orient ?

Les accusations portées contre Congo Futur se retournent contre leurs auteurs
La nouvelle a fait l’effet d’une bombe à Kinshasa. Livrée par un confrère de l’avenue du Bas-Congo, elle a aussitôt secoué les milieux tant financiers, politiques que bancaires du pays. La RDCongo serait devenue l’une des plaques tournantes du financement du terrorisme au Moyen-Orient. L’accusation, selon la dépêche ayant servi de source au confrère, serait partie de la capitale américaine où le département d’Etat se serait ému devant une situation susceptible d’entretenir l’instabilité en Afrique et de plonger le cœur du continent dans le chaos.
A Kinshasa, ou plutôt à Washington selon la dépêche transmise aux médias, un doigt accusateur est allé en direction de la société Congo Futur dont on connaît l’activité débordante dans divers secteurs. Présente dans le domaine des surgelés, elle embrasse aujourd’hui des pans entiers du domaine alimentaire et inspire le respect dans le secteur du bâtiment. Malgré les succès qu’il engrange, ce nouveau géant de l’économie congolaise susciterait subitement des doutes au sujet de ses véritables objectifs.

 

 Gravissime, l’accusation l’est dans la mesure où elle a pour effet de mettre les politiques congolais en situation d’extrême délicatesse. Au nom du principe de « qui se ressemblent s’assemblent », on pouvait déjà tirer de rapides conclusions sur la nature de ceux qui nous dirigent car pour ouvrir des plages d’activités à une entreprise finançant le terrorisme international, il faut soi-même avoir les pieds ancrés sur le même terrain.
 Malaise sur le plan politique, mais aussi sur le terrain financier où les banques congolaises dont la plupart entretiennent des relations suivies avec la compagnie Congo Futur risquaient toutes de se retrouver dans l’œil du cyclone. Désignées aussi du doigt, elles couraient toutes le danger d’être bannies sur le plan international avant d’être contraintes, au plan national, de mettre rapidement la clé sous  la porte, privant du coup des dizaines de milliers de Congolais d’un emploi rémunérateur. Juste au moment où le Gouvernement et ses principaux animateurs doivent apprêter, en vue de 2011,  leur bilan en matière de lutte contre le chômage, un chantier qui fait débat.
 On en était à s’interroger sur les dangers que l’affaire révélée par le confrère représentait pour le pays et son économie lorsque des données supplémentaires sont tombées sur la table, éclairant d’un jour nouveau un dossier à tous points de vue sulfureux. L’affaire n’a pas éclaté à Washington. C’est à Kinshasa même que des malins ont utilisé la magie du net pour inonder les boîtes e-mails des médias à travers le monde, en prenant soin de donner à leur manipulation tous les contours de sérieux parce qu’apparemment lancée à partir du Département d’Etat américain dont chacun connaît les préoccupations majeures en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
 L’auteur de la manœuvre ne serait autre qu’une entreprise congolaise, concurrente à une certaine époque de Congo Futur dans le secteur alimentaire mais qui n’a pas su résister aux bourrasques qui ont mis à mal le secteur économique et financier dans le monde. Disparu du terrain comme on dit, elle mènerait une action de désespoir pour mettre de nouveau la tête hors de l’eau et tenter ainsi de récupérer ses parts du marché, même  au prix d’un tsunami politico-financier qui embraserait l’ensemble de la RD Congo.
 Machiavel dans sa grande méchanceté n’aurait probablement pas trouvé mieux mais force est d’avouer que la stratégie ici utilisée pèche par un amateurisme évident. Car en prenant à témoin les Américains et en les présentant comme les auteurs d’une cabale mal ficelée, les auteurs de la manipulation devaient savoir qu’ils s’adressaient à des personnes qui connaissent bien la musique et qui n’allaient donc pas manquer de procéder aux vérifications que la gravité des faits imputés imposait. C’est ce qui est pourtant arrivé et c’est ainsi que le pot aux roses a pu être découvert.
 La première leçon à retenir est qu’il y a encore dans ce pays des gens prêts aux compromissions les plus viles pour atteindre des objectifs inavouables. La seconde est d’ordre politique : il s’agit d’une tentative de mise en cause de tous les mécanismes mis en chantier par le gouvernement, la Banque centrale du Congo et la Cenaref pour sécuriser l’espace financier congolais face aux assauts de l’argent sale. La troisième est d’ordre moral : les tricheurs ne gagnent pas à tous les coups. Et dans le cas qui nous concerne ici, on devrait même conclure : « tel est pris qui croyait prendre ». Dont acte.

   LP

 

 

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