Kaloubi Manssanga : «Si j’étais Kabila…»

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Politicien, Politologue, Philosophe, Journaliste, en nous, nous nourrissons ces quatre sensibilités, chacune d’elles a sa visibilité. Cependant, c’est sous celle de Philosophe, uniquement, que nous analysons sur le coup, présentement et brièvement, la dernière grande exhibition politique publique de Mr Joseph KABILA.

 En fait, Mr Joseph KABILA, devant le peuple via le dernier Congrès parlementaire, a mal écrit l’histoire de ses obligations régaliennes, ce qui lui vaudra la sévérité des critiques : obligation de bilan, obligation d’auto-censure, obligation de grandeur au point d’interrompre lui-même, à la « Charles de Gaule », un mandat problématique. Rien de toutes ces obligations n’avait meublé le discours par lui livré aux Députés et Sénateurs réunis solennellement (comme rarement) au siège du Parlement congolais en présence de Mr SASSOU et de Mme ZUMA, le mercredi 23 octobre 2013.

Date d’or, en or. On a beaucoup commenté sur ce qu’il avait dit, sur ce qu’il n’avait pas abordé. Mais on n’a point dit comment aurait-il dû rédiger son discours. Nous, nous le disons courageusement ici en démontrant que Mr Joseph KABILA n’avait pas le droit de gâcher inutilement son horoscope ce jour-là en escamotant la partie capitale de son message, un message enfin caviardé, amputé de son corps principal.

Trêve de suspense. Voici l’élément simulé de la déclaration où Mr Joseph KABILA, sérieux, flegmatique, brutalement franc, saluant le peuple par des adieux, allait faire date :

«Nous, Joseph KABILA KABANGE, avons décidé d’interrompre notre mandat alors que nous n’en sommes qu’aux deux cinquièmes du trajet présidentiel. Notre décision est motivée par trois raisons majeures :

1. Permettre la décrispation salvatrice du climat politique abimé dans un abîme profond d’insatisfactions, en évacuant de ce fait un bon taux d’énervement, sinon de nervosité qui, à la fois, fruste, assaille les couches silencieuses de notre peuple et en paralyse les élans à des degrés variables ;

2. Tout autant permettre à un autre compatriote de réussir l’élimination complète, sans délai ni détour, du spectre permanent de la guerre dans l’Ituri, surtout dans beaucoup d’agglomérations du Kivu ;

3. Egalement et enfin rendre possible la mort inexorable du fantôme qui favorise la subtile promotion d’une pauvreté récalcitrante, exponentielle ». Fin de citation.

            Impulseur d’une telle bouffée d’air frais  introduit dans une atmosphère délétère, tranquillement surchauffée, Mr Joseph KABILA, alors le Héros du siècle, serait revenu en force en 2016 , avec toutes les chances intactes d’être élu haut la main pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, soit une gratification démocratique de dix années supplémentaires en perspective.

            Bien sûr que l’aubaine du 23 octobre 2013 s’est évaporée. Néanmoins, il pourra susciter délibérément, une nouvelle opportunité à celle de naguère pareille, s’il se ressaisissait avant que le temps ne lui devienne impardonnablement hostile.

Lumière à imiter : Charles de Gaule

            Le cas illustratif de Charles de Gaulle fait école. En plein mandat, il le dépose en avril 1969 au seul motif que la grogne populaire et la contestation de son régime parlaient plus fort que les limites estimées par lui. En RDC, la crise revêt un cachet spécial. Elle comprend au quadruple : grogne, contestations, mutineries, rébellions, crépitements de Kalachnikovs au quotidien, dilapidation des deniers publics, corruption, violation des droits humains élémentaires, invasion militaire des espaces du territoire par des troupes étrangères, exploitation frauduleuse et massive des ressources naturelles, dépérissement de l’intellectualité, ceinture de velours sur un ventre de son.

            La France a eu son Général de Gaule, la RDC recherche son Général semblable à de Gaule et qui ainsi, entrerait dans la cour des auréolés.

Le phénoménal étouffe le nouménal

            Toutes les questions traitées dans le discours en question sont ordinaires et ont eu hélas la vocation d’étouffer l’extraordinaire ou le fondamental. Opposé au fondamental c’est-à-dire au nouménal, l’Ordinaire (subsidiaire, phénoménal) à force de frapper sur une cible fictive, s’est battu sans cible, et a triomphé sans péril, c’est-à-dire sans gloire.

            Toutefois, à leur crédit, ces questions phénoménales (ordinaires, subsidiaires) qui ont pris beaucoup d’espaces dans le discours, ont composé un texte magnifique malgré tout. En ce sens que sa rédaction a arraché notre admiration : C’est un modèle exemplaire de charme littéraire, modèle à proposer aux dilettantes en dissertation, sous un thème probable intitulable : « L’œuvre en projet sur l’horizon national ».

            Le caractère vague de ce thème est un appel à plus d’efforts de compréhension et d’explication demandé à celui qui s’y exerce.

Cohésion sans concordance de sons !

            En effet, attendu pour qu’il annonce des décisions par lui promises, Mr Joseph KABILA, riche en projets, en lamentations, a servi l’opinion publique au moyen d’un train infini de recommandations, souhaits et vœux. La seule décision prise et annoncée, avait porté sur le renvoi spectaculaire du Gouvernement actuel :

1. L’on viserait à ne plus éloigner aucun congolais des responsabilités nationales, ce serait un pas vers ladite cohésion ;

2. Faire peau neuve (renouvellement des  forces).

Observation générale

            Il importe de ne pas oublier qu’une « cohésion » mal emmanchée  est pire qu’une discordance de sons. Par ailleurs une cohésion n’en est pas une si elle n’est pas accompagnée de la concordance de sons.

            S’agissant de la formation d’un nouveau Gouvernement, l’on constate l’absence d’éléments moraux garantissant que le prochain serait plus efficient, plus « cohésionniste ».

            Théoriquement, le renouvellement des forces, même au sein d’une même galaxie politique est généralement prometteur, sauf dans le cas où l’efficacité avérée du passé en prendrait un sacré coup. Par conséquent, le renouvellement est dialectiquement soutenable. Mais si l’on change par défi, non par principe, on risque de se heurter à des « affronteurs » par manie. La sortie de l’auberge serait hypothétique, sinon hypothéquée. En principe donc, un corps qui ne se renouvelle pas meurt. La loi cosmique édicte que « TOUT CHANGE, SAUF LA LOI DU CHANGEMENT ». A cet égard, nous aurons noté qu’aucun des ministres de Kabila n’a fait d’affilé cinq ans au Pouvoir. Tandis que lui, sans discontinuer, vient d’en faire douze !

Kinshasa, le 24 octobre 2013.

(Par Kaloubi Manssanga

philosophe)

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