Kinshasa-M23 : les négociations en panne à Kampala

munyonyo kampalaDeux points seraient à la base de la suspension des travaux aux négociations de Kampala entre le gouvernement de Kinshasa et le M23. Selon des sources dignes de foi, il s’agit de la question de l’amnistie et celle relative à la cession d’une portion du territoire congolais à cette force dite négative pour y exercer son autonomie administrative et politique.

Le Ministre Rd congolais des Affaires étrangères, M. Raymond TSHIIBANDA Tunga Mulongo, n’a pas été tendre dans ses déclarations d’avant-hier : « Nous espérions arriver à une issue qui aurait certainement apporté la joie et l’espoir d’un avenir meilleur sur les collines du Kivu. Je dois malheureusement dire que nous n’avons pas trouvé en face de nous des interlocuteurs ainsi déterminés, nous devons constater qu’il y a encore du travail à faire. Nous restons en tant que délégation du gouvernement prêt à poursuivre cet effort car nous considérons que la quête de la paix doit être un effort permanent, un effort soutenu. Comme nous l’avions dit tout au début, nous ne sommes pas venus ici et nous ne viendrons pas ici pour un accord à tout prix. L’accord que nous recherchons doit être un accord qui conduit à une paix durable ».

A la tête d’une forte délégation des experts des forces armées et des services de sécurité, dès son arrivée à Kampala le mercredi de la semaine dernière, Raymond TSHIBANDA a eu de longues séances de travail avec Mme Mary ROBINSON, envoyée spéciale des Nations Unies dans les Grands Lacs. Cette dernière, on le sait, déploie tous ses efforts pour contraindre les deux parties à un accord politique.

Double langage

Il se remarque curieusement que cette grande dame se perd souvent dans des contradictions. Tantôt, elle utilise un langage de fermeté à l’endroit du M23 considéré dans l’Accord-Cadre d’Addis Abeba comme une force négative à éradiquer, à l’instar d’autres groupes armés irréguliers opérant dans l’Est de la République, tels les FDLR, l’APD-NALU et les multiples MAI MAI aux qualificatifs épiques et virevoltants. Tantôt, elle déclare tout haut qu’il faut absolument trouver un compromis politique global avec les rebelles du M23. Et la question lancinante : peut-on alors continuer à négocier avec de criminels en vue d’aboutir à un accord politique qui les intéresse et les exonère ainsi de toute poursuite des juridictions nationales et internationales dès lors que certains d’entre eux se trouvent sous mandats d’arrêt internationaux ?

Le sacre de l’impunité

L’acharnement des parrains de ce mouvement rebelle à parvenir à une amnistie de leurs poulains ne se justifie pas autrement que par la peur bleue de se voir eux-mêmes rattrapés en qualité de complices et co-auteurs des crimes de guerre et contre l’humanité. Et si Kinshasa en arrivait à céder sur cette question, il aura alors consacré le règne et le triomphe de l’impunité et de la prime à la guerre. Qu’est- ce qui empêchera alors les autres mouvements armés irréguliers de réclamer la même récompense ? On aura aussi difficile à déclencher des poursuites judiciaires contre les responsables politiques et militaires des deux Etats voisins, notamment le Rwanda et l’Ouganda, fortement impliqués dans cette tragédie qui sévit en RDC depuis 1996 sous des prétextes fallacieux et mensongers.

L’autre piège à auquel recourent régulièrement les deux Etats voisins de l’Est concernent l’autonomie du territoire de Rutshuru que l’on accorderait au M23. Une manière subtile de préparer la balkanisation du pays dès lors que d’autres groupes armés irréguliers financés et soutenus par Kigali et Kampala sauteraient sur cette aubaine pour obtenir à leur tour des territoires à administrer. Autant dire que les parrains de Kigali et de Kampala ne manquent pas d’imagination. Leur obstination à dépiécer la RDC constitue une fixation morbide et tous les moyens visibles et invisibles sont mis à profit pour parvenir à leurs fins.

 Quel est le nombre exact des éléments du M23 ? 

 Au-delà des accrochages divergents sur la question de l’amnistie et de l’autonomie administrative à accorder à cette force négative, il sied de signaler que le nombre exact des éléments du M23 demeure un véritable secret d’Etat. Ces éléments se réclament provenir du CNDP et se sont révoltés pour obtenir l’application de tous les accords conclus au mois de mars 2009 à Goma. On devrait connaître leur nombre exact s’il l’on ne veut pas se voir demain opposer cinq mille à ceux qui se cachent dans ces deux territoires en prévision d’une autre guerre pour continuer la stratégie de peuplement et d’exploitation des terres congolaises. Les experts militaires et des services de sécurité sont sensés détenir les identités de ces éléments qui seraient venus du CNDP pour ne pas être surpris par des faux chiffres.

 Vers un autre round des négociations

 Même si le chef de la délégation gouvernementale est rentré depuis hier à Kinshasa, des délégués de deux camps demeurent encore dans la capitale ougandaise. Il y aurait donc l’espoir de se revoir dans quelques jours, a indiqué René ABANDI, chef de la délégation du M23, appuyé par le facilitateur ougandais qui promet de convoquer une nouvelle séance de travail pour poursuivre le dialogue.                              F.M.  

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