Kampala : l’optimisme risqué de Kinshasa

 

Le ministre ougandais des Affaires Etrangères et facilitateur dans les pourparlers entre le gouvernement congolais et le mouvement rebelle M23, Crispus Kiyonga, a décrété, depuis le vendredi 21 décembre 2012, une longue trêve qui court jusqu’au 3 janvier 2012. En principe, les deux parties devraient se retrouver autour de la table des négociations le vendredi 4 janvier, une journée fériée en République Démocratique du Congo, marquant le 53me anniversaire de la fête des Martyrs de l’Indépendance (4 janvier 1959).

Au lendemain de cette suspension, le ministre congolais des Affaire Etrangères et chef de la délégation venue de Kinshasa, a animé une conférence de presse au cours de laquelle il s’est montré fort optimiste quant à l’issue heureuse des échanges entre le gouvernement et le M23. A son avis, les « résolutions » attendues de ce dialogue congolo-congolais devraient mettre fin à la guerre au Nord-Kivu et apporter une paix durable au peuple congolais.

Les observateurs auraient bien voulu croire au discours du chef de la diplomatie congolaise, par ailleurs signataire du très controversé Accord du 23 mars 2009 entre les autorités congolaises et les rebelles du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) et non le M23. En principe, la ténébreuse substitution du CNDP par le M23, par la volonté du Rwanda et de l’Ouganda, les deux Etats sponsors de cette rébellion, devrait commander aux officiels de Kinshasa, une attitude de prudence, sinon de méfiance, à l’égard de toutes les prétendues initiatives de paix parrainées par Kampala ou Kigali.

L’optimisme affiché par Raymond Tshibanda est fort risqué, lorsque l’on observe la situation qui prévaut non seulement à Goma et ses environs, mais aussi dans la majeure partie des territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il est étonnant que les négociateurs congolais présents à Kampala se mettent à rêver d’une paix durable alors que les troupes ougandaises et rwandaises sont en ordre de bataille pratiquement tout le long de la frontière commune, de Kasindi à Goma.

Bien que confirmée par plusieurs sources, dont onusienne, cette menace d’une nouvelle invasion du territoire congolais n’a toujours pas été inscrite à l’ordre du jour des travaux du Mécanisme Conjoint de Vérification RDC/Rwanda qui est censé, en pareille circonstance, se saisir d’office du dossier afin de rassurer les deux partenaires. Or, ce qui se passe réellement sur le terrain conditionne le processus de paix au Nord et Sud-Kivu.

Dans ce cas, faut-il se fier aux propos de Raymond Tshibanda tenus à partir de Kampala ou aux signes annonciateurs de la reprise imminente des hostilités (troupes ougandaises, rwandaises et le M23 sur pied de guerre) ? Compte tenu de fâcheux précédents de 1996-1997 avec l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), en 1998-2003 avec le RCD, le MLC, le RCD/K/ML et le RCD/N et de 2009 avec le CNDP, Kinshasa aurait tort de croire que le M23 va lui offrir la paix sur un plateau d’or, sans la moindre concession.

Deux semaines pour l’ordre du jour et le règlement d’ordre intérieur

Une lecture attentive des négociations de Kampala montre que le M23 et ses parrains (Ouganda et Rwanda) se sont investis dans le dialogue de Kampala avec un seul objectif, celui de faire passer l’intégralité de leur cahier de charges. On rappelle que celui-ci comprend, pêle-mêle, la reconnaissance des grades de leurs officiers mutins dans l’armée nationale, la présence de leurs délégués au sein des institutions de la République et des comités de gestion des entreprises publiques, l’amnistie générale, la vérité des urnes, la dissolution de la CENI, la libération des prisonniers politiques, le respect des droits de l’homme, le découpage territorial au Nord-Kivu, la démocratie, etc.

Le refus d’aller droit au but s’est traduit par des manœuvres dilatoires sans nombre et des actes de provocation du M23 pour faire tirer en longueur les débats autour de l’ordre du jour et du règlement d’ordre intérieur. Dans des assises qui se veulent sérieuses, ce type de matières se vident en l’espace de 24 heures, surtout si le facilitateur met un draft à la disposition des participants. Si les Congolais ont dû passer deux semaines à Kampala pour se quereller autour du sexe des anges, il faut craindre que les questions qui fâchent ne consomment de longs mois, si elles ne conduisent pas à la rupture des négociations.

En tous les cas, les ingrédients du blocage foisonnent dans le camp du gouvernement comme dans celui du M23. Le refus de toucher à la Constitution, aux matières autres que celles consignées dans l’Accord du 23 mars 2009, à la vérité des urnes, à l’architecture constitutionnelle en place, à l’administration d’une ville comme Goma… sont autant de prétextes à la relance, par le M23 et ses parrains, de la guerre au Nord-Kivu.

Dans la presse occidentale, certains médias sont allés jusqu’à affirmer que les rebelles congolais se trouveraient dans le schéma d’une sécession, laquelle devrait permettre au Rwanda et à l’Ouganda de créer, en République Démocratique du Congo, un Etat tampon qui garantirait à jamais non seulement leur sécurité, mais aussi leur approvisionnement en minerais rares. Les gouvernants congolais voient-ils venir leur danger d’une balkanisation planifiée du pays ?

Jacques Kimpozo

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