Incertitudes de 2011, Le Phare avait vu juste : Elections,la contestation a commencé

Les élections de 2011 en République Démocratique du Congo sont contestées avant d’avoir été organisées. Il s’agit là d’une situation très particulière dans les annales des démocraties africaines. Généralement, les contestations électorales interviennent en aval, après la publication des résultats partiels ou définitifs. Le mécontentement qui déferle de plusieurs milieux politiques et même religieux, à la suite de la volonté affirmée de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) de faire amender la Constitution et la Loi Electorale, est un mauvais signal pour l’avenir.

 

 A 12 mois des consultations populaires censées consolider la paix, l’unité nationale, la réconciliation nationale, la bonne gouvernance, l’Etat de droit et tant d’autres valeurs fondatrices d’un nouveau Congo, le climat politique délétère du moment a de quoi inquiéter plus d’un compatriote. L’une des conséquences d’un manque de consensus autour du processus électoral de 2011 serait d’abord l’hypothèque de la paix, que certaines parties du territoire national, dont la Province Orientale, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema, n’ont jamais véritablement retrouvée, en dépit d’une multitude de modules de pacification concoctés par l’armée nationale seule ou en synergie entre cette dernière et des armées des pays voisins.
 Il s’ensuivrait ensuite le refus d’une partie des Congolais, fussent-ils minoritaires, de se reconnaître dans des institutions de la République dont les animateurs leur laisseraient le sentiment général d’avoir été élus à la faveur des textes « cousus » à leur taille. Dans le contexte actuel de la difficile reconstruction de l’Etat-Nation, il n’est pas souhaitable que les élections, au lieu d’unir, participent à l’aggravation de la fracture sociale qui touche la RDC.

Gouverner par défi ?

 La recette du gouvernement par défi n’est pas nouvelle dans la société congolaise. Celle-ci l’a en effet expérimentée, sous le régime de Mobutu, à travers une interminable « Transition » inaugurée le 24 avril 1992, laquelle a ignoré la Conférence Nationale Souveraine (1991-1991) et ses résolutions pour finir dans le mur de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), le 17 mai 1997. Il avait fallu 7 ans aux Mobutistes pour qu’ils comprennent que les ex-Zaïrois étaient fatigués de vivre dans un non-Etat, privés de toutes les libertés fondamentales et nourris aux mamelles idéologiques du MPR, ce Parti-Etat qui avait fait le choix de la déification d’un individu, détenteur du droit de vie et de mort sur ses concitoyens.
 Sous la pensée unique du MPR, les ex-Zaïrois avaient tout entendu : « Après moi, c’est le déluge… » ; « Ma tête coûtera cher, très cher… » ; « Le peuple zaïrois me doit tout… » ; « J’ai décidé de fermer la CNS avec force… » ; « Nous sommes tous des créatures de Mobutu… » ; « Né MPR, mourra MPR… », «Guide éclaire», «Père de la Nation», «Timonier», etc.
 Gouverner par défi a conduit le pays à la guerre ; et Mobutu à une fin de règne honteuse. Combien de fois s’est-il offert des « prolongations », sous prétexte qu’il attendait l’élection et l’investiture de son éventuel successeur ? Les ex-Zaïrois ne le savent que trop bien, eux qui s’étaient permis plusieurs fois de sonner le glas de son régime par le tintamarre des casseroles, à l’expiration constitutionnelle de ses mandats.

Le respect des règles du jeu

 Le constituant de 2006 a eu au moins un mérite : celui de fixer clairement les règles du jeu à la fin de chaque législature. Jusque-là, l’opinion publique congolaise n’arrive pas à saisir les contours de « l’extrême nécessité » devant justifier une révision de la Constitution et de la Loi Electorale. La moindre des choses serait que les membres de la classe politique et des forces vives congolaises se mettent d’accord autour de l’opportunité de la modification ou non de ces règles du jeu.
Or, selon les réactions qui fusent ça et là, il y a manifestement un important camp de refus en gestation face aux velléités de révision constitutionnelle et de la Loi Electorale. Un tel climat un prélude à l’instabilité des institutions de l’après 2011. Les gouvernants actuels semblent jouer avec le feu alors que le Soudan voisin est en train de connaître une partition de fait, avec l’érection du Sud-Soudan en Etat indépendant.
 La Côte d’Ivoire se trouve au bord de l’implosion à cause des contestationspost-électorales. Le Kenya et le Zimbabwe avaient connu leur lot de violences post-électorales, avant de trouver le salut dans des formules alambiquées de partage du pouvoir. Les décideurs politiques congolais devraient privilégier le consensus dans la gestion du processus électoral, au lieu de planter le décor de la balkanisation future du pays, une réalité déjà vécue entre 1960 et 1965 puis entre 1998 et 2003. L’adhésion populaire aux résultats qui vont sortir des urnes en 2011 est déterminante pour la paix, l’unité et le progrès de la RDC. Le nouveau Congo, plus beau qu’avant, à bâtir dans la paix, dont rêvaient les auteurs-compositeurs de l’hymne national, est à ce prix.

Kimp

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