Invitée en RDC, la CPI réclame illico Bosco Ntanganda et tient le gouvernement Kabila à l’œil

Le gouvernement Kabila n’a pas attendu une seconde pour s’engouffrer dans la brèche ouverte par les déclarations tonitruantes d’Etienne Tshisekedi appelant sa base à la résistance face au terrorisme de la police et d’une justice jugées arbitraires et hors la loi. Etienne Tshisekedi, qui a depuis confirmé ses propos à plusieurs reprises, estime que la Constitution de la République donne le droit, si pas l’obligation, à tout congolais responsable, d’agir ou de se défendre contre un pouvoir qui s’est lui-même illustré par des violations répétées de la constitution et des atteintes graves aux libertés et droits humains les plus fondamentaux.

Son premier message lancé à partir de l’Afrique du Sud avait soulevé une volée de réactions de la part de la communauté internationale, réactions qui contrastaient bizarrement avec le silence de cette même communauté internationale devant les exactions, abus et crimes imputables aux forces en armes avant et pendant le processus électoral. Pour preuve, le récent rapport des Nations Unies qui dénonce clairement les abus du pouvoir en place en matière de droits humains contre les populations civiles, tardait à être publié par l’ONU qui redoutait d’être accusée d’influencer la compétition électorale contre les autorités sortantes. L’ONU a finalement profité de l’incident impliquant Etienne Tshisekedi pour publier son rapport, qui a malgré tout suscité une vive réaction du gouvernement congolais.

Après l’émotion, la réflexion lucide
Passée la phase émotive, la confirmation de son appel par Tshisekedi a eu le mérite de susciter une réflexion plus approfondie sur la motivation et la portée de ses propos, tant pour les congolais que pour les acteurs de la communauté internationale. Ces derniers ont été surpris par l’ampleur de la réaction du peuple congolais qui a ressenti les diverses réactions internationales comme une résurgence des injustices récurrentes dont notre peuple est l’objet de la part de la communauté internationale depuis la nuit des temps. La RDC reste après tout le pays des fantômes de Léopold II, du martyr de Lumumba, des années Mobutu imposées par les occidentaux pendant la guerre froide, des prétendues guerres de libération et des années Kabila, toujours imposées par l’extérieur et caractérisées par une prédation économique et un mépris de la personne humaine sans précédent.

A cela faut-il ajouter le sentiment d’humiliation ressenti par les Congolais depuis l’arrestation de Jean-Pierre Bemba pour d’improbables crimes commis en Centrafrique, pendant que le maître d’œuvre de l’époque, l’ancien Président Ange Patassé, avait été soigneusement oublié par la CPI. L’opinion s’interroge ; jusqu’ou ira le cynisme de ladite communauté internationale et sa CPI ? Pourrait-elle se permettre d’afficher une agressivité à l’égard du leader maximo de l’UDPS en lui brandissant la menace de la CPI alors que ce dernier a illustré sa vie politique par la lutte non violente, ce qui lui vaut une telle affection populaire, et récemment d’être primé pour ses efforts en faveur de la paix en Afrique. Quelle serait la crédibilité d’une telle justice internationale alors que le moindre rapport national ou international sur les droits de l’homme en RDC désigne de la façon la plus claire et sans équivoque, les responsables des graves crimes et abus commis en RDC depuis 15 ans qui sont toujours aux affaires.

Depuis que le leader de l’UDPS a réitéré ses propos, la même communauté internationale semble plus circonspecte et moins encline à l’invective.
A certains égards, les réactions de la communauté internationale ont renforcé la détermination des Congolais à prendre en charge leur destin contre vents et marrées. Elles ont renforcé le candidat Tshisekedi aux yeux de l’opinion congolaise, car il incarne plus que jamais la justesse de cette cause.

Le gouvernement pris au piège
Visant particulièrement Etienne Tshisekedi, la CENI et le gouvernement congolais ont demandé à la CPI de se saisir de la question des violences pré et post-électorales. La CPI n’en demandait pas mieux et a immédiatement publié un communiqué confirmant « son engagement à veiller à ce que le processus en cours ne conduise à aucun acte de violence, ni à aucun crime sur des populations civiles. »
La CPI va plus loin en affirmant dans son communiqué qu’elle « suit la situation électorale avec la plus grande vigilance au Congo, où des investigations sont en cours depuis juin 2003. »

Prenant le Ministre de la Justice Luzolo Bambi au mot, le communiqué de la CPI enfonce le clou en rappelant qu’elle est « désormais habilitée à enquêter et à documenter tout crime ou cas de violence au sein des juridictions congolaises, en coordination avec les cours et tribunaux du pays, et qu’elle prendra sans tarder les actions nécessaires pour ce faire. » Il ne fait aucun doute que les massacres des Bundu dia Kongo, tout comme les agressions armées en plein centre-ville dans la capitale, font partie des violences post électorales de 2007 qui ne manqueront pas d’intéresser la CPI.

Enfin, la CPI lance l’estocade en rappelant dans le même communiqué que « ceux qui sont déjà suspectés d’avoir commis des crimes graves, comme M. Bosco TANGANDA pour qui un mandat d’arrêt a été lancé, doivent être arrêtés et poursuivis devant la Cour. » A plusieurs reprises, Kinshasa a ouvertement refusé de livrer à la Cour l’ex-milicien, aujourd’hui intégré dans l’armée régulière, consacrant ainsi l’impunité que la CPI condamne.
Cette déclaration indique très clairement que la présence de la CPI dans le processus en cours devient un facteur de risque pour le gouvernement qui s’était jusque-là illustré par des abus et exactions répétés de la part des forces de l’ordre, restés impunis. Les observateurs estiment que la présence de la CPI est une aubaine pour la communauté internationale et pour l’opposition politique, qui ne savaient plus comment s’y prendre face aux abus répétés et aux menaces des forces de l’ordre contre des civils.

Les observateurs les plus avertis pensent que les sorties répétées d’Etienne Tshisekedi relèvent ainsi d’une stratégie délibérée, de main de maître, pour contrer le pouvoir en place qui utilise abusivement et impunément la force publique avant et pendant le processus électoral, à la manière de Robert Mugabe au Zimbabwe, afin d’intimider les électeurs et de tuer dans l’œuf toute velléité de contestation d’une probable tentative de holdup up électoral.

Convergence de vues entre la CPI et l’UDPS
Comme la CPI, l’UDPS se bat inlassablement pour l’établissement d’un Etat de droit au Congo et la fin de l’impunité, deux éléments qui constituent le cœur du programme de gouvernement proposé par Etienne Tshisekedi. Le leader de l’UDPS inscrit ses appels à l’autodéfense dans le cadre de l’exercice d’un droit légitime, inscrit dans la constitution, de contester tout pouvoir qui abuse de ses droits contre le peuple et viole la loi fondamentale.
La CPI n’en dit pas moins en concluant ainsi son communiqué : « Le processus électoral ne doit pas entretenir un sentiment d’impunité de la part de ceux qui commettent des crimes graves. Il doit plutôt renforcer l’Etat de droit et combattre l’impunité. »

Juvénal OMARI (CP)

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