Kinshasa – Monusco : avertissements croisés

cmdt-monusco copyC’est une attaque en règle, menée à la fois par le ministre de l’Intérieur et son collègue de la Communication et des Médias.

Richard Muyej Mangeze qui avait reçu en primeur le rapport du Bureau des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en RDC en vue de formuler ses observations ne décolère pas. Pour lui, ce rapport n’aurait pas dû sortir en l’état même si ses auteurs ont pris soin d’y insérer ses observations. C’est une faute lourde qui justifie la demande de rappel du directeur Scott Campbell.

Mende Omalanga va plus loin parce qu’il considère le Bureau de l’Onu pour les droits de l’homme en RDC comme une sorte de dépendance de l’Opposition républicaine. Pour lui, le contenu du Rapport repose sur des faits délictueux ou criminels anonymes, imputés « par présomption » aux  forces congolaises de défense et de sécurité.

La charge est portée avec beaucoup de vigueur. Elle attaque le Rapport sur le terrain de l’intégrité parce qu’elle considère que le Rapport contient  «des contre-vérités, de la désinformation et des extrapolations tendancieuses au mépris de la rigueur et de l’objectivité ».

Face à cette attaque à l’arme lourde, on pouvait croire l’Onu groggy. Pas du tout. C’est le Représentant Spécial du Secrétaire Général Ban ki-moon lui-même, M. Köbler, qui est sorti du bois. Et il n’a pas du tout usé de la langue de bois.

Ainsi, si l’intention des gouvernants congolais était de rappeler les différents plénipotentiaires à l’ordre et de leur faire comprendre la nécessité de respecter leur obligation de réserve,  c’est  manifestement raté. Car en sortant du bois, M.Köbler a choisi d’utiliser à son tour une arme plus lourde. Il agit « sous un mandat délivré par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, martèle-t-il, sur un ton qui n’admet aucune réplique».  Traduisez : le droit international est au-dessus du droit interne. Comprenne qui pourra.

Le gouvernement ayant attaqué l’intégrité du Rapport, le patron de la Monusco réplique en le confirmant et en l’endossant dans toutes ses articulations. Pour Köbler, le contenu du Rapport est véridique, ce qui ne va pas manquer de susciter de nouvelles réactions.

La querelle qui oppose le gouvernement congolais à la Monusco est symptomatique du climat de suspicion que suscitent certaines initiatives onusiennes. On se souvient que les rencontres initiées il y a quelque temps  par M.Köbler pour apaiser le climat politique dans le pays ont été mal perçues par le pouvoir et ce, quand bien même elles trouvaient leur fondement dans certaines résolutions du Conseil de Sécurité.

         Dans le dossier sous examen, Kinshasa se trouve devant une difficulté majeure :  jusqu’où peut-il aller dans un éventuel bras de fer ?  De quels arguments dispose-t-il face à une organisation qui jouit d’une liberté d’action sur notre territoire, pour autant que celle-ci s’inscrive dans le cadre du mandat lui conféré par le Conseil de Sécurité ?

Avertissements croisés

         Kinshasa a lancé un avertissement. L’Onu lui répond par un avertissement. Deux cartons jaunes croisés qui donnent à penser qu’on se dirige vers un dialogue de sourds, toujours inutile, et toujours nuisible. Dans quel intérêt, même si c’est au nom de l’amour- propre, devons-nous nous éloigner de l’essentiel?

         Comme souligné dans notre édition dominicale, les problèmes qui se posent sur le terrain, particulièrement à l’Est et au Sud du pays sont trop importants pour que le pays se permette la moindre distraction. Les efforts à mener doivent tendre vers l’accomplissement de la mission de stabilisation du pays et de la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble de la République Démocratique du Congo. Regardons tous vers cette direction et faisons en sorte que les différents groupes armés nationaux ou étrangers qui justifient la présence onusienne soient définitivement éradiqués.  C’est quand cet objectif sera atteint et d’autres qui touchent à la réorganisation des services de sécurité et de l’armée que  nous pourrons nous féliciter du devoir accompli et signer un nouveau départ pour la République, débarrassée non seulement des groupes armés mais aussi de la grande armée onusienne.

LP.

Leave a Reply