Incidents de Goma et Bukavu : mauvais signaux

Plusieurs chancelleries occidentales installées à Kinshasa sont mécontentes du climat politique qui prévaut en République Démocratique du Congo à une année des élections générales (présidentielle, législatives, sénatoriales, urbaines, municipales, etc.). Elles se disent notamment déçues par les obstructions systématiques que les gouvernants en place orchestrent contre les partis, plates-formes et acteurs politiques de l’opposition. Alors que des portraits géants des leaders de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) se bousculent sur les places publiques de Kinshasa et des villes des provinces, que des calicots de leurs partis véhiculent des messages de pré-campagne électorale, que leurs militants « marchent » régulièrement dans la rue, que des écrans de télévision relayent leurs meetings au jour le jour, tout est fait pour empêcher leurs adversaires politiques de s’exprimer.
 
            Le dernier épisode qui vient d’assombrir le tableau est la récente tournée de Vital Kamerhe, ancien président du Bureau de l’Assemblée National et député démissionnaire du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) dans la partie Est du pays. Cette randonnée politique et pacifique, rappelle-t-on, a été émaillée d’incidents graves. En effet, le mercredi 08 décembre 2010 à Goma, des forces de l’ordre avaient perturbé le cérémonial de son arrivée à l’aéroport de cette ville et dispersé, à coups de feu, les sympathisants de son parti, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), mobilisés pour son accueil et pour le meeting programmé le même jour.
            Mis dans l’impossibilité de circuler et de parler à sa « base », Vital Kamerhe avait dû annuler tous ses rendez-vous politiques au chef-lieu du Nord-Kivu pour mettre le cap, le jeudi 9 décembre 2010, sur Bukavu. Dans cette ville de sa province d’origine, à défaut de l’empêcher de faire le tour du « propriétaire », les forces de l’ordre se sont organisées pour boucler la Place de l’Indépendance, lieu retenu pour son face à face avec le peuple, ce qui l’avait obligé à délocaliser son meeting vers le marché de Nyawera.
            Ce qui irrite le plus des diplomates occidentaux, c’est l’usage de la force face à des citoyens sans armes, désireux d’entendre un discours différent de celui des hommes au pouvoir, afin de se déterminer par rapport aux enjeux politiques de 2011. A leur avis, la contradiction entre gestionnaires des affaires publiques et ceux qui contestent leur manière de gérer la Res Publica  ne devrait faire aucun mal au Congo démocratique. Au contraire, le choc des idées devrait aider les électeurs à mieux comprendre l’état de la Nation.
            Dans l’entendement de ces étrangers qui viennent des pays de vielle démocratie, la République Démocratique du Congo, qui avait déjà réussi, tant bien que mal, à se remettre sur l’orbite de l’alternance ou de la conservation du pouvoir par la voie des urnes en 2006, aurait tout à gagner dans l’organisation d’une pré-campagne et d’une campagne électorales totalement ouvertes. L’idéal serait qu’à l’horizon 2011, le souverain primaire ait la liberté de confier les destinées du pays entre les mains de ses fils et filles qu’il estimerait être les plus méritants.
            Peu importe s’il est amené à bien ou mal élire ses représentants dans les institutions nationales, provinciales ou locales. Le plus important serait que l’Etat congolais puisse accorder à tous les prétendants aux suffrages du peuple les mêmes chances d’échec ou de réussite.
            Aussi, la chasse à l’homme déclenchée par les forces de l’ordre à Goma et Bukavu a-t-elle été accueillie comme annonciatrice d’un mauvais signal pour un Etat qui aspire à rompre définitivement avec les antivaleurs telles que l’intolérance politique, la pensée unique, la violence, l’insécurité, la confiscation des libertés d’expression, de réunion et de mouvement, la censure médiatique, etc. Si le décor ne change pas, la campagne électorale de 2011 risque d’être l’exclusivité des seuls membres de la majorité au pouvoir. Le régime de la terreur, croit-on, ne ferait que compromettre les maigres acquis de 2006.

                                                                                                                                 Jacques Kimpozo

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