Kinshasa-Brazza : amère pilule du bon voisinage !

IMG_0643Présenté au départ comme un excès de zèle des policiers de Brazzaville, le feuilleton des expulsions massives des Congolais de Kinshasa de la capitale de l’autre rive du fleuve Congo, s’apparente de plus en plus à une chasse aveugle à nos compatriotes. Car, la contagion a touché aussi Pointe-Noire, sur la côte Atlantique. Cela fait en moyenne des vagues oscillant entre 1.500 et 3.000 expulsés par jour.

Appelé à répondre à la question d’actualité du député Patrick Muyaya, le mercredi 16 avril 2014, le vice-ministre des Affaires Etrangères, Célestin Tunda, avait cru avoir tout réglé par sa seule présence au pays de Sassou Nguesso, se permettant au passage de traiter Le Phare de « presse alarmiste ». Pendant que la situation de nos frères et sœurs était dramatique à Brazzaville et Pointe-Noire, ce membre du gouvernement voulait convaincre toute la Nation qu’il s’agissait d’un simple incident de parcours, que les autorités de deux pays allaient rapidement clore.

Mais, le samedi 25 avril au beach Ngobila, aux côtés du Premier ministre Matata Ponyo, du ministre de l’Intérieur Richard Muyez, du ministre des Transports et Voies de Communications  ainsi que du gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, il a pu se rendre compte de l’étendue de sa méprise et de l’échec retentissant de sa mission à Brazzaville.

Car, contrairement à l’optimisme affiché devant l’Assemblée Nationale quant aux promesses des autorités de Brazzaville de ne chasser que les ex-Zaïrois en séjour irrégulier et de respecter la Convention de Luanda, ainsi que les normes internationales en la matière, nos compatriotes continuent d’être humiliés et chassés de Brazzaville comme des chiens enragés. Depuis deux semaines, les bateaux de la SCTP (Société Commerciale des Transports et Ports) ou ex-Onatra, ramènent chaque jour, même les dimanches, des cargaisons de Congolais de Kinshasa, totalement démunis et victimes de mauvais traitements.

Le spectacle de refoulés malades, affamés, démonétisés et sans adresse connue à Kinshasa, errant dans le périmètre du beach de l’ex-Onatra ou dans l’enceinte du stade Cardinal Malula (ex-24 novembre), transformé en camp de transit, est insoutenable. Malgré leur prise en charge partielle, limitée à leur transport à bord des bus de « Transco » et à leur casernement dans ce temple du football, les refoulés sont sans perspective d’avenir. Ils ont certes échappé à la mort, mais leur futur immédiat se conjugue en termes de manque d’emploi, de logement, de soins de santé, de moyens de survie.

 Les défis d’un Congo nouveau

L’amère pilule du bon voisinage avec le Congo/Brazzaville est difficile à avaler par les Congolais de Kinshasa. Déclarés indésirables sur l’autre rive du Pool Malebo et à Pointe-Noire, et fatigués des assurances des autorités nationales du règlement du problème par voie diplomatique, nos compatriotes ne rêvent plus que des représailles. La grogne populaire est si forte à Kinshasa que des étudiants brazzavillois inscrits dans les universités et instituts supérieurs de Kin-la-Belle, craignant d’être molestés et dépouillés de leurs biens, ont anticipé le week-end dernier en sautant dans le premier bateau du retour à Brazzaville.

Mais, au-delà de l’animosité qui les attend à Brazzaville, Pointe-Noire, Luanda et un peu partout en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique, le débat est relancé au sujet de ce que les Congolais vont chercher en dehors du territoire national. Le Congo nouveau tant promis aux filles et fils de ce pays depuis 1960, au lendemain du départ des colons belges, reste un slogan creux.

Scandale géologique et agricole, le grand Congo peine à décoller économiquement et industriellement. La RDC, dont le sous-sol recèle quantités d’or, de diamant, de cuivre, de cobalt, de coltan, d’uranium et autres minerais… où se trouvent concentrés les trois quarts des forêts tropicales africaines… qui héberge l’un des grands barrages hydroélectriques du monde… où les terres arables peuvent nourrir l’Afrique entière…où le pétrole « dort » dans le plateau continental de l’Océan Atlantique et dans le lac Albert…est paradoxalement habitée par les populations les plus pauvres de la planète.

