Kinshasa-Kigali : ces mandats d’arrêt sans lendemain

DSC_7202_118131838Alors que l’on demeure toujours sans suite du mandat d’arrêt international lancé en 2009 contre le général Laurent Nkundabatware, ancien chef militaire du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) devenu M23 (Mouvement du 23 mars), et dont l’exécution dépendait de la bonne foi des autorités rwandaises, le gouvernement congolais vient de ficeler trois nouveaux mandats d’arrêt internationaux contre quatre présumés citoyens congolais en exil au Rwanda. La question de fond reste de savoir de quels moyens de pression disposerait Kinshasa pour amener Kigali à lui rendre les fugitifs.

Comment le gouvernement congolais va-t-il procéder pour réussir là où il avait lamentablement échoué en 2009 ? On ose croire qu’il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce, auquel cas la crédibilité de ceux qui gouvernent la République risque d’être sérieusement entamée.

On rappelle qu’en 2009 comme présentement, la RDC avait invoqué l’existence d’un accord de coopération judiciaire avec le Rwanda réclamer à cor et à cri l’extradition du général Laurent Nkunda vers son pays d’origine. Tout le monde connaît le résultat, à savoir le refus de Kigali de renvoyer l’incriminé en territoire congolais, sous prétexte qu’il serait Rwandais. Pourtant, tout au long de son séjour congolais (1998- 2009), d’abord comme officier prétendument congolais au sein de la rébellion du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) puis des Forces Armées de la République Démocratique du Congo jusqu’au rang de général et enfin comme patron de la rébellion du CNDP, Kigali n’avait jamais dénoncé Laurent Nkunda comme citoyen rwandais recherché par la justice de son pays.

            L’autre cas qui intrigue est celui du colonel Jules Mutebusi. Cet officier, co-auteur, avec le général Nkunda, d’une insurrection armée à Bukavu en juin 2004, n’a jamais été inquiété par la justice militaire congolaise. Etiqueté pourtant comme membre dissident de l’armée nationale, il réunit toutes les conditions d’éligibilité à un mandat d’arrêt international. Pourquoi le laisse-t-on tranquille dans son exil au Rwanda ?

Tout en saluant la volonté des autorités congolaises d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il y a lieu de déplorer une politique sélective dans la chasse aux seigneurs de guerre. S’agissant précisément des trois mandats d’arrêt internationaux fraîchement émis contre Jean-Marie Runiga et consorts, fichés comme membres d’une aile dissidente du M23 militairement « morte », l’opinion se souviendra que les intéressés faisaient partie du même bateau que le colonel Sultani Makenga et ses lieutenants, pendant une année.

            Ensemble, ils avaient massacré et fait massacrer, violé et fait violer, torturé et fait torpiller, pillé et fait piller,  recruté et enrôlé des enfants mineurs au sein du M23, en tant que responsables politiques et militaires. La logique aurait voulu que l’Auditeur Général des FARDC délivre non pas quatre mandats d’arrêt mais plutôt des dizaines contre tous les dignitaires du M23, présentement actifs ou inactifs, mais coupables des crimes de guerre et crimes contre l’humanité au Nord-Kivu, sous le label de ce mouvement rebelle.

            L’on devrait expliquer aux Congolais ce qui ferait la différence entre Runiga et Makenga devant la justice militaire congolaise. Faut-il croire que la participation du M23 aux négociations de Kampala, soutenue par les Nations Unies et avalisée par les autorités congolaises, aurait effacé les crimes politiques et économiques de ses dirigeants pro-Kinshasa au Nord-Kivu ? En attendant d’accuser le gouvernement rwandais de mauvaise foi, le dossier Makenga et consorts exige clarification.

KIMP

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