Kasaï Oriental : un chef coutumier désigné frauduleusement chez les Bakwa Kalonji

Une situation confuse entretenue bat son plein actuellement dans la chefferie de Bakwa Kalonji, dans le territoire de Tshilenge et le district portant le même nom au Kasaï Oriental, où la succession du défunt Grand-chef coutumier Kabeya Kalonji n’est pas toujours effective depuis le décès de ce patriarche en 1995. En somme, des informations glanées par Le Phare renseignent que des manœuvres frauduleuses ont entouré la désignation de l’actuel Chef (non encore reconnu et investi) de la chefferie de Bakwa Kalonji, qui a succédé à Kalala Muela Ntalaja Mutombo Katshi IV, chef désavoué et déchu en 2013 pour atteinte grave à la coutume.

         En effet, à la suite de cette déchéance justement, la Commission provinciale d’arbitrage des conflits coutumiers déployée par l’autorité provinciale de Lukalaba, en date du 4 décembre 2013, avait chargé les notables chefs des groupements des familles régnantes (Bana ba Kabeya a Nkongolo) de désigner un seul candidat à la succession au trône de la chefferie, à présenter à la Commission au moment venu. Au nombre de 6 sur les 29 groupements de la chefferie de Bakwa Kalonji, ceux-ci ont, après des consultations minutieuses et objectives, par leur lettre collective du 11 mars 2014, adressée au ministre provincial de l’Intérieur et sécurité du Kasaï Oriental le nom de l’heureux désigné : Monsieur Bukasa Wila Kabeya de la famille de Bena Mukendi en  remplacement de son feu père Grand Chef Kabeya Nkashama.

         Cette prérogative dévolue aux notables « Bana ba Kabeya a Nkongolo », a-t-on appris, a été reconnue par le gouverneur de province, Alphonse Ngoyi Kasanji, au 5ème paragraphe de sa lettre certifiant l’abdication du chef Kalala Muela Ntalaja Mutombo Katshi IV, accusé de viol.

         Contre toute attente, le jour du rendez-vous de la Commission provinciale convoquée le 19 juin 2014 à Lukalaba, c’est plutôt le vice-gouverneur de province, Kazadi Bukasa, qui s’est élevé devant toute l’assemblée afin d’imposer un nouveau candidat du nom de Kadima Kabengele de la famille de Bena Kayembe et membre de la famille du gouverneur Ngoyi Kasanji.

         Le vice-gouverneur, ont déclaré les témoins, a refusé de prendre en considération la volonté exprimée par les notables « Bana ba Kabeya a Nkongolo », préférant plutôt imposer Kadima Kabengele, candidat dont la famille s’était pourtant déclarée non partante durant toutes les séances de consultation des prétendants et n’ayant aucune trace de revendications de pouvoir ni au niveau du territoire de Tshilenge ni au ministère de l’Intérieur à Kinshasa. D’où, la suspicion de l’existence d’une main noire en mal d’omniprésence et de reproduction sociopolitique.

         Dans une correspondance adressée à toutes les autorités provinciales de Kasaï Oriental ainsi qu’au ministre de l’Intérieur du gouvernement Matata Ponyo, Richard Muyej, il est demandé à ce dernier d’empêcher un coup de force dans la chefferie de Bakwa-Kalonji où, après le décès de feu Grand-Chef coutumier Kabeya Nkashama, des personnalités politiques pèsent de tout leur poids pour que le fils du disparu n’accède pas à son trône, alors qu’il est désigné pour la succession.

         L’implication néfaste des politiques influe pour que le pouvoir quitte la lignée du chef Kabeya Nkashama pour aller chez les Bena-Kayembe (famille du gouverneur Ngoyi Kasanji). Ce, en violation flagrante du principe de rotation qui a le sens d’une marche vers  l’avant, selon la tradition. Parmi les perturbateurs, on indexe un sénateur, un député national et aussi un élu provincial, et bien d’autres autorités provinciales. Un accent particulier est placé sur le respect de la coutume, car il faudra recourir aux rites coutumiers pour départager les deux camps, en cas de persistance de conflit.

         Chacun sera devant sa propre conscience surtout que le serment sera prêté devant les ancêtres. Et si on ne mérite pas d’être chef, les conséquences suivront. Il faut noter que ce climat ne favorise ni la bonne entente, ni la cohésion au Kasaï Oriental, car beaucoup de Congolais habitant ce coin sont frustrés de cette situation aux connotations politiques.

Tshieke Bukasa

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