S’il y avait réellement une volonté politique de faire du grand Congo un Etat émergent, les Congolais de Kinshasa ne seraient pas autant préoccupés par la recherche du bonheur à l’étranger. Il y a quarante ou cinquante ans, nos compatriotes qui bénéficiaient des bourses d’études pour les universités ou académies militaires occidentales ne rêvaient que d’une chose : décrocher leurs diplômes et revenir servir la mère-patrie, en contrepartie d’une rémunération conséquente.

Aujourd’hui, c’est tout le monde qui est candidat à l’exil : étudiant, musicien, danseuse, pasteur, footballeur, basketteur ou basketteuse, athlète, officier militaire, officier de police, ingénieur mécanicien ou électricien ou en ponts et chaussées, architecte, agent de renseignement, diplomate, vendeuse de friperie, commerçant, journaliste, politicien, ministre, député, sénateur…Par conséquent, les chancelleries occidentales et africaines se méfient des dossiers des demandes de visas ayant pour auteurs des Congolais, car friands des voyages à l’étranger sans retour.

Que fuient les Congolais chez eux ? Réponse : la misère, le chômage, l’incertitude du lendemain, la dégradation continue des conditions de vie, la concentration des richesses nationales entre les mains d’un petit carré de jouisseurs…mais aussi le déficit de démocratie, la restriction des libertés individuelles, la justice à la tête du client, la corruption érigée en mode de gestion de l’Etat, etc.

Si la Gécamines (Générale des Carrières et des Mines), la Miba (Minière de Bakwanga, la Cinat (Cimenterie Nationale), la SCPT (ex-OCPT), la SNCC (Société des Chemins de Fer du Congo, la LMC (Lignes Maritimes Congolaises), les LAC (Lignes Aériennes Congolaises), la RVF (Régie des Voies Fluviales), la BCA (Banque de Crédit Agricole), la Sofide (Société Financière de Développement), la Sominki (Société Minière du Kivu), la Sidérurgie de Maluku, l’Office National du Café… pour ne citer que cet échantillon, n’étaient pas transformée en canards boiteux, il y aurait certainement moins de Congolais en divagation à travers le monde. Comment ne pas douter d’un pays où les sociétés privées et publiques font faillite en chaîne, sans crier gare, faute d’une politique rationnelle d’investissement ?

Les expulsions de Brazzaville et de Pointe-Noire devraient interpeller les gouvernants du Congo et les amener à mobiliser des ressources nécessaires à la relance effective des secteurs générateurs des richesses et des emplois : agriculture, pêche, élevage, télécommunications, mines, énergie, transport aérien, ferroviaire, routier, lacustre et fluvial. Le Congo est appelé à redevenir un Etat normal, où ses citoyens devraient vivre à l’abri du besoin, car le Créateur leur a tout donné.

Il est anormal que des Congolais meurent de faim alors que les poissons meurent de vieillesse dans les lacs Tanganyika, Edouard, Albert et Maindombe… que le riz moisit dans les greniers du Maniema, du Sankuru, de la Province Orientale, de l’Equateur et du Bas-Congo… que la viande et la pomme de terre pourrissent au Nord-Kivu et en Ituri… que le maïs et le manioc cherchent preneurs au Bas-Congo, au Bandundu, dans les deux Kasaï, à l’Equateur…qu’un légume comme le « nfumbwa » passe pour une herbe sauvage à l’Equateur et au Bandundu alors qu’il est recherché à Kinshasa… que le haricot surproduit à Goma se transforme en denrée de luxe à Kinshasa…Il est écœurant de voir le chinchard et les croupions de dinde envahir chaque jour l’assiette du Congolais, alors que consommer le poisson frais est un non-événement à Mbandaka et Inongo. C’est le lieu de capitaliser les leçons de Brazzaville et de Pointe Noire en bâtissant réellement un Congo plus beau qu’avant, avec des citoyens vaccinés contre la mendicité.

                                        Kimp

One Comment

  1. Votre article si bien écrit, traduit exactement le sentiment qu’aurait un fils de ce pays béni de Dieu et qui rêverait simplement d’y faire sa vie au lieu d’aller par monts et par vaux, là où il n’est pas désiré, car rejeté malgré son hospitalité légendaire!

    Que Dieu nous entende.

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