Katanga : Gédéon cherche une prime spéciale pour ses crimes

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe criminel Gédéon Kyungu a surpris tout le monde, la semaine dernière, en annonçant à la ronde son intention de déposer les armes et de mettre fin à son statut de seigneur de guerre. L’homme qui a relancé la culture de la machette, de la baïonnette, du fusil, de pyromane, de l’enterrement vivant d’innocents, du viol, du vol, de la désobéissance civile…dans cette partie de la République, promet de ramener ses hommes à la vie civile.

Mais avant de passer à l’acte, il lui faut la protection de la Monusco. L’homme déclare se méfier des autorités civiles et militaires congolaises, qu’il soupçonne de ne pas être en mesure de lui rendre l’ascenseur. Et ce n’est pas sans raison. Comme d’aucuns le savent, Gédéon Kyungu se trouve sous le coup d’une peine de mort prononcée contre lui en 2011 par la justice militaire, à la suite de crimes divers (assassinats, vols, viols, pillages des biens privés et publics, tortures…) perpétrés à travers le Katanga, à la tête d’une bande d’inciviques armés regroupés sous le label des Mai-Mai. Ce sont du reste, ces derniers qui avaient réussi à le faire évader de la prison de Kasapa, à Lubumbashi, où il était détenu après sa lourde condamnation.

Toutefois, son offre de reddition conditionnelle, sous le parrainage de la seule Monusco, cache son intention inavouée de bénéficier d’une prime spéciale pour ses crimes. Lorsque l’on jette un regard l’histoire immédiate de la République, l’on se rend compte que cela rappelle les traitements de faveur consentis aux « forces négatives » depuis le Dialogue intercongolais, à savoir la réinsertion de leurs combattants au sein de l’armée nationale et de leurs cadres politiques dans les institutions de la République, dès lors qu’elles acceptent de renoncer à la lutte armée. C’était le cas, en son temps pour le MLC (Mouvement de Libération du Congo), le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), le RCD/N (Rassemblement des Congolais Démocrates/ Nationalistes, le RCD/K/ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération), le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple), le M 23 (Mouvement du 23 mars 2009). Gédéon Kyungu croit certainement que la recette peut toujours servir.

Mais, du côté de la Monusco, la réponse a été ferme et clair, oui à la reddition du criminel et ses hommes mais non à l’impunité. Pour cette structure onusienne, désarmés volontairement ou par la force, Gédéon Kyungu et ses comparses Mai-Mai ne devraient pas être exemptés de poursuites judiciaires, afin de subir la rigueur de la loi.

Scruter l’horizon au-delà de l’offre de Gédéon

De nombreux observateurs estiment que le profil bas, vrai ou faux, qu’affiche Gédéon Kyungu pourrait trouver son fondement dans la peur d’avoir été lâché par ses protecteurs et de connaître un sort comparable à celui du tristement célèbre Morgan, tué par les FARDC en Ituri, en Province Orientale. Son refus de se rendre aux autorités civiles et militaires congolaises tiendrait à son désir de survivre à sa milice.

Sincère ou non, la main tendue de Gédéon en direction de la Monusco exige une profonde analyse. Bien gérée, elle pourrait sonner le début de la fin des forces négatives qui entretiennent l’insécurité au Katanga et s’emploient à transformer cette province en « Etat autonome » incontrôlable par le pouvoir central. On y parle du reste du « Triangle de la mort » , à savoir l’axe Manono-Pweto-Mitwaba, où Gédéon et d’autres nébuleuses Mai-Mai, dont les Bakata-Katanga, règnent sans partage.

A propos des Bakata-Katanga, d’aucuns pensent que si ce seigneur de guerre, qui se trouve au cœur du dispositif de déstabilisation du Katanga, se retirait de la scène, les choses deviendraient plus claires. Un tel décrochage devrait être mis à profit par les autorités nationales et provinciales pour savoir qui se cachent réellement derrière cette milice qui semble bénéficier de nombreuses complicités civiles et militaires à travers la province du cuivre. A ce sujet, il serait recommandé à la Monusco de sécuriser Gédéon, de manière à en faire un renseignant de choix dans la traque des forces négatives au Katanga. Car ceux qui ne veulent pas de la paix et de la stabilité de cette province n’aimeraient certainement pas voir continuer à vivre ce témoin gênant. Mais cette protection ne devrait pas le dédouaner de la peine capitale à laquelle il est destiné depuis 2011. Toutefois, l’on devrait en tenir compte pendant son séjour carcéral.

 Kimp

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