«Kin la poubelle»

On assiste depuis quelque temps aux travaux d’assainissement de la capitale, plus marqués par le curage des caniveaux et rivières urbaines, le balayage des rues, etc. Une initiative qui mérite aussi bien appréciation que soutien, parce que visant à remettre la ville dans sa robe d’antan par le maintien de la salubrité publique, gage d’une santé saine des habitants.

Cependant, tel que cela se passe, il n’y a aucune garantie pour obtenir des résultats satisfaisants. Car, dès que les agents commis à ces travaux d’assainissement tournent le dos, tout rentre vite à la case départ. C’est-à-dire la saleté enlevée est immédiatement remise là où l’on venait de curer. La population donne l’impression de ne pas être concernée par la propreté, même si sa santé en dépend ! Que des fois n’a-t-on pas vu des individus jeter des ordures au moment où des agents des services d’assainissement étaient en train de travailler ?

Des mesures en amont

Les analystes pensent que la bonne réussite de l’opération d’assainissement nécessite de s’attaquer d’abord aux causes. Autrement dit, il fallait commencer par arrêter un train des mesures pour contraindre les pollueurs de l’environnement de ne plus agir de la sorte, sous peine des sanctions. Ces dernières pouvant aller de l’interpellation par les agents des services d’hygiène, pour les hors-la-loi, au paiement des amendes transactionnelles. Car, lorsque l’on observe ce qui se passe sur le terrain, il s’avère que la plupart des Congolais, Kinois en particulier, ne comprennent que le langage du « bâton».

La campagne de changement des mentalités menée avec pompe pendant des mois l’a démontré. On se souvient dans ce chapitre que pour obtenir des chauffeurs des taxis le respect de la décision de l’autorité limitant le nombre des passagers à quatre à bord d’une voiture, il a fallu recourir à  la chicotte. Et aujourd’hui, c’est chose faite.

C’est ainsi que procéder au curage sans avoir pris au préalable des mesures visant à interpeller les pollueurs de l’environnement, et au besoin sanctionner les récalcitrants, équivaudrait à faire un travail inutile qui ne produira aucun résultat palpable. En d’autres termes, il fallait d’abord lancer une campagne de sensibilisation dans toutes les couches des populations, notamment les mamans vendeuses produits vivriers, tels des oranges, ananas, cane-à- sucre…sur les places publiques de ne plus considérer les caniveaux à ciel ouvert comme des poubelles automatiques où il faut jeter les résidus de leurs produits. Plus étonnant encore, cela se passe au vu et su des agents de l’ordre qui affichent une indifférence incroyable comme s’ils n’étaient pas commis à la protection des biens publics et de l’environnement. Il en est de même pour les autres catégories de vendeurs, dont ceux des sachets d’eau pure, arachides, bananes…qui n’hésitent pas à jeter les immondices à n’importe quel endroit.

Et l’on ne peut oublier les riverains qui considèrent la rivière comme un dépotoir, oubliant qu’ils sont en train de creuser leurs propres tombes en bloquant le passage des eaux en cas de grandes pluies.

Il faut réhabiliter les autorités de base

Pour mener à bien cette campagne d’assainissement, il faut remonter aux causes de l’insalubrité.

Car, nul n’ignore qu’il y a quelques années, Kinshasa était considérée comme l’une des villes les plus propres du continent. Pour les observateurs, l’insalubrité de Kinshasa comme celle constatée actuellement dans d’autres villes du pays a pour cause principale la modicité des moyens financiers rétrocédés aux entités urbaines décentralisées. Ils rappellent que lorsque les bourgmestres, chefs de quartiers, de rues…jouaient leur rôle, la ville n’était pas dans cet état. Parce que sachant qu’il était jugé sur base du rendement, chaque autorité faisait tout pour donner le meilleur d’elle-même.  Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où la nomination et le maintien d’un poste des responsabilités répondent plus à la logique du militantisme politique et « loyauté » qu’à la méritocratie. Par conséquent, les représentants de l’Etat au niveau de base se montrent plus préoccupés par le souci de propagande et de marketing de ceux qui les ont parrainés que de la gestion de leurs secteurs. Raison pour laquelle, n’importe qui peut faire n’importe quoi sans qu’il soit inquiété. Pire encore, ils ne maîtrisent pas les mouvements de leurs administrés. Bref, l’action des bourgmestres, chefs de quartiers et autres devient plus politico-militantiste qu’administrative, se détournant ainsi de leur rôle principal.

Or, il y a une vingtaine d’années, chaque chef de quartier maîtrisait les mouvements des résidents de sa circonscription, avenue par avenue. De même, les agents de la police d’hygiène passaient régulièrement dans les avenues et ruelles pour surveiller l’état de la salubrité. Il y avait également des fours crématoires dans les coins des quartiers. En outre, il faut reconnaître que si ce système était maintenu jusqu’à ce jour, le recensement de la population que nombreux réclament aujourd’hui avant d’aller aux élections de 2011, ne poserait pas beaucoup de problèmes en terme de dépenses. C’est pourquoi la réhabilitation de tous ces pouvoirs traditionnels est d’une impérieuse nécessité pour restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble de la République.

Dominique Mukenza

 

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