Insécurité et business font bon ménage à l’Est

Il a fallu de peu que la ville de Goma et ses environs ne s’embrasent à la suite de la rétention par le général Jean-Bosco NTAGANDA du tonnage des minerais dont la teneur n’a toujours pas été dévoilée mais qu’un Jet privé battant pavillon américain mais en provenance de Lagos venait chercher moyennant paiement en devises fortes. Tous ceux qui étaient à l’aéroport de Goma jeudi 3 février  n’en revenaient pas et croyaient avoir affaire à un film de science fiction lorsque cet avion a atterri sur cet aéroport. Une fois au sol, l’on a vu un officier militaire proche du général J-Bosco NTAGANDA se précipiter vers le tarmac pour prendre en charge les membres de l’équipage avant de les conduire sous escorte jusqu’à la résidence privée de leur chef. Il s’est ainsi opposé à toute fouille d’une valise retirée de ce Jet. Alors qu’il avait reçu l’ordre d’amener la dite valise au gouvernorat, arrivé au niveau de l’Eglise St Esprit, il a pris la direction de la résidence privée du général J-Bosco NTAGANDA. Les officiers des FARDC qui accompagnaient ce cortège n’ont pas été autorisés à s’approcher de la résidence de cet ancien chef militaire du CNDP. On ne connaîtra jamais les termes de l’entretien avec leur hôte. Mais dès que les bruits à sens divers ont circulé à travers cette ville martyre faisant état d’un trafic illicite des matières précieuses dont on ne connaît pas le contenu, la fièvre est montée de plusieurs crans.

            Le vendredi dernier, coup de théâtre : on a vu cet officier proche du général NTAGANDA revenir à l’aéroport international de Goma avec neuf colis métalliques qu’il a fait monter dans l’avion et qui contenaient des minerais. Selon le gouverneur Paluku, ils contenaient 436 kg d’or. Huit étrangers venus des USA, de la France et du Nigeria ont été mis aux arrêts, sous l’infraction de trafic illicite d’or. Jusqu’hier, ce Jet est resté cloué sur l’aéroport de Goma sur ordre des autorités provinciales qui poursuivent des enquêtes pour déterminer la destination de ce Jet privé. On rapporte aussi que ces neuf colis métalliques ont été placés dans les coffres de la succursale de la Banque Centrale du Congo.
            Selon Julien PALUKU, gouverneur de la province du Nord Kivu, ce montant destiné à l’achat des minerais est estimé à plusieurs millions des dollars Us.  
 
La main dans le sac !
 
            Avec ce comportement pour le moins cavalier et spectaculaire, il n’y a plus de doute sur les raisons de la persistance des guerres dans les territoires de l’Est. Qui peut encore nier que ce sont des officiers supérieurs des FARDC qui entretiennent le trafic illicite des matières précieuses au Kivu ? Ce, alors que Kinshasa par la bouche du président de la République a pris récemment des mesures d’interdiction du commerce des matières précieuses jusqu’à nouvel ordre.
            Ce genre de trafic illicite a toujours fait la pluie et le beau temps à l’époque du MPR-Parti Etat et plus particulièrement avant la guerre de l’AFDL. A cette période comme maintenant, ce sont toujours les officiers supérieurs de l’armée qui s’adonnaient à cœur joie à ce genre de trafic en s’associant aux groupes rebelles locaux et étrangers, notamment les Interahamwe. Voilà pourquoi, l’insécurité a la dent dure car elle est entretenue par ce trafic illicite qui en définitive profite surtout aux pays voisins. Un mariage inimaginable et contre nature car conclu sur l’insécurité et le business où se côtoient des forces fondamentalement antagonistes que rien ne pourrait rapprocher. On trouve ainsi côte à côte les éléments des FARDC, les Maï Maï et les Interahamwe rwandais plongés dans les carrières des mines de Coltan, or et autres minerais précieux. Aussi curieux que cela puisse paraître, ces derniers évitent de s’approcher des frontières de leur pays d’origine dont ils ont pourtant promis de descendre le régime en place.  Qui a encore dit que l’interdiction du commerce des matières précieuses va mettre fin à l’insécurité ambiante au Kivu ? Et dire que c’est un général recherché par la justice pénale internationale que l’on vient de prendre la main dans le sac. Preuve s’il en faut  qu’il n’est ni le premier ni le dernier.              

Fidèle Musangu
 
 
 

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