Insécurité au Nord-Kivu : Washington interpelle le Rwanda

Dans un communiqué de presse remis au Phare hier jeudi 07 juin 2012 par les soins de l’Ambassade des Usa à Kinshasa, le Département d’Etat souligne que le gouvernement américain est fort préoccupé par « la poursuite de la mutinerie des officiers et des soldats autrefois intégrés dans les Forces Armées de la République Démocratique du Congo » (FARDC). Washington confirme que ces mutins qui entretiennent l’insécurité au Nord-Kivu, sous le label du M. 23, bénéficient d’appuis extérieurs. Les Etats-Unis d’Amérique dénoncent ainsi, sans le citer, le Rwanda comme un des commanditaires de la rébellion qui déchire la partie Est de la RDC. En dépit de toutes les précautions prises pour voiler le mécontentement de l’Oncle Sam face à son protégé traditionnel, le langage diplomatique utilisé n’autorise aucun doute quant à la nouvelle approche américaine du dossier sécuritaire rdcongolais.

Washington recommande à notre pays, à ses voisins et se partenaires de travailler en synergie pour empêcher le M.23, les FDLR, le CNDP ainsi que d’autres groupes armés d’être approvisionnés en armes, conformément à l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de Sécurité des Nations Unies aux entités non étatiques et seigneurs de guerre opérant sur le territoire congolais. Selon le pays de l’Oncle Sam, son soutien est total à la communauté internationale, à travers la Monusco, dans ses initiatives visant le désarmement, la démobilisation et le rapatriement, dans leur pays d’origine, des combattants des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR).
 
Les observateurs notent que c’est la première fois que la position américaine est aussi tranchante dans l’analyse de la situation sécuritaire du Nord-Kivu et la condamnation des forces occultes qui instrumentalisent les mouvements rebelles qui y sèment mort et désolation, sur fond de violations des droits de l’homme.
La réaction musclée de Washington donne à penser que l’implication du Rwanda dans l’insécurité qui touche l’Est de la RDC est flagrante. La superpuissance planétaire ne devrait pas être la dernière à connaître les tenants et aboutissants des sources d’approvisionnement en armes et argent du CNDP, du M.23 et d’autres forces négatives présentes au Nord-Kivu.
 
Kinshasa doit se secouer
 
Alors que la Monusco fait état des « citoyens rwandais » qui quittent presque chaque jour les rangs du M.23, qu’une enquête très fouillée de Human Rights Watch a étalé sur la place publique la participation du Rwanda dans le recrutement, l’entraînement et l’armement des soldats rwandais opérant au sein du CNDP et du M.23, Kinshasa reste curieusement silencieux. Même l’initiative d’un parlementaire visant à susciter un débat public autour du dernier accord congolo-rwandais sur la traque des FDLR et les missions rwandaises de vérification de la situation sécuritaire du Nord-Kivu a été étouffée dans l’œuf par un huis clos.
L’attitude du gouvernement congolais parait si équivoque qu’elle peut pousser des compatriotes à croire que Kinshasa serait fort mal à l’aise face aux accusations portées contre le régime de Kagame, pourtant épinglé comme commanditaire des micro-rébellions qui écument la province précitée. Logiquement, le déballage fait contre Kigali par des structures onusiennes et des missions diplomatiques devraient réjouir les officiels congolais, qui savent maintenant de quel côté se trouve l’ennemi principal de la paix au Nord-Kivu.
 
Le fait que le Rwanda verse dans la campagne de diabolisation de la Monusco et estime que la présence des casques bleus au Congo serait inutile confirme que le gouvernement rwandais ne veut plus de la présence d’un témoin aussi gênant là où ses soldats ont pris l’habitude de tuer et piller, sous couvert de présumés mouvements rebelles congolais. Pendant que Kigali jette l’anathème sur les FARDC, les accusant d’être en collusion avec les miliciens génocidaires des FDLR, Kinshasa reste aphone. Pourquoi cette gêne chez les officiels congolais pendant que le Rwanda développe une diplomatie agressive pour effacer son image d’agresseur du Congo ?
 
Ce que nos concitoyens attendent désormais de leurs gouvernants, c’est une vigilance tous azimuts contre les traîtres internes. Ceux-ci devraient montrer qu’ils sont réellement attachés à la défense des intérêts de la patrie en diligentant des investigations destinées à débusquer les complices internes de Kigali et en prenant les dispositions requises pour les mettre hors d’état de nuire. En tout cas, si Kinshasa continue de donner l’impression de ne pas voir ni entendre tout ce que l’on montre et dit à l’extérieur comme à l’intérieur au sujet des nuisances du Rwanda à la paix au Nord-Kivu, les vrais patriotes n’auraient pas tort de le soupçonner de co-responsable, avec Kigali, de l’absence prolongée de paix chez les compatriotes de cette partie de la République.    
 
     KIMP

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