Kampala : le M23 légitimé !

 

La rébellion du M23 (Mouvement du 23 mars 2009) a été la grande gagnante du sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernements membres de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région de Grands Lacs), qui s’est tenu le week-end dernier à Kampala, sous la direction de son président en exercice, Yoweri Museveni de l’Ouganda. Ce groupe qualifié de terroriste lors des précédents sommets de Kampala ainsi que celui de la Francophonie à Kinshasa, a finalement été reconnu comme une rébellion interne qui occupe une partie de l’Est de la RDC.

En recevant le plus officiellement du monde le président de sa branche politique, Jean-Marie Runiga Lugerero, le président ougandais a cautionné un fâcheux précédent qui dément toutes les accusations portées contre son propre pays et, partant, le Rwanda, épinglés jusque-là comme agresseurs de notre pays et parrains du M23. Le piège tendu de longue date par les officiels rwandais et ougandais à leurs homologues congolais vient enfin de se refermer sur ces derniers. Logiquement, ceux qui dirigent la RDCongo ne devraient plus soutenir, à compter du samedi 24 novembre 2012 (date historique du coup d’Etat de Joseph-Désiré Mobutu en 1965) les accusations d’agression de notre pays par ses deux voisins. Le « Président-Fondateur du MPR et Guide éclairé », qui tenait à l’intégrité territoriale de l’ex-Zaïre comme à la prunelle de ses yeux, doit s’être retourné dans sa lointaine tombe, au Maroc.

Les régimes de Kigali et Kampala viennent de réussir, à peu de frais, l’exploit de faire accréditer la thèse d’une crise congolo-congolaise au Nord et Sud-Kivu, avec pour la toile de fond le non respect, par Kinshasa, des engagements pris dans le cadre de l’Accord du 23 mars 2009. Grâce au Sommet extraordinaire de Kampala, le M23 peut donner le maximum de voix pour exiger la satisfaction, par son « partenaire » qu’est le gouvernement congolais, de ses revendications diverses au chapitre du « partage équitable et équilibré du pouvoir ».

Par quelle magie le M23, non signataire de l’Accord du 23 mars 2009 avec le pouvoir en place à Kinshasa, est-il devenu l’héritier du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple), signataire officiel de cet acte d’engagement ? Il est à espérer les officiels de Kinshasa présents au Sommet extraordinaire de Kampala auront l’honnêteté de l’expliquer à nos compatriotes qui ne savent plus s’il faut considérer le CNDP et le M23 comme des frères jumeaux ou non. Une chose est maintenant certaine : ce mouvement rebelle n’est plus à jeter dans les eaux du Lac Kivu, ni à renvoyer de l’autre côté de la frontière congolo-rwandaise. Le bon sens voudrait que le gouvernement congolais cesse d’en appeler à la mobilisation générale des Congolais contre le M23, puisqu’un modus vivendi a été trouvé à Kampala.

Dans le lot des résolutions adoptées à cette occasion en effet, il y a celle demandant à cette force négative de se retirer de la ville de Goma dans les 48 heures, et de se repositionner dans les territoires qu’elle occupait depuis avril 2012 (Rutshuru, Bunagana et autres). Le M23 n’a pas été sommé de quitter le territoire de la République Démocratique du Congo. Autrement dit, la CIRGL lui reconnaît une existence légale dans le Nord-Kivu, une province qui fait pourtant partie d’un Etat souverain.

En ce qui concerne  la sécurité de l’aéroport international de Goma, il est clairement souligné qu’elle devrait être assurée par des éléments des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), du M23 (Armée Révolutionnaire du Congo) et de la fameuse Force Internationale Neutre encore inexistente sur le terrain. Aussi bizarre que cela paraisse, des troupes rebelles sont autorisées à cohabiter avec celles de l’armée régulière congolaise, sur un site ultra-sensible comme un aéroport.

L’acceptation, par le pouvoir en place à Kinshasa, des termes de référence du Sommet extraordinaire de Kampala, suppose qu’une nouvelle plate-forme de collaboration vient de s’établir avec sa rébellion, avec laquelle il est appelée à faire la paix, aux conditions que cette dernière voudrait bien agréer. Le M23 a eu le feu vert de rester à l’affût, à 20 kilomètres de Goma, s’il le veut bien, prêt à repartir militairement à la conquête du Nord et du Sud-Kivu, dans l’hypothèse de nouvelles maladresses de Kinshasa dans cette politique de rapprochement de tous les dangers.

En renonçant à sa souveraineté sur certaines contrées du Nord-Kivu, au profit de la bande à Sultani Makenga, le gouvernement de la République a-t-il suffisamment pesé les conséquences de son option ?

Jacques Kimpozo

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