Kinshasa-Kigali : accusations croisées au Conseil de Sécurité

         En marge du réchauffement du front militaire dans la périphérie de la ville de Goma, le Conseil de Sécurité des Nations Unies vient d’enregistrer deux plaintes, dont les auteurs ne sont autres que les gouvernements de Kinshasa et de Kigali. Selon les autorités congolaises, le Rwanda soutient les rebelles du M23 en troupes comme en matériels, dans la nouvelle offensive qu’ils ont lancée depuis le week-end dernière contre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Autrement, c’est l’armée régulière qui se bat contre celle de la RDC au Nord-Kivu, sous couvert du M23. Kinshasa exige des sanctions contre le régime de Kigali, coupable d’avoir violé l’Accord-cadre d’Addis-Abeba dont il est signataire ainsi que la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité, plus précisément en leurs points interdisant tout soutien de quelque nature que ce soit aux forces négatives présentes à l’Est de la RDC.

         De son côté, le gouvernement rwandais accuse Kinshasa et la Brigade Internationale d’intervention des Nations Unies d’avoir bombardé deux villages rwandais mais aussi d’avoir intégré en leur sein les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda). Bien que Kinshasa, par le biais de son porte-parole ait démenti tout dérapage de la part des FARDC et que le commandement de la Brigade ait fait savoir que son rôle est d’être en contact avec les groupes armés nationaux et étrangers en vue mieux faire passer le message de la pacification de la sous-région des Grands Lacs, Kigali est demeuré sceptique.

         Les observateurs pensent que Kagame et ses lieutenants visent, à travers la plainte rwandaise au Conseil de Sécurité, à faire discréditer la Brigade Internationale d’Intervention et torpiller ainsi sa mission de traque des forces négatives dans la partie Est de la RDC, où elle semble résolument décidée à faire le ménage. L’autre objectif non avoué est d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les prétendues préparatifs, par les FDLR, des activités de déstabilisation du Rwanda, avec le concours des Casques bleus et des Fardc. La sensibilisation de la communauté internationale autour de la menace permanente que représentent, pour le peuple rwandais, les « génocidaires » Hutus présents en territoire congolais, constitue une réponse à la proposition du président tanzanien. Kitete, recommandant au régime de Kigali un dialogue avec son opposition. En tentant de faire accréditer la thèse de l’appui des FDLR par des Casques bleus de la Brigade d’intervention, Kigali veut faire croire au monde extérieur qu’il n’est pas possible de dialogue avec un groupe armé ayant un agenda de la reconquête du pouvoir par les armes.

         Face au lobbying rwandais, si la RDC tient à garder intactes ses chances de victoire sur le Rwanda au Conseil de Sécurité, elle devrait s’interdire le moindre acte de compromission avec cette force négative sur le front du Nord-Kivu.

                            Kimp

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